Le Hamas et le Fatah ne regrettent pas le report des élections
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Le Hamas et le Fatah ne regrettent pas le report des élections

Les deux camps avaient beaucoup à perdre lors des élections municipales initialement prévues en octobre

Avi Issacharoff est notre spécialiste du Moyen Orient. Il remplit le même rôle pour Walla, premier portail d'infos en Israël. Il est régulièrement invité à la radio et à la télévision. Jusqu'en 2012, Avi était journaliste et commentateur des affaires arabes pour Haaretz. Il enseigne l'histoire palestinienne moderne à l'université de Tel Aviv et est le coauteur de la série Fauda. Né à Jérusalem , Avi est diplômé de l'université Ben Gourion et de l'université de Tel Aviv en étude du Moyen Orient. Parlant couramment l'arabe, il était le correspondant de la radio publique et a couvert le conflit israélo-palestinien, la guerre en Irak et l'actualité des pays arabes entre 2003 et 2006. Il a réalisé et monté des courts-métrages documentaires sur le Moyen Orient. En 2002, il remporte le prix du "meilleur journaliste" de la radio israélienne pour sa couverture de la deuxième Intifada. En 2004, il coécrit avec Amos Harel "La septième guerre. Comment nous avons gagné et perdu la guerre avec les Palestiniens". En 2005, le livre remporte un prix de l'Institut d'études stratégiques pour la meilleure recherche sur les questions de sécurité en Israël. En 2008, Issacharoff et Harel ont publié leur deuxième livre, "34 Jours - L'histoire de la Deuxième Guerre du Liban", qui a remporté le même prix

Un Palestinien glisse son bulletin de vote dans l'urne lors des élections municipales dans la ville d'Al-Bireh, en Cisjordanie, le 20 octobre 2012. (Crédit : Issam Rimawi/Flash90)
Un Palestinien glisse son bulletin de vote dans l'urne lors des élections municipales dans la ville d'Al-Bireh, en Cisjordanie, le 20 octobre 2012. (Crédit : Issam Rimawi/Flash90)

Personne, parmi les dirigeants du Hamas ou du Fatah, ne devrait verser de larmes suite à la décision de la Haute Cour palestinienne de Justice (l’équivalent de la Cour suprême) de repousser les élections locales en Cisjordanie et à Gaza. Elles devaient se tenir le 8 octobre ; la Cour a déclaré qu’elle reconsidérerait ce sujet – et donnerait une nouvelle date – dans quelques mois.

Les deux côtés avaient quelque chose à perdre. Mais, malgré les avertissements en Israël que la prise de la Cisjordanie par le Hamas était imminente, c’est le Hamas qui se serait retrouvé en plus grande difficulté si les élections s’étaient déroulées comme prévu.

En effet, le Hamas s’attendait à faire de bons scores en Cisjordanie. Le Fatah aurait probablement remporté la majorité des sièges dans les conseils municipaux (3818 au total, en Cisjordanie et à Gaza), pendant que le Hamas aurait dû gagner dans les grandes villes comme Hébron, Tulkarem et Naplouse, grâce à un accord de rotation de candidats avec le Fatah.

La victoire dans ces zones aurait permis au Hamas de créer l’apparence d’une défaite du Fatah – avec la coopération probable des médias israéliens, bien sûr.

Le plus gros risque pour le Hamas était en fait dans la bande de Gaza, avec un inquiétant – à la limite de l’effrayant – tableau qui émergeait.

Dans au moins quatre villes majeures de l’enclave – Gaza City, Rafah, Khan Younis et Deir al-Balah -, les listes électorales du Fatah semblaient plus populaires, pour un certain nombre de raisons. Déjà, les listes du Fatah dans cette zone étaient plus impressionnantes ; ensuite, comme l’explique un analyste gazaoui au Times of Israel, « si, pendant les élections de 2006 [remportées par le Hamas], le peuple demandait une revanche contre le Fatah, cette fois les habitants de la bande veulent égaliser avec le Hamas ».

Ce changement est à rapprocher de la situation économique de la bande de Gaza, en constante détérioration, et le sentiment que le Hamas traite les habitants avec dédain. La campagne électorale de l’organisation était une véritable gifle pour les Gazaouis.

« Pendant des années, nous avons souffert de notre situation difficile, et ils conduisent une campagne qui proclame, ‘Gaza est plus belle’ sous le Hamas. Ils veulent que l’on pense que Gaza ne s’est jamais aussi bien portée. Evidemment, les gens sont en colère contre eux », poursuit l’analyste.

D’autres spécialistes ont décrit une difficile et étroite course entre les listes du Hamas et du Fatah, et les décisions dans les tribunaux gazaouis (dirigés par le Hamas) de disqualifier les listes rivales, l’une après l’autre, parfois pour de très étranges raisons. Ce phénomène a été observé à Umm Zahara, Beit Hanoun, Nuseirat et Khan Younis.

Hier matin, un membre du Fatah en Cisjordanie a confié au Times of Israel : « Ils ont peur ».

Et ensuite est arrivée la décision de la Haute Cour de suspendre les élections. Certains diront, à coup sûr, que cette décision vient de la peur du président de l’Autorité palestinienne, Mahmoud Abbas, et de son parti. Cette possibilité ne peut être ignorée. Mais il se doit de remarquer que, ces derniers mois, la pression était forte sur les épaules du président de l’AP pour qu’il annule les élections – ce qu’il a systématiquement refusé de faire. Est-ce que cela fait sens que, maintenant, quand il apparaît qu’Abbas pourrait avoir une perspective réaliste de changement en Cisjordanie et même à Hamas, qu’il aurait fait pression sur la Cour pour annuler les élections ? Tout est possible au Moyen-Orient, semble-t-il.

Sous les bonnes conditions préalables

Entre-temps, le ministère des Affaires étrangères russe a annoncé jeudi qu’Abbas et le Premier ministre Benjamin Netanyahu étaient d’accord, « en principe », pour se rencontrer à Moscou. Ni une date, ni des termes n’ont été fixés. Mais ce message devrait causer plus qu’un léger inconfort du côté palestinien.

Pendant des semaines, les dirigeants palestiniens ont martelé, aux Palestiniens comme aux Israéliens, qu’il n’y aurait pas de sommet sans un accord israélien préalable sur l’arrêt de la construction d’implanatations et la libération d’un quatrième groupe de prisonniers d’une précédente négociation.

Puis, soudainement, mercredi, Abbas a fait volte-face et, comme un bon politicien, a déclaré qu’il approuvait la demande russe pour rencontrer Netanyahu sans conditions préalables. Cette déclaration avait probablement pour but de faire plaisir aux Russes et d’embarrasser Netanyahu, qui ne s’est pas pressé pour accepter à son tour. Le Premier ministre a ensuite confirmé, jeudi, qu’il était d’accord pour rencontrer Abbas, « à la condition »… qu’il n’y ait pas de préconditions.

Il est encore trop tôt pour dire quand ils se rencontreront, ni ce qu’ils pourraient gagner d’une rencontre, si elle a effectivement lieu. Mais Abbas, qui n’est pas du tout soutenu par une population palestinienne franchement hostile, devrait s’apprêter à affronter des critiques encore plus dures, maintenant qu’il a accepté de rencontrer Netanyahu.

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