Le grand rabbin britannique déplore la définition de l’antisémitisme du Labour
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Le grand rabbin britannique déplore la définition de l’antisémitisme du Labour

Ephraim Mirvis a affirmé que la prise de position du parti véhiculerait "un message de mépris sans précédent à la communauté juive"

Le grand-rabbin britannique Ephraim Mirvis à l'occasion de la Journée internationale de commémoration de la Shoah, au Queen Elizabeth II Conference Centre, le 26 janvier 2017, à Londres. (Crédit : Jack Taylor/Getty Images)
Le grand-rabbin britannique Ephraim Mirvis à l'occasion de la Journée internationale de commémoration de la Shoah, au Queen Elizabeth II Conference Centre, le 26 janvier 2017, à Londres. (Crédit : Jack Taylor/Getty Images)

Le grand-rabbin du Royaume-Uni a mis en garde le parti politique du Labour contre le « message de mépris sans précédent » qu’il enverrait aux Juifs britanniques s’il adoptait sa version assouplie de l’antisémitisme à la fin d’un meeting du parti mardi.

Le Labour a fait l’objet de vives critiques de la part de groupes juifs au cours de la semaine écoulée, après qu’il a annoncé qu’il n’inclurait pas la définition de l’antisémitisme de l’Alliance internationale pour la mémoire de la Shoah dans son nouveau code de conduite.

Dans une lettre datée de lundi et adressée au comité exécutif national du Labour, le rabbin Ephraim Mirvis a écrit que le meeting de mardi était un « tournant décisif », après de nombreux appels de la communauté juive, exhortant le parti à prouver son engagement envers la lutte contre l’antisémitisme « rapidement » et à agir « en [parti] responsable ».

« C’est effarant que le parti du Labour estime qu’il est mieux qualifié que quiconque, et particulièrement [mieux que] la communauté juive, pour définir l’antisémitisme », a écrit Mirvis.

Des graffitis à la synagogue Etz Chaim de Leeds (Crédit : UK Jewish News)

La version du Labour exclut au moins quatre points présents dans la définition originale, notamment le fait d’accuser les Juifs d’afficher « plus de loyauté » envers Israël, d’appliquer une politique « deux poids, deux mesures » concernant Israël, de clamer que l’existence d’Israël est un « projet raciste », et de comparer la politique israélienne contemporaine à celle des nazis.

Cette définition propose majoritairement des exemples de comportements antisémites qui ne concernent pas Israël, comme ceux appelant à nuire aux Juifs ou à nier la Shoah ou le droit des Juifs à l’autodétermination.

‘ »L’adoption, par le Labour, d’une nouvelle alternative à la définition mondialement acceptée de  l’IRHA, enverra un message de mépris sans précédent à la communauté juive », a écrit Mirvis.

« D’autres groupes pourraient, en toute légitimité, se demander s’ils seront les prochains à voir les préjugés dont ils font l’objet définis par [le parti]. »

« C’est un moment décisif. Ceux qui votent pour autre chose que pour la définition de l’IRHA se placeront du mauvais côté de la lutte contre le racisme, l’antisémitisme et l’intolérance », a ajouté le grand-rabbin.

La lettre de Mirvis est survenue après que soixante-huit rabbins britanniques ont signé une lettre ouverte déplorant l’antisémitisme qui règne au sein du parti du Labour, en appelant le parti à accepter la définition de l’antisémitisme de l’Alliance Internationale pour la Mémoire de l’Holocauste (IRHA).

La branche juive du parti a également vivement critiqué la décision assouplie de l’antisémitisme, et averti qu’elle pourrait représenter une infraction de l’Equality Act, une loi britannique anti-discrimination.

Des membres de la communauté juive manifestent contre le chef du parti travailliste britannique d’opposition Jeremy Corbyn et l’antisémitisme au sein du Labour, devant le Parlement dans le centre de Londres, le 26 mars 2018. (Crédit : AFP PHOTO / Tolga AKMEN)

Le Guardian a indiqué que des conseils juridiques communiqués au Labour par le Jewish Labour Movement avant la réunion de mardi stipulaient que la nouvelle définition de l’antisémitisme pouvait violer l’Equality Act de Grande-Bretagne.

Le rapport Macpherson de 1999, diffusé dans le contexte du meurtre raciste de Stephen Lawrence, un jeune noir tué en 1993, stipule que chaque groupe est en droit de définir les préjugés dont il fait l’objet.

Le Jewish Labour Movement a affirmé qu’en supprimant des clauses majeurs de sa définition de l’antisémitisme, le parti du Labour refusait aux Juifs le droit de définir l’antisémitisme perçu, et par conséquent, représente une discrimination anti-juive.

Un porte-parole du Labour a rejeté ces allégations. Le Labour a également nié avoir créé une nouvelle définition de l’antisémitisme.

Sous la direction de Jeremy Corbyn, un homme politique de la gauche dure qui a qualifié le Hezbollah et le Hamas d’ “amis” et qui combat les accusations de sentiments antisémites, a fait l’objet d’un examen minutieux dans les médias à cause de la rhétorique antisémite de ses membres.

En 2016, une commission interparlementaire a accusé le Parti travailliste de créer un « espace sûr pour ceux qui ont une attitude vile à l’égard du peuple juif ».

Le président du parti travailliste britannique, Jeremy Corbyn (à droite), avec le président du Board of Deputies of British Jews, Jonathan Arkush (au centre) et sa directrice Gillian Merron (à gauche), le 9 février 2016. (Autorisation)

En mai, Jonathan Arkush, alors président du Board of Deputies of British Jews, avait déclaré que Corbyn adopte « une position antisémite », qui pourrait faire fuir les Juifs britanniques s’il devenait Premier ministre.

Arkush avait évoqué, entre autres, le fait que Corbyn ait défendu, en 2013, une fresque murale antisémite.

Corbyn a maintenu que le parti travailliste ne tolérerait pas de discours raciste parmi ses membres. Des dizaines de personnes ont été expulsées en raison de déclarations antisémites.

Toutefois, le parti a conservé de nombreux membres en son sein qui, selon les leaders communautaires juifs, se sont illustrés par un discours de haine antisémite.

Ces derniers mois, Corbyn a, pour la première fois, fait face à des manifestations sur le problème de l’antisémitisme dans sa formation politique au cours de visites de travail à l’étranger.

JTA a contribué à cet article.

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