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Le Liban se dirige vers une vacance du pouvoir à cause du Hezbollah – analystes

Par le passé, l'élection d'un président a déjà débouché sur des violences ou des crises politiques, dans un pays fondé sur un partage communautaire du pouvoir

Le président libanais Michel Aoun prononçant un discours sur l'accord sur la frontière maritime avec Israël au palais présidentiel, à Baabda, à l'est de Beyrouth, au Liban, le 13 octobre 2022. (Crédit : Dalati Nohra via AP)
Le président libanais Michel Aoun prononçant un discours sur l'accord sur la frontière maritime avec Israël au palais présidentiel, à Baabda, à l'est de Beyrouth, au Liban, le 13 octobre 2022. (Crédit : Dalati Nohra via AP)

Le Liban en plein effondrement économique s’apprête à entrer dans une période de vacance du pouvoir : le mandat du président Michel Aoun expire le 31 octobre sans accord au sein de la classe politique, profondément divisée sur un éventuel successeur.

Cette perspective inquiète la communauté internationale, d’autant plus que le pays sera gouverné par un gouvernement chargé d’expédier les affaires courantes, les divergences politiques ayant empêché la formation d’un nouveau cabinet depuis les législatives du printemps.

Lundi, le Parlement s’est réuni pour la quatrième fois depuis un mois sans parvenir à élire un président, ni le camp du Hezbollah pro-iranien, le puissant mouvement terroriste qui domine la vie politique au Liban, ni celui de ses opposants ne disposant d’une claire majorité pour imposer un candidat.

« Le scénario le plus probable après la fin du mandat Aoun est un vide présidentiel prolongé jusqu’à ce que les principaux partis politiques libanais s’entendent sur un candidat », estime Lina Khatib, directrice du programme Moyen-Orient et Afrique du Nord au centre de réflexion Chatham House.

« Comme en 2016, le Hezbollah insistera pour imposer un candidat », ajoute-t-elle.

Un partisan du Hezbollah scande des slogans en brandissant le drapeau de l’organisation terroriste durant une manifestation contre l’intervention américaine dans les affaires du Liban, près de l’ambassade des Etats-Unis à Aukar, au nord-est de Beyrouth, le 10 juin 2020. (Crédit : AP Photo / Hussein Malla)

Par le passé, l’élection d’un président a déjà débouché sur des violences ou des crises politiques, dans un pays fondé sur un partage communautaire du pouvoir, la présidence de la République étant réservée à un chrétien maronite.

Selon des analystes, la crise actuelle est principalement liée au refus du Hezbollah de tout processus électoral qui ne mènerait pas son candidat à la présidence, à l’instar de ce qui s’est passé lors de l’élection de son allié Michel Aoun.

Il avait alors fallu plus de deux ans et 46 sessions électorales pour l’élection en 2016 de M. Aoun. Son mandat a été marqué par un effondrement économique sans précédent, un soulèvement populaire en 2019 qui n’a pas abouti et une explosion sur le port de Beyrouth qui ravagé la capitale l’année suivante.

« Blocage systématique »

Le Hezbollah n’a pas annoncé quel candidat il favorisait cette fois-ci, et son camp a jusqu’à présent voté blanc au Parlement. Mais certains analystes estiment que l’ancien ministre et député Sleimane Frangié, allié du Hezbollah et du régime syrien, est son candidat favori.

Samir Geagea, chef des Forces libanaises, à droite, serre la main de Sleimane Frangié, en présence du patriarche Béchara Rahi à Beyrouth, le 14 novembre 2018. (Crédit : Aldo Ayoub/Agence de presse libanaise via AP)

Interrogée par l’AFP, une source proche du parti chiite reconnaît cependant que la candidature de ce dernier « se heurte à l’opposition de l’Arabie saoudite » et de Gebran Bassil, gendre du président Aoun et chef du Courant patriotique libre (CPL) qui aspire également à la présidence.

Pour le moment, le candidat ayant réuni le plus grand nombre de voix est Michel Moawad, qui a obtenu 39 votes lundi, loin des 65 voix requises pour être élu à la majorité simple.

Proche de Washington, il est rejeté par le Hezbollah dont il appelle au désarmement.

Le camp du Hezbollah et de ses alliés s’emploie à une « obstruction systématique », dénonce Elias Hankache, membre du parti chrétien des Kataëb qui soutient M. Moawad.

Gebran Bassil, alors ministre des Affaires étrangères du Liban, en une conférence de presse après une cérémonie de signature d’un accord de coopération diplomatique à Budapest, en Hongrie, le 26 novembre 2019. (Crédit : Attila Kisbenedek/AFP)

Il estime « inacceptable » que le parti pro-iranien et ses alliés « misent sur la vacance du pouvoir » afin d’imposer par la suite leur candidat, comme en 2016.

Inquiétude diplomatique

La perspective du vide politique s’inscrit cette fois dans un contexte d’effondrement économique accéléré alors que le gouvernement démissionnaire n’a pas les prérogatives pour imposer les réformes nécessaires au déblocage des aides internationales.

Depuis 2019, le Liban est en proie à une grave crise financière, sa monnaie a perdu plus de 95 % de sa valeur et plus de 80 % des habitants vivent désormais sous le seuil de pauvreté, selon l’ONU.

Une source diplomatique occidentale indique à l’AFP que la plupart des chancelleries à Beyrouth sont « préoccupées » par la possibilité que « le Liban n’ait pas de président après la fin du mandat de Aoun ».

« La crise politique est la dernière chose dont les Libanais ont besoin maintenant », ajoute cette source.

Le fait qu’un gouvernement démissionnaire dirige le pays conduirait à « créer une situation très préoccupante », selon la même source.

Pour le directeur de l’Institut du Levant pour les affaires stratégiques, Sami Nader, « faute d’accord sur un candidat entre les parties au Liban, des pressions ou une ingérence étrangères pourraient être nécessaires » pour imposer une solution, comme à plusieurs reprises dans l’histoire du Liban.

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