Le gouvernement souscrit au « plan de souveraineté » sur Jérusalem-Est
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Le gouvernement souscrit au « plan de souveraineté » sur Jérusalem-Est

2 Mds de NIS pour officialiser les droits à la propriété terrienne, enseigner le programme israélien dans les écoles palestiniennes et bâtir un funiculaire vers le mur Occidental

Raoul Wootliff est le correspondant parlementaire du Times of Israël

Vue générale de Jérusalem Est, près de la Vieille Ville, le 31 mai 2017. Illustration. (Crédit : Ahmad Gharabli/AFP)
Vue générale de Jérusalem Est, près de la Vieille Ville, le 31 mai 2017. Illustration. (Crédit : Ahmad Gharabli/AFP)

Les ministres du gouvernement ont promis dimanche « d’approfondir la souveraineté israélienne à Jérusalem-Est » en approuvant une importante série de plans pour célébrer la journée de Jérusalem – l’anniversaire de la prise de contrôle par les forces israéliennes de la Vieille Ville et de Jérusalem-Est en 1967 dont la population est majoritairement arabe — dans ce qu’ils ont qualifié d’opportunité unique créée par la décision du président Donald Trump de transférer l’ambassade américaine au sein de la capitale d’Israël.

Lors d’une rencontre du cabinet qui a eu lieu au musée de la Bible de Jérusalem, les hauts-responsables ont autorisé la mise en oeuvre de programmes dans la capitale estimés à deux milliards de shekels qui, selon le Premier ministre, Benjamin Netanyahu, ont pour objectif de « construire et de développer Jérusalem, est et ouest, nord et sud ».

Parmi les propositions qui ont reçu le feu vert, des plans visant à officialiser les droits à la propriété terrienne à Jérusalem-Est et à faire appliquer le programme scolaire israélien dans les classes des écoles palestiniennes de la zone. Les ministres ont aussi alloué des budgets au développement de secteurs où habitent de plus en plus de Juifs dans la Vieille Ville à majorité arabe et sur le mont des Oliviers et à la construction d’un funiculaire reliant l’ouest de Jérusalem au mur Occidental.

« Nous prendrons une série de décisions pour construire et développer Jérusalem, est et ouest, nord et sud, dans toutes les directions – pour révéler son passé et construire son futur », a expliqué Netanyahu au début de la réunion.

« Nous avions rêvé de la reconstruire, cette ville rassemblée – et c’est très exactement ce que nous faisons aujourd’hui ».

Les membres du cabinet posent pour une photo de groupe lors d’une réunion spéciale en l’honneur de la Journée de Jérusalem au musée des Terres de la Bible, le 13 mai 2018 (Crédit : Amos Ben Gershom/GPO)

Disant aux ministres que Jérusalem est « la capitale de notre peuple et seulement de notre peuple », Netanyahu a reconnu la nature controversée des plans, qui incluent des secteurs de la municipalité qui sont revendiqués par les Palestiniens comme capitale de leur futur état.

« Je sais qu’il y aura des difficultés en chemin. Il y a eu des difficultés au cours des 70 dernières années. Nous les avons rencontrées dès 1949 et jusqu’à ces dernières années. Nous les rencontrerons encore à l’avenir », a dit le Premier ministre.

Cette réunion a eu lieu au début d’une semaine qui sera tendue au niveau politique pour Jérusalem, avec l’inauguration de l’ambassade américaine au sein de la municipalité prévue lundi et ce qui devrait être le point d’orgue de six semaines de protestation le long de la frontière avec Gaza lorsque les Palestiniens marqueront la « catastrophe » de la création de l’Etat juif, lundi et mardi.

Dimanche en fin de journée, ce sont des milliers d’Israéliens qui ont participé à la parade annuelle de la Journée de Jérusalem qui marque la réunification de la ville pendant la guerre des Six jours.

La marche – à laquelle se joignent en premier lieu des adolescents religieux qui traversent la Vieille Ville parés en blanc et bleu, les couleurs du drapeau israélien – soulève régulièrement des tensions le long de son parcours dans le quartier musulman de la Vieille Ville. Les années précédentes, ce défilé a entraîné des violences entre les manifestants israéliens et les résidents locaux palestiniens.

« Réguler » Jérusalem-Est

Le plan le plus contesté est relatif au contrôle bureaucratique par Israël de Jérusalem-Est, majoritairement palestinien, capturé pendant la guerre des Six jours et annexé plus tard lors d’une initiative qui n’a jamais été reconnue par la communauté internationale.

Selon la proposition de « régulation terrienne », l’un des programmes autorisés par les ministres du cabinet, Israël tentera d’établir un plein contrôle administratif sur les territoires de la partie orientale de Jérusalem en réglant les conflits territoriaux entre voisins palestiniens et la démarcation des limites de propriété.

Israël n’a pour le moment aucun registre précis des plaintes portant sur les propriétés terriennes à Jérusalem-Est, a indiqué la ministre de la Justice, dans la mesure où l’Etat juif n’avait jamais obligé auparavant les résidents palestiniens à présenter des documents attestant de leurs biens terriens.

La ministre de la Justice Ayelet Shaked prend la parole lors d’une conférence organisée par le journal « Makor Rishon » et l’Israel Democracy Institute à Jérusalem, le 11 mars 2018. (Yonatan Sindel/Flash90)

Selon le plan avancé par la ministre de la Justice Ayelet Shaked, qui coûtera environ 50 millions de shekels, « les résidents du secteur profiteront de la régulation de leurs propriétés » grâce à l’intervention d’un tribunal israélien qui jugera de la légitimité de leurs revendications.

« Tous ceux qui voudront faire valoir leur droit à la propriété terrienne pourront présenter leur dossier à un responsable de la ville », dit le texte de la proposition qui appelle à ce que toutes les plaintes soient régulées à l’horizon 2025.

« S’il y a des réclamations contraires, le processus sera décidé devant la cour, comme l’exige la loi partout ailleurs ».

Les critiques du programme estiment toutefois qu’il s’agit d’une usurpation tacite de territoires et que le gouvernement tente d’établir la liste de parcelles de terrains pour lesquelles aucun droit à la propriété ne pourra être prouvé et qui pourront être utilisés pour lancer des projets de construction à l’est de la ville. La proposition elle-même mentionne des développements futurs de zones industrielles, sans spécifier le lieu où elles seront installées.

Présentant le plan devant le cabinet, Shaked n’a pas dissimulé ses intentions « d’approfondir la souveraineté israélienne » à Jérusalem-Est, faisant le lien entre cette initiative et la décision du transfert de l’ambassade américaine prise par Trump.

« Vingt-quatre heures avant que nous ne renforcions Jérusalem en y installant l’ambassade américaine, nous soutenons également la ville en appliquant la souveraineté israélienne à Jérusalem-Est à travers le plan de régulation des droits à la propriété terriennes », a dit la ministre. « C’est la première application pratique de la souveraineté israélienne depuis qu’Israël s’est emparé du contrôle souverain de la partie orientale de la ville ».

D’autres plans comprennent une vaste refondation du système éducatif à Jérusalem-Est avec un investissement de 300 millions de shekels pour inciter les écoles à abandonner le système d’inscription palestinien en faveur du bagrut israélien. Une partie de ces fonds serait destinée à des projets d’infrastructures pour les écoles qui accepteront les réformes.

« Tourisme d’implantation »

Un autre investissement budgétaire énorme adopté par le cabinet a permis d’allouer la somme de 200 millions de shekels à un plan de construction d’un funiculaire qui relirait la ville nouvelle de Jérusalem au mur Occidental, qui offrira une meilleure accessibilité au lieu saint.

Le cabinet avait approuvé la première phase du projet conjoint entre le ministère du Tourisme et l’Autorité chargée du développement de Jérusalem lors de la Journée de Jérusalem de l’année dernière, durant la réunion du cabinet. Il avait été alors convenu que le ministère du Tourisme couvrirait le budget initial de 15 millions de shekels.

La décision de dimanche a alloué des fonds supplémentaires à l’achèvement du projet qui, selon le ministre du Tourisme Yariv Levin, s’achèvera dans les trois années à venir.

« Le projet de funiculaire va changer le visage de Jérusalem, offrant aux touristes et aux visiteurs un accès facile et confortable au mur Occidental et il servira d’attraction touristique remarquable en soi », commenté Levin dimanche. « Il n’y a pas de meilleur moment que la Journée de Jérusalem pour approuver cette décision et je salue la prochaine phase en route vers la construction de ce projet important ».

Une simulation du projet montre des funiculaires circulant au-dessus de la vallée du Hinnom vers la Vieille Ville (Capture d’écran : Dixième chaîne)

Une section de la ligne reliera la porte des Maghrébins, à proximité du Seven Arches Hotel, au mont des Oliviers, à l’est de la ville. L’autre section partira de la crête de Hinnom, aux abords du centre du patrimoine Menachem Begin et du théâtre Khan, le long d’un parcours similaire à celui utilisé par un funiculaire qui avait maintenu un lien avec la Vieille Ville durant la guerre d’Indépendance de 1948.

Les planificateurs du projet ont estimé qu’il aiderait à résoudre les problèmes de trafic routier, réduisant la circulation de véhicules privés d’environ 30 % et de bus à 50 %, ainsi que la pollution conséquente.

Le funiculaire sera créé pour accueillir environ 3 000 visiteurs par heure dans chaque direction et se déplacera à la vitesse de 21 kilomètres/heure.

L’accès au mur Occidental se fait actuellement par le biais de rues étroites, sinueuses et très fréquentées. Le funiculaire a pour objectif d’offrir un accès facile, rapide et confortable aux 130 000 visiteurs approximativement qui visitent chaque semaine le lieu saint.

Le projet, une initiative du conseil municipal de Jérusalem et de son maire, Nir Barkat, a suscité la controverse parce que le parcours emprunte certaines parties de Jérusalem-Est. Annoncé une première fois en 2013, le géant français Suez Environnement, qui avait signé pour construire le funiculaire, avait renoncé au projet deux ans après en raison de son « caractère politique sensible ».

Au mois de février, un rapport émis par l’Union européenne a fustigé l’Etat juif pour le développement du tourisme dans la Vieille Ville de Jérusalem et dans ses alentours, soulignant spécifiquement le projet de funiculaire.

Le parc archéologique Davidson dans la Vieille Ville de Jérusalem, au mois d’avril 2018 (Crédit : Amanda Borschel-Dan/Times of Israel)

Le rapport établi par les chefs de mission de Jérusalem, qui avait fuité auprès du quotidien britannique The Guardian, avait décrit les sites archéologiques dans la Vieille Ville et à ses abords, notamment dans la Cité de David de Silwan – qui a également bénéficié de budgets lors de la réunion de dimanche – puis le funiculaire prévu comme « des outils politiques visant à modifier le narratif historique et à soutenir, légitimer et élargir les implantations ».

Le narratif historique avancé par le développement du tourisme israélien dans la zone se base, selon le rapport, sur la revendication de la « continuité historique de la présence juive dans la région au détriment des autres religions et cultures ».

« Jérusalem-Est est le seul endroit où les parcs nationaux israéliens sont installés dans des quartiers peuplés », avait noté le rapport, selon le Guardian, en référence à la croissance et au développement du site de la Cité de David au sommet de l’une des zones d’implantation les plus anciennes connues du Jérusalem antique. Les critiques estiment que le développement du site, une destination touristique prisée, entre dans le cadre d’un processus de déplacement des résidents palestiniens du secteur, qui fait partie du quartier arabe de Silwan.

Les diplomates de l’UE avaient averti, dans le rapport, que le funiculaire « hautement controversé » pourrait « contribuer à la consolidation des ‘implantations touristiques’. Le projet a également pour objectif, lors d’une seconde phase qui n’est pas encore approuvée, à s’étendre encore davantage dans Jérusalem-Est ».

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