Le KKL veut que l’hébreu et Israël prennent racine chez les Juifs britanniques
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Reportage

Le KKL veut que l’hébreu et Israël prennent racine chez les Juifs britanniques

La plus ancienne organisation caritative britannique pour Israël s'intéresse à son pays où la montée de l'antisémitisme fait qu'apprendre la langue de l'État juif devient urgent

Jessica Steinberg est responsable notre rubrique « Culture & Art de vivre »

Des acteurs israéliens du théâtre Orna Porat jouent une pièce en hébreu pour plusieurs écoles juives de Londres, une initiative du  JNF -Royaume-Uni pour renforcer Israël et la langue hébreu en tant qu'antidotes contre l'antisémitisme (Crédit :  Jessica Steinberg/ Times of Israel)
Des acteurs israéliens du théâtre Orna Porat jouent une pièce en hébreu pour plusieurs écoles juives de Londres, une initiative du JNF -Royaume-Uni pour renforcer Israël et la langue hébreu en tant qu'antidotes contre l'antisémitisme (Crédit : Jessica Steinberg/ Times of Israel)

LONDRES, Royaume-Uni – Plusieurs rangées d’enfants de six, sept et huit ans vêtus d’uniformes d’écoliers bordeaux et vert champagne étaient assis sur le sol de la salle à manger un lundi matin, se concentrant intensément sur deux acteurs qui faisaient des grimaces, entonnaient des chansonnettes et racontaient leur histoire sur une scène de fortune.

Les élèves devaient faire preuve de concentration, car la pièce était entièrement jouée en hébreu.

Keren Meiri et Elad Mizrachi, membres de la célèbre troupe de théâtre israélienne Orna Porat, jouaient l’une de leurs histoires familières pour les élèves de l’école primaire juive Rimon.

En hébreu, avec quelques expressions anglaises, ainsi que des mimiques, des tons et des gestes théâtraux, les acteurs ont raconté l’histoire de deux enfants (gigantesques), dont l’un était nerveux et anxieux à l’idée de rentrer chez lui, et l’autre essayait d’apaiser ses inquiétudes.

L’histoire, cependant, était moins importante que la langue hébraïque dans laquelle elle était contée.

Telle est l’idée derrière ce spectacle et plusieurs autres qui ont eu lieu récemment dans une série d’écoles primaires et collège juifs de Londres.

Keren Meiri (à gauche) et Elad Mizrachi de la troupe de théâtre Orna Porat jouent leur pièce originale pour plusieurs écoles juives à Londres, dans le cadre d’un projet financé par JNF UK. (Jessica Steinberg/Times of Israel)

Cela fait partie d’un projet israélien actuellement financé par JNF UK, la plus ancienne organisation caritative israélienne de Grande-Bretagne, une organisation qui aide à financer des projets en Israël, mais qui se tourne maintenant en partie vers les juifs britanniques avec le désir de mettre l’accent sur le lien de la communauté avec Israël et son sens de la judéité.

L’organisation, mieux connue pour la plantation d’arbres et la subvention de projets sociaux et économiques en Israël, est maintenant profondément préoccupée par l’avenir des Juifs de Grande-Bretagne dans un contexte de montée marquée de l’antisémitisme.

Son but est d’encourager les Juifs britanniques à développer un lien plus fort avec Israël. Une affinité et une aisance avec la langue hébraïque en sont des éléments importants.

Samuel Hayek (à droite), président du JNF UK avec Yonatan Golan, PDG du JNF UK. (Avec l’aimable autorisation de JNF UK)

« Nous faisons cet effort avec les écoles parce que nous avons constaté une diminution des liens des Juifs avec Israël et nous voulions renforcer ces liens », a déclaré Samuel Hayek, président du JNF-KKL au Royaume-Uni.

« S’il y a une chose essentielle pour réussir son alyah, c’est bien maîtriser la langue hébraïque. Le lien avec Israël est plus intense pour quelqu’un qui comprend la langue que pour quelqu’un qui ne la comprend pas. »

Les efforts de l’organisation israélienne sont soutenus par plusieurs éducateurs locaux, dont Rachel Fink, directrice du JFS, une importante école secondaire juive orthodoxe de Londres qui accueille plus de 2 000 élèves. Fink, 49 ans, a vécu, élevé sa famille et travaillé en Israël pendant une décennie avant de revenir à Londres.

« Je pense que si chaque étudiant pouvait apprendre l’hébreu, on pourrait aller partout dans le monde et se connecter avec d’autres locuteurs d’hébreu », dit Fink. « Nous sommes brillants dans le réseautage parce que nous avons une langue commune. Ils devraient pouvoir marcher n’importe où dans le monde et parler à tous ceux qu’ils rencontrent parce que l’hébreu nous lie et qu’Israël nous unit ».

Ce n’est pas que l’organisation pousse tout le monde à immigrer en Israël. Mais si une grande partie des Juifs britanniques décidaient de le faire, ils auraient une longueur d’avance grâce à ce seul effort.

« C’est un changement qui est une réalité », a déclaré M. Hayek dans son bureau de Hendon, faisant référence au rôle pivot de l’organisation qui consiste à soutenir Israël au Royaume-Uni afin de combattre l’antisémitisme.

L’organisation a fait venir deux journalistes israéliens à Londres pendant plusieurs jours pour voir le programme en hébreu en action et pour parler à des militants locaux, des administrateurs scolaires, des étudiants et des parents au sujet de leurs réflexions sur l’antisémitisme dans la ville.

Lutter contre l’antisémitisme

Hayek est connu pour être un fervent partisan du Premier ministre Benjamin Netanyahu, et est proche de nombreux responsables politiques israéliens, dont Avigdor Liberman, dont le gendre israélien, Yonatan Golan, vit maintenant à Londres et officie comme président du JNF-KKL.

« La communauté juive locale a besoin d’un leadership honnête », dit Hayek, qui se qualifie de « leader ‘dominant' ». « Nous devons dire à la communauté ce qui se passe vraiment. Je pense que mes amis du conseil comprennent l’ampleur de la question – pourquoi prendre de l’argent et le dépenser pour les enfants juifs dans les écoles juives d’ici ; ils l’ont immédiatement compris et soutenu. »

Né en Israël, Hayek, 65 ans, vit à Londres depuis 1980, date à laquelle il y est allé pour obtenir un diplôme en droit et n’en est jamais reparti. Il est devenu un magnat de l’immobilier et un collectionneur d’art passionné, avec une collection éclectique et précieuse accrochée dans son bureau ainsi que dans sa maison de Hampstead. Il est marié et père de deux enfants en âge d’aller à l’école.

Dans l’atmosphère tendue qui règne au sein de la communauté juive en raison des nombreuses plaintes d’antisémitisme dont fait l’objet le Parti travailliste de Jeremy Corbyn, Hayek estime que les Juifs britanniques se sentent menacés et vivent dans la peur profonde que le dirigeant du Labour devienne Premier ministre.

« Y aura-t-il une poussée d’antisémitisme s’il est élu Premier ministre ? » a demandé Hayek. « Je ne sais pas. Personne n’est sûr de rien. Les tensions antisémites ont toujours existé en Grande-Bretagne, mais la politique n’a pas permis qu’elles éclatent. Maintenant, avec Corbyn et le Parti travailliste, cela a éclaté sérieusement parce que ça correspond à sa façon de voir la vie. »

Jeremy Corbyn à la mosquée de Finsbury Park dans le nord de Londres, lors des portes ouvertes annuelles du lieu de culte, le 3 mars 2019. (Crédit : Victoria Jones/PA via AP)

Hayek pense que certains Juifs en Grande-Bretagne envisagent la possibilité de partir. « On ne voit pas beaucoup de Juifs [qui s’identifient publiquement] dans le train, parce qu’ils ne veulent pas se faire remarquer », dit-il. « Ils enlèvent leur kippa ou Magen David [Étoile de David] parce qu’ils ne veulent pas être remarqués. Ils enlèvent leurs symboles religieux juifs. »

Selon un sondage publié en septembre 2018 dans le Jewish Chronicle, près de 40 % des Juifs britanniques « envisageraient sérieusement d’émigrer » si Corbyn devenait Premier ministre.

En février, le Jewish Chronicle a rapporté un nombre record d’incidents impliquant de la haine anti-juive au Royaume-Uni, un fait qui est le résultat de « politiques antisémites » et « de l’exclusion volontaire des Juifs des normes anti-racistes », selon le directeur exécutif du Community Security Trust.

Le Community Security Trust, ou CST, est un organisme caritatif qui protège les Juifs britanniques contre l’antisémitisme et les menaces connexes, avec plus de 90 employés à temps plein et à temps partiel qui assurent la sécurité des synagogues et écoles juives telles que Rimon, Nancy Reuben et JFS.

Un vigile du Community security Trust pendant une célébration de Hanoukka, à Londres, en 2014. (Crédit : Blake Ezra Photography via JTA)

Les chiffres de la CST indiquent que 1 652 incidents antisémites ont été signalés au Royaume-Uni en 2018, soit une augmentation de 16 % par rapport à l’année précédente ; les incidents étaient pour la plupart non-violents.

Un nombre important de Juifs britanniques cherchent des alternatives en dehors de la Grande-Bretagne, a déclaré Gideon Falter, président du comité britannique contre l’antisémitisme et un administrateur de JNF UK. Il a cité comme précédent les Juifs français et leur nombre croissant hors de France, y compris en Angleterre.

« C’est une grande décision [de partir] », a-t-il dit. « Si vous avez le luxe d’attendre, vous dites : ‘Quand les enfants auront leur diplôme, quand je prendrai ma retraite, je partirai' ».

Mais les Juifs britanniques sont en train de se préparer, a dit M. Falter, et il croit qu’il y aurait un arrivage massif de Juifs britanniques en Israël, au Canada et aux États-Unis si M. Corbyn devait prendre le pouvoir.

Gideon Falter, président de la Campagne contre l’antisémitisme. (Avec l’aimable autorisation de Natan Lilienfeld)

Pour de nombreux membres de la communauté juive de Londres, Corbyn a laissé une atmosphère hostile aux Juifs gonfler sous sa direction.

« Il semble qu’il soit devenu plus facile pour les gens de dire des choses antisémites, sans doute à cause des politiciens et de Jeremy Corbyn », dit Fink, du JFS. « Les gens semblent plus en confiance pour dire des choses désagréables. »

La Grande-Bretagne, a dit M. Gideon, est une société généralement respectueuse et tolérante, et s’il y a eu des cas d’antisémitisme, cela ne s’est pas produit tous les jours jusqu’à maintenant. Mais, a-t-il dit, les gens utilisent le débat sur Israël pour exprimer des idées antisémites, et il est très difficile de les distinguer de l’anti-sionisme.

La communauté juive a le sentiment qu’elle doit se préparer à se battre, a-t-il ajouté – un changement radical par rapport au sentiment selon lequel les Juifs pourraient toujours prospérer en Angleterre sans souci.

« Maintenant, le sentiment est que si nous ne nous battons pas maintenant et durement, nous perdrons le combat pour l’avenir des Juifs britanniques », a déclaré Falter. « Le travail de JNF UK est de promouvoir la compréhension d’Israël au Royaume-Uni et de promouvoir des projets en Israël pour prospérer et réussir. Durant une matinée [avec ce programme], Israël est venu à leur école et ils ont adoré. »

Les pièces de théâtre en hébreu peuvent-elles contribuer à renforcer le sentiment pro-sioniste ?

Plus tard le même jour, à l’école Rimon, une autre actrice d’Orna Porat a présenté un spectacle en solo sur une adolescente aux prises avec la mort de sa mère et ses difficultés à l’école et entre amis. Encore une fois, la salle était pleine de pré-adolescents assis avec une attention soutenue, riant ou silencieux aux moments opportuns.

« Ce ne sont pas des pièces qui sont faites pour être jouées à l’étranger ; elles sont faites pour Israël », a dit l’acteur Elad Mizrahi. « Les enfants rient du burlesque, et c’est une idée intemporelle. Il parle de l’ancien et du nouveau dans nos vies, c’est universel. Inutile d’expliquer chaque mot. »

Le fait que 25 % des élèves de Rimon parlent hébreu peut aider, beaucoup d’entre eux ayant temporairement déménagé d’Israël à Londres avec leur famille, souvent à cause du travail de leurs parents.

La directrice des études juives et d’Ivrit de l’école Rimon, Ora Solla. (Jessica Steinberg/Times of Israel)

Ora Solla est responsable des études juives et hébraïques à Rimon. C’est une Américaine élevée à Los Angeles qui vit à Londres depuis 18 ans. Elle utilise fréquemment l’hébreu lorsqu’elle s’adresse aux étudiants de Rimon.

Ces parents veulent des cours d’hébreu et des leçons sur la vie et l’identité juives à l’école de leurs enfants, même s’ils ne veulent pas nécessairement une vie religieuse juive, dit-elle.

Anat Glick, qui a deux enfants à Rimon, est originaire du quartier Ein Kerem de Jérusalem. Elle a dit qu’elle était heureuse que ses enfants fréquentent l’école juive, où ils ont appris à se sentir partie intégrante de la communauté. C’était une lutte, cependant, pour que ses enfants ne parlent que l’hébreu à la maison, dit-elle.

« Nous sommes fiers d’être juifs », a déclaré Glick, qui est à Londres depuis cinq ans.

Rimon est une école juive financée par le gouvernement qui est considérée comme moderne orthodoxe en raison de son affiliation avec la Golders Green Synagogue, une institution de la United Synagogue. Les parents n’ont pas à dire s’ils sont juifs – bien que la plupart des enfants ait au moins un parent qui est juif, dit Solla.

Six ans après la création de l’école en 2012, l’administration s’est rendue compte que beaucoup d’enfants étaient issus de familles israéliennes, ou de familles très favorables à Israël, et qu’ils voulaient des leçons d’hébreu et de vie et d’identité juives. Le menu déroulant du site Web de l’école est même entièrement traduit en hébreu.

« Nous avons engagé un professeur d’hébreu moderne et nous avons des leçons d’hébreu de qualité », dit Solla.

Christine Samuels est une Maorie néo-zélandaise, et non juive, mais elle élève maintenant ses petites-filles juives – et israéliennes -, une fille de 11 ans qui va à Rimon et un bébé, avec son mari Raphael, 30 ans.

Elle est profondément liée à la communauté israélienne de Londres, dont beaucoup achètent des maisons en Israël parce que « si Corbyn est élu, ils vont fuir », dit-elle. Bien qu’elle ait été confrontée à l’antisémitisme, Samuels a dit qu’elle et son mari allaient probablement rester.

La maman israélienne Anat Glick (deuxième à partir de la gauche) avec Christine Samuels (à l’extrême droite) et leurs enfants et petits-enfants respectifs, qui étudient à la Rimon School de Londres. (Jessica Steinberg/Times of Israel)

A Nancy Reuben, une autre école juive publique participant au programme israélien de JNF UK, Hava Tourgeman, une résidente de Jérusalem qui vit à Londres depuis trois ans avec son mari et son plus jeune fils, a déclaré qu’elle ne resterait pas à Londres si les choses tournaient mal.

« C’est super ici, mon fils adore l’école, nous avons tout ce que nous pourrions vouloir ici », dit Tourgeman. « Mais si les choses tournent mal, je ne resterai pas. Il n’y a pas d’endroit sûr dans le monde pour les Juifs. En Israël, au moins on sait que c’est chez soi. Quand quelque chose se passe ici, tu réalises que tu n’es pas chez toi ici. »

Hava Tourgeman (à gauche) et Dana Yacov, Israéliennes vivant temporairement à Londres et envoyant chacune leurs enfants dans une école juive. (Avec l’aimable autorisation de John Rivkin)

Lorsque sa famille voyage dans le métro londonien, ils portent leurs kippas et leurs tzitzit, ou franges rituelles, « parce que nous sommes fiers », dit-elle, même si elle a vu des gens regarder son fils avec ses symboles religieux visibles dans la rue. « Je lui dis de ne pas s’inquiéter, mais parfois mon mari lui dit de les rentrer à l’intérieur. »

David Tourgeman, son fils de 10 ans, a dit que ce qui lui manquait le plus par rapport à Israël, c’était de pouvoir marcher seul jusqu’au magasin du coin. « Les enfants ne font pas ça ici », dit-il.

Dana Yacov, une autre maman de Nancy Reuben qui a déménagé à Londres avec son mari et ses deux jeunes enfants il y a près d’un an, a dit qu’ils ne parlent généralement pas hébreu dans le train, car ils ne veulent pas se faire remarquer.

« Nous essayons de ne pas créer de problèmes », dit Yacov en tenant son bébé de 7 mois, Oliver, né pendant leur première année à Londres.

Le programme JNF UK est un antidote à un affaiblissement possible de l’identité juive face à l’antisémitisme, a noté Antony Wolfson, directeur de l’école Nancy Reuben, qui estime que ses élèves ont appris beaucoup plus sur Israël depuis leur participation aux activités et aux leçons créées par leur représentante de JNF UK, Sari Rubin.

Rubin est une Israélienne qui vit au Royaume-Uni depuis dix ans après avoir rencontré et épousé son mari anglais, Gary.

Le but, dit Rubin, est d’éduquer les enfants juifs pour quand ils seront plus grands, en leur enseignant ce qu’Israël a à offrir et en s’assurant qu’ils connaissent les faits et l’histoire.

Bien que l’hébreu ait toujours été enseigné à l’école primaire, le fait de pouvoir travailler avec le JNF, qui a commencé en septembre, a augmenté le niveau et la motivation des élèves.

Ils sont jumelés avec une école dans le sud d’Israël et ont eu des discussions vidéo avec des enfants dans leurs classes. « Ils ont l’air beaucoup plus gros que nous », a dit l’un des élèves.

Bon nombre des élèves de l’école ont visité Israël.

Rachel Fink, directrice du JFS, discutant des effets de l’antisémitisme croissant sur le programme scolaire et l’orientation de l’école. (Avec l’aimable autorisation de John Fink)

Israël en soi est important pour établir l’identité juive des enfants, a déclaré Rachel Fink du JFS.

« Je pense qu’il est important d’avoir une approche moderne pour rendre le judaïsme et rendre le peuple juif pertinent, à travers Israël », a-t-elle dit. « C’est important ; une vie juive sans Israël est de plus en plus pauvre. »

« Israël est central dans ce que nous sommes en tant que Juifs, je le pense vraiment », a-t-elle ajouté. « Et pour certains, si c’est là leur connexion avec la communauté juive, alors c’est un moyen de renforcer cette dernière. »

Pour ces jeunes élèves juifs britanniques, l’antisémitisme n’est pas quelque chose de débattu ou de ressenti. Deux enfants de 11 ans de Rimon, Dalia Segal et Charlie Gonzalez Esteban, ont noté aimer apprendre des choses sur des Juifs célèbres, comme Golda Meir et Hannah Senesh, mais ils n’ont pas vécu d’expérience négative relative à leur identité juive dans leur vie quotidienne.

Et pourtant, « on est toujours différents ici », a reconnu Segal, une élève de Rimon né en Israël et qui a dit vivre dans un quartier à majorité non-juive.

Gonzalez, né en Espagne et qui a commencé à fréquenter Rimon l’année dernière, lorsque sa mère s’est mariée et qu’elle s’est installée à Londres, a raconté que découvrir les héros juifs tels que Senesh l’a fait réfléchir aux difficultés de l’existence. « Il ne m’est rien arrivé de pareil », a-t-il clamé.

Les élèves du lycée, pour leur part, perçoivent quelque chose de différent – peut-être parce qu’un grand nombre d’entre eux utilise les transports publics pour aller à l’école et parce qu’ils ont des amis hors de l’établissement. Il y a également eu une série d’agressions dans le quartier, aux alentours – et plusieurs élèves se sont faits voler leur téléphone portable en allant ou en revenant des cours.

L’école s’efforce de les préparer à ces incidents et à leur vie future à l’université, où ils pourraient avoir à gérer des niveaux bien plus importants d’antisémitisme et d’anti-sionisme. Ils passent une partie de leur année de Troisième en Israël, une expérience qui, selon une élève, a été complètement différente de ce qu’elle avait pu connaître auparavant.

C’est la raison pour laquelle Fink met un point d’honneur à enseigner les connaissances de base sur Israël – notamment sa carte géographique, son histoire et l’hébreu.

« Je veux que nos élèves commencent en connaissant les fondamentaux sur Israël : Par exemple, localiser un endroit sur une carte. Pour moi, c’est un principe de base de l’éducation israélienne ici », a-t-elle commenté. « S’ils veulent se faire une opinion, cela doit être une opinion informée, et qui ne repose pas seulement sur ce qu’ils voient et sur ce qu’ils lisent dans les médias. »

« Ils doivent comprendre Israël et les Israéliens pour parvenir à défier les points de vue qu’ils entendent dans les médias », a-t-elle ajouté.

Qui s’inquiète réellement des actes antisémites ?

Lorsqu’on les interroge, certains Juifs de Londres disent ne pas voir de raison d’être préoccupés. Ils font toujours la queue, le vendredi matin, aux abords de Daniel’s, une boulangerie populaire de Finchley.

Yoav Kurtzbard, un banquier d’investissement israélien qui vit à Londres et y a élevé sa famille depuis plus de 25 ans (Autorisation John Rivkin)

La vie est très facile à Londres, a déclaré Yoav Kurtzbard, un banquier d’investissement qui vit à Londres depuis plus de 20 ans aux côtés de son épouse israélienne, Dorli, et de leurs quatre enfants, âgés de 9 à 19 ans.

L’identité juive de la famille est plus marquée ici que s’ils vivaient en Israël. Ils vont à la synagogue et ils envoient leurs enfants dans une école juive ainsi qu’à l’école du dimanche, à laquelle ils apprennent à lire et à écrire en hébreu.

« Nous voulions que nos enfants aient le sentiment d’appartenir à la communauté et qu’ils aient des amis Juifs », a expliqué Yoav Kurtzbard, qui est né en Israël mais qui a passé une partie de son enfance aux Etats-Unis, fréquentant l’école moderne orthodoxe Ramaz et qui a fait ultérieurement ses études à l’école de commerce Wharton de l’université de Pennsylvanie.

« C’est une sorte d’incubateur, ici. Et c’est une bonne chose que les enfants puissent avoir cet environnement bienveillant », a-t-il ajouté.

Jusqu’à présent tout du moins, a noté Dorli Kurtzbard.

Son époux, pour sa part, n’est pas inquiet.

« Corbyn n’est pas réellement un problème en termes d’antisémitisme. Le problème, c’est ce qui va arriver financièrement à ce pays [s’il et quand il quittera l’Union européenne sous le Brexit] », a-t-il affirmé. « Il veut nationaliser ce pays et le ramener à l’âge de pierre. Ce qui pourrait être traumatisant ».

Tandis que l’antisémitisme n’est pas la principale préoccupation de la famille Kurtzbard, il y a néanmoins certaines règles en vigueur : Leurs trois fils ne sont pas autorisés à porter la kippa à l’extérieur, quelles que soient les circonstances.

Dorli Kurtzbard, au milieu, avec ses quatre enfants, qui vivent à Londres et préparent un éventuel retour en Israël (Autorisation : John Rivkin)

« Il y a ce que l’on fait chez soi, et il y a ce que l’on fait dans la rue », a expliqué Yoav Kurtzbard.

Et en ce qui les concerne, il y a toujours le projet du retour en Israël – ce pays natal où ils reviendront pour prendre leur retraite.

« Je veux m’assurer qu’ils auront un avenir formidable en Israël ; les forces créatives d’Israël sont étonnantes », a-t-il dit. « Tous les Israéliens finissent par revenir ».

Cette journaliste a été hébergée par le JNF-Royaume-Uni.

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