Le Liban signe un accord de forage offshore en pleine querelle avec Israël
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Le Liban signe un accord de forage offshore en pleine querelle avec Israël

Le consortium français, italien et russe est convaincu qu'aucun problème n'émergera des suites des déclarations conflictuelles, même si Israël évoque un "comportement provocateur"

Une corvette Sa'ar 5 de la marine israélienne défend une plate-forme d'extraction de gaz naturel au large des côtes israéliennes, sur une photographie non datée. (Forces de défense israéliennes)
Une corvette Sa'ar 5 de la marine israélienne défend une plate-forme d'extraction de gaz naturel au large des côtes israéliennes, sur une photographie non datée. (Forces de défense israéliennes)

BEYROUTH, Liban – Le Liban a signé vendredi son premier contrat d’exploration d’hydrocarbures au large de ses côtes avec un consortium alliant le groupe pétrolier français Total, l’italien ENI et le russe Novatek, sur fond de tensions avec Israël sur l’un des blocs concernés.

Israël affirme que l’un des deux blocs situés dans l’est de la méditerranée, dans lequel le Liban veut effectuer des forages, lui appartient. L’Etat juif a dénoncé toute exploration de la part de Beyrouth, la qualifiant de « provocatrice ».

« Le Liban fait partie désormais du club des pays producteurs d’énergie et entame une nouvelle étape de son histoire », s’est félicité le président libanais Michel Aoun lors de la cérémonie qui a suivi la signature de l’accord.

Cherchant à exploiter des réserves de pétrole et de gaz potentielles après la découverte de gisements au large d’Israël, de Chypre et de l’Egypte, ce qui a donné lieu à des tensions entre divers pays de la région sur les droits et les frontières maritimes, le Liban a approuvé au mois de décembre un appel d’offres sur les blocs quatre et neuf.

Le bloc neuf est le bloc contesté par l’Etat juif.

Les explorations devraient commencer en 2019.

Le consortium est formé du géant français Total (à40%), d’Eni (40%), et du russe Novatek (20%).

Le ministre de l’Energie libanais Cesar Abi Khalil, deuxième à droite, reçoit un document des mains de Stephane Michel, responsable pour Total de l’exploration et de la production au Moyen-Orient et en Afrique du nord pendant la toute première cérémonie fêtant un contrat pétrolier et gazier pour le Liban dans la capitale de Beyrouth, le 7 février 2018 (Crédit : AFP PHOTO/ANWAR AMRO)

Total a salué l’accord, disant qu’il stipule que les forages auront lieu dans « au moins un puits au cours des trois premières années », et que la « priorité du consortium sera de forer un premier puits d’exploration sur le bloc 4 en 2019 ».

La zone de prospection « dans le bloc 9 est, effectivement, au nord du bloc et c’est là où nous avons l’intention de forer le moment venu », a réaffirmé à l’AFP Stéphane Michel, directeur de Total au Moyen-Orient.

Le groupe français a ajouté que pour la zone contestée, « Total et ses partenaires sont bien conscients de la dispute frontalière entre le Liban et Israël, qui concerne en fait moins de 8 % de la surface du bloc 9 ».

« Dans la mesure où les principales prospections auront lieu à plus de 25 kilomètres du secteur disputé, le consortium confirme que le puits d’exploration sur le bloc 9 ne présentera aucune interférence avec des champs ou zones d’intérêts qui sont situés au sud de la zone frontalière », a-t-il ajouté dans un communiqué émis en anglais.

Le ministre israélien de la Défense, Avigdor Liberman, a dénoncé le 31 janvier « le comportement provocateur » des autorités libanaises.

« Ils ont lancé un appel d’offre pour un champ gazier – sur un bloc qui de toute évidence est à nous – envers des groupes internationaux qui sont des compagnies respectables et qui, selon moi, font une grave erreur dans la mesure où cette démarche va à l’encontre de toutes les règles et des protocoles dans des affaires comme celle-là », a-t-il dit.

Le ministre de l’Energie libanais Cesar Abi Khalil a répondu que le Liban se battra pour défendre son droit de forage dans la zone.

« Israël va faire ce qu’il peut pour nous empêcher de profiter de notre richesse pétrolière et nous ferons tout ce qui est en notre pouvoir pour le défendre », a-t-il déclaré.

Israël a adopté le tracé de sa zone économique exclusive (ZEE) avec une frontière située plus au nord que celle notifiée dès 2010 par le Liban aux Nations unies, et définie selon les lois internationales (…). Le bloc 9 est situé entièrement dans les eaux maritimes libanaises », at-il martelé.

Pour sa part, le député Nawaf al-Moussaoui du Hezbollah, poids lourd de la politique libanaise et ennemi juré d’Israël, a affirmé que le Liban « n’accepterait aucune agression contre (ses) droits nationaux ».

Le ministre des Affaires étrangères, Gebrane Bassil, a de son côté écarté le risque d’une confrontation militaire avec Israël, soulignant la poursuite des « efforts diplomatiques » pour faire baisser les tensions sur cette question.

Les États-Unis mènent une médiation depuis plusieurs années entre les deux pays pour trouver une solution au contentieux concernant une zone disputée de 860 km² en mer sur laquelle déborderait le bloc 9.

Dans ce contexte Washington a dépêché mardi à Beyrouth le secrétaire d’État adjoint pour les affaires du Proche-Orient, David Satterfield.

Au cours de sa rencontre jeudi avec le chef de l’État, le diplomate américain a présenté « des propositions visant à maintenir la stabilité et le calme dans la zone frontalière », selon la présidence libanaise.

Le ministre des Affaires étrangères, Gebrane Bassil, a de son côté écarté le risque d’une confrontation militaire avec Israël, soulignant la poursuite des « efforts diplomatiques » pour faire baisser les tensions sur cette question.

Des tensions entre les deux voisins – qui sont encore techniquement en guerre – n’ont cessé de croître alors qu’Israël poursuit la construction d’une barrière le long de la frontière.

Le Liban dit qu’une partie du mur suit la « ligne bleue » de démarcation des Nations unies esquissée après le retrait israélien du sud Liban en l’an 2000, insistant sur le fait que certaines sections viennent couper son territoire.

Israël a rejeté cette affirmation et a déclaré mardi que l’ouvrage était réalisé sur son territoire.

Israël avait commencé à construire cette série d’obstacles en 2012, six ans après combattu dans une guerre dévastatrice le groupe terroriste chiite libanais du Hezbollah.

La question des ressources gazières autour de Chypre a également conduit à des frictions. L’île est divisée depuis l’invasion en 1974 de son tiers nord par la Turquie. Les prospections menées par Nicosie ont déclenché des tensions avec Ankara, qui réclame leur suspension dans l’attente d’une solution à la division de l’île.

Des tensions sont également apparues sur la question entre la Turquie et l’Egypte, qui a réaffirmé la « validité » d’un accord maritime avec Chypre en réponse aux critiques d’Ankara. En 2003, l’Egypte et Chypre se sont mis d’accord sur le partage des zones maritimes internationales en Méditerranée pour y développer l’exploration d’hydrocarbures.

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