Le gouvernement valide un plan quinquennal pour les Druzes et les Circassiens
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Le gouvernement valide un plan quinquennal pour les Druzes et les Circassiens

Des manifestants avaient réclamé un plan de cinq ans en faveur de leur communauté minoritaire, dont les jeunes hommes servent au sein de l'armée

Les membres de la communauté druze manifestent pour obtenir le soutien financier promis par le gouvernement devant les bureaux du ministère des Affaires étrangères de Jérusalem, le 31 mai 2020 (Crédit : Yonatan Sindel/Flash90)
Les membres de la communauté druze manifestent pour obtenir le soutien financier promis par le gouvernement devant les bureaux du ministère des Affaires étrangères de Jérusalem, le 31 mai 2020 (Crédit : Yonatan Sindel/Flash90)

Le bureau du Premier ministre Benjamin Netanyahu a annoncé lundi que celui-ci s’était mis d’accord avec les dirigeants druzes pour promouvoir un plan budgétaire pluriannuel destiné aux communautés druze et circassienne.

« Le bureau du Premier ministre, le ministère des Finances et de la Coopération régionale vont immédiatement commencer à élaborer un plan quinquennal pour soutenir et développer les villes druzes et circassiennes », d’après une déclaration du cabinet de Benjamin Netanyahu.

Elle ne précise pas la somme qui sera consacrée à ce plan.

Dimanche, des centaines de militants et de leaders communautaires druzes et circassiens avaient manifesté devant la maison de Netanyahu et lors d’une réunion du cabinet, réclamant un budget pluriannuel, pour protester contre la « trahison » présumée du gouvernement à l’encontre de leurs communautés, réclamant les financements qui, ont-ils clamé, avaient été promis à leurs municipalités.

Les manifestants – qui auraient été plusieurs centaines – avaient demandé l’adoption par le gouvernement d’un nouveau budget pour 2020 et la formulation d’un plan budgétaire courant sur cinq ans en faveur de leurs communautés et qui aidera, ont-ils affirmé, à les mettre sur un pied d’égalité avec les autres citoyens.

Ils avaient également réclamé la révocation d’une législation qu’ils considèrent comme discriminatoire à leur encontre par le gouvernement.

Les leaders locaux qui ont pris la parole lors du mouvement de protestation ont accusé le gouvernement d’avoir « asséché leurs budgets » pendant la pandémie de coronavirus en refusant de les financer de manière appropriée, a fait savoir Walla.

« Nous voulons que le gouvernement nous reconnaisse en tant que citoyens de ce pays et qu’il nous place sur un pied d’égalité avec les autres citoyens », a déclaré le maire de Daliat al-Karmel, Rafik Halabi, dans un discours prononcé pendant la manifestation qui avait été organisée aux abords de la résidence du Premier ministre et qui s’est rendue ultérieurement devant le ministère des Affaires étrangères où se déroulait une réunion du cabinet.

Les manifestants portaient des tee-shirts où l’on pouvait lire « Tu m’as trahi, frère » et « des frères ne se trahissent pas les uns les autres ». Dans un acte de mise en scène politique, les responsables locaux se sont enchaînés les uns aux autres devant le ministère des Affaires étrangères pour tenter d’empêcher les ministres du cabinet d’entrer dans le bâtiment.

Les Druzes israéliens, qui sont membres d’un mouvement millénaire issu d’une scission avec l’islam chiite, sont approximativement 145 000 et vivent principalement dans le nord du pays.

Les Circassiens sont un groupe ethnique distinct originaire du Caucase et ils se sont dorénavant déployés à travers tout le Moyen-Orient. Environ 4 000 Circassiens vivent en Israël aujourd’hui.

Ces deux groupes ont apporté, dans toute l’histoire de l’Etat juif, des contributions majeures à la vie publique israélienne – les hommes servent dans l’armée israélienne – mais un grand nombre des membres ces deux communautés disent subir des discriminations en tant que minorités non-juives.

Photo d’illustration: Un service à la mémoire des soldats israéliens dans le cimetière militaire du village druze d’Isfiya dans le nord d’Israël (Crédit : Service de presse du gouvernement)

Une thématique omniprésente chez les manifestants a été le plan courant sur cinq ans en faveur des minorités arabes, connu sous le nom de « 922 », qui doit s’achever ce mois-ci. Le plan avait mis de côté 15 milliards de shekels avec pour objectif de réduire les inégalités entre les communautés juives et arabes en Israël.

Il avait été largement considéré à l’époque de son adoption comme une action sans précédent entreprise par le gouvernement israélien pour soutenir les infrastructures et le développement économique arabes.

Au mois de mars, cette année, le gouvernement a développé une esquisse pour un nouveau plan sur cinq ans – « 923 » – qui permettrait de financer les infrastructures et le développement de la communautés arabes, notamment druzes et circassiennes.

Le projet avancé par le ministre de l’Egalité sociale prévoit de renforcer l’accès aux autorités locales, d’améliorer l’apprentissage de l’hébreu, de rendre les crédits plus accessibles aux Arabes israéliens et d’améliorer les services de santé de villes arabes, parmi d’autres objectifs.

L’Association des municipalités druzes et circassiennes clame qu’elle est la seule population en Israël à manquer d’un budget pour 2020 et que la décision gouvernementale prise au mois de janvier de mettre en oeuvre un versement unique de 200 millions de shekels n’a été que partiellement appliquée. Sur ce montant total, 70 millions de shekels environ restent manquants.

Un Druze portant un masque chirurgical passe devant une ambulance au centre médical Ziv, dans la ville de Safed, dans le nord du pays, le 23 avril 2020 (Crédit : Jalaa Marey/AFP)

Pendant la réunion du cabinet de dimanche, le Premier ministre Benjamin Netanyahu a demandé au ministre des Finances Israel Katz et au ministre de la Coopération régionale Gilad Erdan de former un nouveau plan sur cinq ans en coordination avec son propre bureau.

Maintenant qu’une nouvelle coalition a été formée, a déclaré Netanyahu, le gouvernement peut faire avancer un nouveau plan sur cinq ans. Il a noté que la plus grande partie de la somme des 200 millions de shekels avait d’ores et déjà été transférée.

« Ce n’est pas seulement notre obligation, mais c’est un grand privilège pour nous. J’espère vous pourrez conclure les discussions avec ces communautés dans les meilleurs délais de manière à ce que nous soyons en mesure de concrétiser encore davantage de choses », a dit Netanyahu devant le cabinet.

Les manifestants druzes et leurs soutiens lors d’un rassemblement sur la place Rabin de Tel Aviv contre la loi sur l’Etat-nation, le 4 août 2018 (Crédit: Tomer Neuberg/Flash90)

Le 3 mai, les responsables locaux druzes et circassiens avaient annoncé un « mois de colère », organisant des grèves générales dans les villes et dans les villages du nord du pays. Les écoles et les entreprises étaient restées fermées et les chefs des municipalités concernées avaient pris la tête de manifestations à Tel Aviv et à Jérusalem.

Les manifestants ont également demandé des amendements à la loi Kaminitz, qui a durci les sanctions pour les constructions réalisées sans permis. Les députés arabes prétendent que cette loi, en 2017, a été créée pour viser spécifiquement les Arabes israéliens. Même si le texte ne mentionne aucune communauté en particulier, les Arabes israéliens déplorent le fait que l’obtention d’un permis de construire, dans leurs municipalités, est presque impossible – ce qui oblige le recours à des constructions illégales.

Le président des municipalités druzes et circassiennes, Jaber Hamoud, a déclaré au micro de la radio militaire que la loi avait été utilisée pour démolir des bâtiments dans les villages druzes pendant toute la crise du coronavirus.

Les manifestants ont également critiqué la loi sur l’Etat-nation de 2018, une législation extrêmement controversée qui ancrait le statut d’Israël en tant que « foyer national des Juifs » et faisait de l’hébreu la langue nationale. Au moment de son adoption, la communauté druze avait été à l’origine de mouvements de protestation majeurs contre le texte, considéré comme gravant dans le marbre le principe d’une citoyenneté de seconde classe pour les minorités non-juives.

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