Le jour où Israël avait donné sa bénédiction à la prière mixte au mur Occidental
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Le jour où Israël avait donné sa bénédiction à la prière mixte au mur Occidental

En 1983, aumônier de la marine américaine, le rabbin Arnold Resnicoff a mené sur le site un service interreligieux égalitaire sans précédent - et qui n'a jamais été refait -

Amanda Borschel-Dan édite la rubrique « Le Monde Juif »

Le rabbin Arnold Resnicoff dirige un service religieux à l'arche de Wilson au mur occidental de Jérusalem en 1983. (Département de la défense/ Domaine public)
Le rabbin Arnold Resnicoff dirige un service religieux à l'arche de Wilson au mur occidental de Jérusalem en 1983. (Département de la défense/ Domaine public)

La première « période de service » d’Arnold Resnicoff a eu lieu dans un kibboutz en Israël dans le cadre du programme Sherut Laam (Service pour la nation) de l’Agence juive à destination des jeunes Juifs américains.

Au cours de cette année-là – entre sa seconde et sa première au Dartmouth – Reniscoff avait visité et découvert Israël. Mais parce qu’il avait quitté l’Etat juif juste avant la guerre des Six Jours de 1967, il n’avait pas eu l’occasion de voir le mur Occidental de Jérusalem.

Un manque comblé, et d’une façon assez extraordinaire, au cours de son passage suivant en Israël.

C’était en 1983 et Resnicoff était alors devenu un officier de la marine décoré qui s’était enrôlé et avait servi durant la guerre du Viêt-Nam, un rabbin conservateur ordonné par le Séminaire théologique juif et l’un des aumôniers de la Sixième flotte des Etats-Unis d’Amérique.

Depuis son domicile situé à Washington, l’aumônier à la retraite s’est rappelé pour le Times of Israel des circonstances qui l’avaient autorisé à diriger ce qui a été probablement le seul service de prière oecuménique et mixte organisé au mur Occidental.

Entre 1982 et 1984, Resnicoff avait servi au commandement de la Sixième flotte, stationnée sur son vaisseau amiral, l’USS Puget Sound, à Gaeta, en Italie.

Arnold Resnicoff en 1970 (Domaine public)
Arnold Resnicoff en 1970 (Domaine public)

« Je faisais partie d’une équipe d’aumôniers, prêtre et rabbin », a-t-il raconté. « Ma mission était d’aller d’un bateau à l’autre et de rendre visite aux forces américaines (majoritairement aux Marines) rattachées aux éléments américains de la force multinationale à Beyrouth ».

Les aumôniers de la Navy américaine servent cette dernière, le corps des Marines, les gardes-côtes, et pourvoient aux besoins des soldats de toutes confessions indépendamment de l’origine des chefs religieux.

Un débarquement dans le port de Haïfa signifiait un grand nombre de choses pour la Sixième flotte, dont un grand nombre de marins étaient restés à bord – sans quitter le navire depuis des mois – au large de la côte du Liban. C’était l’occasion de rencontrer les épouses, de découvrir les paysages et de pouvoir enfin se déplacer sur la terre ferme pendant quelques jours au moins.

Jusqu’à 1983, les vaisseaux américains impliqués dans la Force multinationale avaient tenté de conserver un semblant de neutralité concernant les pays du Moyen-Orient, et en particulier le Liban et Israël, les navires évitant les ports d’escale israéliens. Mais dorénavant, les Etats-Unis et Israël s’ouvraient à la perspective d’augmenter la coopération et le tourisme.

« La visite du vaisseau amiral de la Sixième flotte a eu une part symbolique importante dans ce changement », a déclaré Resnicoff.

Le rabbin Arnold Resnicoff avec une 'kippa de camouflage' dans une photo prise à Beyrouth par un photojournaliste de l'US Navy, en 1983 (Crédit : Domaine public)
Le rabbin Arnold Resnicoff avec une ‘kippa de camouflage’ dans une photo prise à Beyrouth par un photojournaliste de l’US Navy, en 1983 (Crédit : Domaine public)

La majorité des épouses étaient stationnées en Italie et, même si elles étaient non-juives à la base, elles étaient impatientes de se rendre en Israël et d’y découvrir les lieux saints. Sachant que Resnicoff avait déjà significativement séjourné dans le pays, il lui a été demandé d’être leur guide.

Il a hésité, mais a indiqué qu’une fois arrivé à Jérusalem, il a décidé de les accompagner au mur Occidental et de faire quelque chose de spécial.

Même s’il ignorait encore la portée prophétique de ses paroles.

« J’ai pensé que je les rencontrerai et que je leur expliquerai l’histoire mais, durant mon séjour en Israël, j’avais rencontré beaucoup de gens différents. Il y avait un grand intérêt parmi les Israéliens concernant le fait qu’il y avait un rabbin dans le personnel de la Sixième flotte. J’avais une réunion au Misrad Hadatot [ministère des Affaires religieuses] avec Yonatan Yuval, qui avait dit qu’il m’aiderait », a ajouté Resnicoff, qui, encore aujourd’hui, semble surpris.

Le groupe des officiers de la Sixième flotte et leurs épouses se sont rendus dans une petite chapelle, juste à côté du mur Occidental, sur un site archéologique appelé l’Arche de Wilson, une arche massive indépendante, qui est à deux pas de la place de la prière au mur Occidental.

Vue du depuis mur Occidental l'arche de Wilson en 1971. (Crédit : Fritz Cohen/GPO)
Vue du depuis mur Occidental l’arche de Wilson en 1971. (Crédit : Fritz Cohen/GPO)

Découverte en 1864 par l’explorateur et expert Charles William Wilson — de qui le site porte le nom – l’Arche de Wilson est la première d’une série d’arches sur lesquelles un pont avait été construit, reliant le mont du Temple à l’ancienne Ville haute de Jérusalem. La date de construction de l’arche l’est pas concluante, certains archéologues la plaçant à la période antérieure à la destruction du Second temple (en l’an 70 de l’ère commune) et d’autres la datant à la période arabe des Umayyades (651–750).

« Je voulais faire quelque chose de spécial au mur », au Kotel [le mot hébreu pour le mur Occidental] pour l’équipage et leurs épouses, mais je ne m’attendais pas qu’il s’agisse d’un service contre le mur », s’est souvenu Resnicoff.

« Retourner en Israël et voir le Kotel ouvert pour nous était déjà quelque chose de spécial », a-t-il ajouté. Ce service unique de prière, dans ce lieu également unique, l’a sidéré.

Les Juifs prient devant une nouvelle arche contenant des rouleaux de Torah à l'arche de Wilson de la Vieille ville de Jérusalem, aux alentours de 1970 (Crédit : Moshe Milner/GPO)
Les Juifs prient devant une nouvelle arche contenant des rouleaux de Torah à l’arche de Wilson de la Vieille ville de Jérusalem, aux alentours de 1970 (Crédit : Moshe Milner/GPO)

« La majorité des gens qui ont assisté au service n’ont pas réalisé combien ce dernier était inhabituel. Je savais au fond de mon cœur que c’était une occasion presque unique depuis la libération du Kotel », a-t-il noté.

Les zones entourant le mur Occidental étaient toujours en train d’être fouillées à ce moment, et la chapelle que le groupe de Resnicoff a utilisé était petite et intime. Ils se sont assis, hommes et femmes ensemble, sur des planches de bois pour le service de dix minutes, qui s’est terminé par une bénédiction prononcée par le rabbin.

Aujourd’hui, la synagogue de l’Arche de Wilson est grande, climatisée, a des webcams pour des prières en ligne… et un balcon pour les femmes.

Une arche de la Torah au sein de la section réservée aux hommes de l'arche de Wilson, en novembre 2008 (Crédit : Berthold Werner/ domaine public via wikipedia)
Une arche de la Torah au sein de la section réservée aux hommes de l’arche de Wilson, en novembre 2008 (Crédit : Berthold Werner/ domaine public via wikipedia)

« Mon espoir était que ce soit une zone pour une prière particulière, y compris interreligieuse », a dit Resnicoff.

Selon un article publié en septembre 1983 dans le Jerusalem Post, Yonatan Yuval, représentant du ministère des Affaires religieuses, avait dit que le ministère serait ravi d’organiser des services multi-confessionnels pour les visiteurs. Cependant, quand le Post avait demandé si cela précéderait l’autorisation d’une prière civile et mixte d’un rabbin américain conservateur, Yuval avait répondu que cela serait « impossible ».

Le rabbin Arnold Resnicoff, lorsqu'il avait servi en tant qu'Assistant spécial pour les valeurs et la vision au secrétariat d'Etat des forces américaines aériennes, de 2005 à 2006 (Crédit : Forces aériennes américaines)
Le rabbin Arnold Resnicoff, lorsqu’il avait servi en tant qu’Assistant spécial pour les valeurs et la vision au secrétariat d’Etat des forces américaines aériennes, de 2005 à 2006 (Crédit : Forces aériennes américaines)

Resnicoff a dit le mois dernier, après la décision du gouvernement israélien de geler la mise en œuvre d’un accord de 2016 pour créer un espace de prière pluraliste permanent dans le parc archéologique, surnommé l’Arche de Robinson, que le gouvernement israélien avait « perdu une opportunité » avec l’Arche de Wilson.

L’Arche de Wilson est proche du mur Occidental, mais en même temps assez isolée. C’est un endroit où l’on peut prier et voir le lieu saint, mais pas vraiment être vu.

« Je suis désolé que cela n’ait pas continué à être utilisé pour des prières interreligieuses », a dit Resnicoff.

« Je n’ai jamais pensé que depuis ce jour de 1983 jusqu’à maintenant, les choses ne changeraient pas et qu’il n’y aurait plus de prière comme cela », a-t-il ajouté.

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