Le Hamas et l’EI détestent Israël et le Hamas et l’EI se détestent
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Le Hamas et l’EI détestent Israël et le Hamas et l’EI se détestent

Un conflit réapparait en plein jour après qu'un attentat suicide mené par l'Etat islamique à Gaza a tué trois policiers

Des membres des brigades Izz-a-Din al-Qassam, l'aile militaire du groupe terroriste du Hamas, participent à un défilé à Gaza ville, le 25 juillet 2019. (Hassan Jedi/Flash90)
Des membres des brigades Izz-a-Din al-Qassam, l'aile militaire du groupe terroriste du Hamas, participent à un défilé à Gaza ville, le 25 juillet 2019. (Hassan Jedi/Flash90)

JTA — La semaine dernière, des explosions à deux barrages de police du Hamas à Gaza City ont causé la mort de trois policiers. Le Hamas avait alors indiqué que des terroristes de l’Etat islamique s’étaient faits exploser.

Un jour après les attaques mortelles, le Hamas a commencé à procéder à des arrestations de masse de partisans de l’Etat islamique et d’autres organisations salafistes dans la bande de Gaza.

Ce n’était pas la première fois que le Hamas et des membres de l’Etat islamique, se sont affrontés ces dernières années.

Israël et les Etats-Unis considèrent à la fois le Hamas et l’EI comme des organisations terroristes. Comme l’a déclaré le Premier ministre Benjamin Netanyahu aux Nations unies en 2014, le « Hamas est l’ISIS et l’ISIS est le Hamas ».

Alors pourquoi les deux groupes islamiques se considèrent-ils comme des ennemis ? Voici quelques éléments de réponses.

Des philosophies islamistes, des objectifs différents

La réponse courte serait de dire que le Hamas, qui est considéré comme faisant partie des Frères musulmans, est un mouvement nationaliste avec une tendance islamiste, qui a pour objectif de détruire l’Etat juif et de former un État islamique dans l’espace qui est désormais Israël, la Cisjordanie et la bande de Gaza.

ISIS, qui signifie Etat islamique d’Irak et de Syrie, appartient à la branche salafiste au sein de l’islam qui souhaite recréer le califat islamique et imposer la Charia à travers toute la région, voire le monde. L’ISIS voit le Hamas et ses soutiens comme des « apostats ».

Dans cette photo du 16 juin 2014, des manifestants scandent des slogans pro Etat islamique alors qu’ils portent des drapeaux du groupe devant le siège du gouvernement provincial à Mosul, en Irak (AP Photo)

Cela s’explique, en partie, parce que le Hamas a participé aux élections démocratiques palestiniennes en Cisjordanie et à Gaza, et travaille à améliorer ses relations avec l’Egypte, pays contre lequel l’ISIS est en guerre depuis au moins 2013.

En janvier 2018, une vidéo filmée par la branche Sinaï de l’Etat islamique et diffusée par l’ISIS appelait à mener des attaques contre des membres et des institutions du Hamas. La vidéo accusait le Hamas d’avoir trahi les Palestiniens en emprisonnant des combattants de l’ISIS et d’autres extrémistes à Gaza, en n’ayant pas empêché les Etats-Unis de reconnaître Jérusalem comme la capitale d’Israël et en ayant accepté le soutien de l’Iran. La vidéo a conduit beaucoup de monde à dire que l’ISIS « déclarait la guerre » au Hamas, en renforçant ainsi une inimitié qui existait déjà depuis plusieurs années.

A la fin de la vidéo, on voit un membre de l’Etat islamique originaire de Gaza en train d’exécuter un homme qui avait été pris à faire passer des armes en contrebande vers le Hamas.

Capture d’écran d’une vidéo publiée le 3 janvier 2017 et produite par l’Etat islamique dans la péninsule du Sinaï dans laquelle le groupe terroriste déclare la guerre au Hamas et exécute l’un de ses propres membres pour avoir fait de la contrebande d’armes avec le groupe palestinien (Capture d’écran)

La Sinaï connection

La branche de l’Etat islamique dans le Sinaï, la région désertique égyptienne quasi inhabitée à la frontière sud d’Israël et de Gaza, est considérée comme l’une des branches locales les plus actives de l’ISIS. Elle est le plus souvent en contact avec le Hamas, qui se trouve dans la bande de Gaza.

Parmi ses actions, on peut mentionner l’explosion d’un avion de ligne russe en 2015, ayant tué 224 personnes, et une attaque perpétrée sur une mosquée soufi dans le nord du Sinaï en novembre 2017, tuant 311 personnes dans la pire attaque terroriste menée en Egypte.

L’ennemi de mon ennemi…

Il semblerait qu’Israël et le Hamas ont un ennemi commun dans l’Etat islamique.

En 2017, l’Etat islamique a revendiqué sa responsabilité pour les tirs des missiles à longue porte dans le sud d’Israël.

En février 2018, le New York Times a rapporté qu’au cours de deux dernières années, l’armée israélienne avait mené plus de 100 frappes aériennes dans le Sinaï au nord de l’Egypte contre des groupes djihadistes associés à l’Etat islamique avec l’accord du président égyptien Abdel Fattah el-Sissi.

L’intervention d’Israël dans le Sinaï a aidé l’armée égyptienne à prendre une avance décisive dans sa bataille qui dure depuis des années contre des djihadistes, alors que ces actions ont permis à Israël de s’acheter la sécurité à ses frontières. L’article qualifiait Israël et l’Egypte « d’alliés secrets dans une guerre couverte contre un ennemi commun ».

Le groupe affilié à l’Etat islamique dans l’Etat du Sinai à l’entraînement aux armes, le 6 février 2016. (Image illustrative : Telegram.me/HaiAlaElJehad5 via MEMRI)

… n’est pas forcément mon ami

En 2014, le ministère des Affaires étrangères d’Israël a publié un article intitulé « Similitudes entre le Hamas et l’ISIS ».

L’article expliquait que les deux organisations terroristes voyaient le djihad et les attaques suicides comme des outils de base, persécutaient les minorités non-musulmanes, exécutaient les personnes qui sont soupçonnées de soutenir leurs opposants, se préparaient à créer un état dirigé par la loi musulmane, avaient saisi une bonne partie du territoire par la force, éduquaient les enfants à glorifier la mort et à mourir comme des martyrs dans le djihad, et s’efforçaient de commencer un « génocide » contre leurs opposants.

Le Hamas tire régulièrement des missiles en Israël, et Israël a mené des opérations militaires et imposé des sanctions économiques sur le territoire contrôlé par le Hamas depuis des années. Et pourtant, les deux camps ont souvent besoin l’un de l’autre, notamment pour éviter que les choses ne s’aggravent.

« Détruire le Hamas », a écrit Aaron David Miller, un analyste expérimenté du Moyen Orient au Centre Woodrow Wilson, « créerait un vide qui pourrait être occupé par des groupes djihadistes plus dangereux, y compris des groupes affiliés à l’Etat islamique ».

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