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Le ministère américain de l’Éducation ouvre de nouvelles enquêtes sur l’antisémitisme

Des enquêtes ont également été ouvertes dans les deux plus grands districts publics de San Francisco, et sur un professeur juif antisioniste qui a fait l'éloge du Hamas

Des partisans anti-Israël rassemblés à l'Université de Harvard, à Cambridge, dans le Massachusetts, le 14 octobre 2023. (Crédit : Joseph Prezioso/AFP)
Des partisans anti-Israël rassemblés à l'Université de Harvard, à Cambridge, dans le Massachusetts, le 14 octobre 2023. (Crédit : Joseph Prezioso/AFP)

JTA – Des plaintes concernant des manifestations anti-Israël à l’Université Temple et à l’Université Brown, déposées par un activiste juif de droite qui ne fréquente aucune de ces deux universités, ont déclenché une nouvelle série d’enquêtes sur l’antisémitisme menées par le ministère américain de l’Éducation.

Le Bureau des droits civils du ministère examine également une série de déclarations de professeurs de l’Université du Minnesota condamnant Israël, à la suite d’une plainte déposée par un influent républicain membre de la faculté de droit.

En outre, depuis cette semaine, le bureau des droits civiques a ouvert des enquêtes dans les deux plus grands districts scolaires publics de la région de la baie de San Francisco, où certaines familles ont invoqué des problèmes d’antisémitisme dans leur demande de transfert. Il examine également de près le cas d’un professeur juif antisioniste qui a publiquement soutenu le groupe terroriste palestinien du Hamas dans un collège privé.

Ces nouvelles enquêtes annoncées mercredi surviennent alors que le ministère s’empresse d’user de son influence pour amener les universités et les districts scolaires à s’attaquer à l’antisémitisme sur leurs campus.

Avec cette nouvelle série d’enquêtes, le Bureau des droits civils du ministère en a ouvert plus de 50 en vertu du Titre VI relatif aux « ancêtres communs » dans les mois qui ont suivi l’attaque du Hamas dans le sud d’Israël, le 7 octobre, au cours de laquelle 1 200 personnes ont été massacrées et plus de 240 autres ont été prises en otage, et qui a déclenché une vague d’activisme anti-Israël sur les campus. Le ministère ne commente pas ses enquêtes en cours, qui concernent aussi bien les établissements les plus prestigieux de l’Ivy League que de modestes écoles de districts ruraux, sur des niveaux allant de la maternelle à la Terminale. Il précise néanmoins que l’ouverture d’une enquête ne signifie pas nécessairement que l’affaire soit fondée.

« Je pense qu’il était temps », a déclaré Richard Painter, professeur de droit à l’Université du Minnesota, à la Jewish Telegraphic Agency. Painter a déposé la plainte pour antisémitisme qui a déclenché l’enquête sur l’établissement en vertu du Titre VI. « Les universités de toute l’Amérique sont confrontées à ce problème. »

Le campus de l’Université du Minnesota, le 11 avril 2019. (Crédit : Stephen Maturen/Getty Images North America/Getty Images via AFP)

Painter, un ancien fonctionnaire de l’administration de George W. Bush, a déposé sa plainte en décembre aux côtés de Michael Hsu, un ancien doyen ; le ministère a ouvert son enquête mardi. La plainte allègue que l’université aurait dû faire plus pour contrer trois différents groupes de professeurs d’art qui ont publié des déclarations condamnant Israël après les attaques perpétrées par le Hamas le 7 octobre.

« L’université soutient fermement les discours et les actions qui créent une atmosphère de respect mutuel, exempte de toute forme de préjugé et d’intolérance, comme le stipulent les politiques de notre conseil d’administration », indique le communiqué de l’Université du Minnesota.

Auparavant, après avoir appris que Painter et Hsu avaient déposé une première plainte en vertu du Titre VI, l’université avait déclaré aux médias locaux que « les caractérisations générales de l’université contenues dans la plainte sont inexactes et fondamentalement contraires à notre mission et à nos valeurs ».

L’une de ces déclarations, émanant de membres du Département des études sur le genre, les femmes et la sexualité, se lit en partie comme suit : « Nous affirmons que la réponse d’Israël n’est pas de l’autodéfense, mais la poursuite d’une guerre génocidaire contre Gaza et contre la liberté, l’autodétermination et la vie des Palestiniens. »

Painter a estimé que cette déclaration était particulièrement choquante parce que le ministère, qui se consacre aux femmes, au genre et à la sexualité, n’a pas mentionné les crimes de violence sexuelle commis par le Hamas pendant l’assaut, qui font actuellement l’objet d’une enquête de la part d’organismes israéliens et internationaux.

Ses efforts pour faire intervenir le doyen de l’université ont été vains, a indiqué Painter. Les autres déclarations contestées émanent de professeurs des sections d’études amérindiennes, d’études culturelles et de littérature comparée.

« Henry Ford publiait ce genre de conneries dans les journaux dans les années 30 », a rappelé Painter, faisant référence au journal antisémite du magnat de l’automobile, The Dearborn Independent.

Ni Painter ni Hsu ne sont Juifs et, alors qu’il était régent en 2019, Hsu s’était opposé aux efforts de l’université visant à renommer les bâtiments du campus portant le nom de figures antisémites. (L’épouse de Painter, Karen, qui n’est pas Juive non plus, est une universitaire qui étudie l’antisémitisme dans la musique de l’époque nazie). Cependant, Painter a affirmé qu’il considérait toujours la lutte contre l’antisémitisme sur les campus comme un combat qu’il pouvait mener.

Un participant tenant une pancarte alors que des étudiants se rassemblent lors d’une « marche pour lutter contre le génocide et libérer la Palestine » sur la Bruin Plaza de l’UCLA, à Los Angeles, le 25 octobre 2023. (Cr2dit : Frederic J. Brown/AFP)

« Il s’agit d’une question cruciale non seulement pour la communauté juive, mais aussi pour notre démocratie », a-t-il souligné. Il estime que ses efforts au sein de l’université ont déjà porté leurs fruits. Après qu’un candidat à la direction du Bureau de la Diversité, de l’Équité et de l’Inclusion (DEI) de l’établissement a récemment hésité, lors d’un entretien d’embauche, à dire si le groupe terroriste palestinien du Hamas avait agressé des Israéliennes lors de son attaque, Painter s’est mobilisé, avec d’autres critiques du même acabit, contre cette embauche potentielle. Suite à la mauvaise presse qui en a résulté, le prétendant a retiré sa candidature.

« Nous avons gagné », s’est réjoui Painter à propos de la bataille contre la DEI. « Cette affaire a fait le tour du monde. »

Deux autres nouvelles enquêtes sur l’antisémitisme, à l’Université Temple et à l’Université Brown, ont toutes deux pour origine un seul plaignant : Zachary Marschall, professeur à l’Université du Kentucky et rédacteur en chef du site universitaire de droite Campus Reform.

Marschall est Juif et n’a aucun lien avec ces deux établissements. Il a expliqué qu’il avait déposé ces plaintes de manière indépendante, ainsi que 18 autres, après avoir interrogé « des étudiants juifs et pro-Israël à travers le pays qui n’osent pas s’exprimer ».

Sur Campus Reform, il a publié des copies partielles de lettres du ministère de l’Éducation confirmant qu’il avait ouvert des enquêtes sur la base de ses plaintes ; une déclaration d’un représentant de Brown a également noté que l’enquête provenait « d’au-delà du campus de Brown » et a désigné la publication de Marschall comme étant sa source.

Marschall a déclaré que sa plainte à Temple était liée à des manifestants anti-Israël à Philadelphie qui ont récemment pris pour cible un restaurant de falafels appartenant à des Israéliens, ainsi qu’à des slogans « De la rivière à la mer » scandés lors de rassemblements organisés par Students for Justice in Palestine (SJP). Le ministère a ouvert son enquête sur Temple mardi.

Un porte-parole de l’Université Temple a déclaré que l’établissement « condamne sans équivoque la haine et la discrimination à l’encontre de toute personne et s’efforcera toujours de veiller à ce que tous nos étudiants, enseignants et membres du personnel se sentent accueillis et en sécurité dans notre communauté et sur notre campus ».

Des personnes rassemblées pour protester contre l’interdiction de Students for Justice in Palestine (SJP) et de Jewish Voice for Peace (JVP), à l’Université de Columbia, à New York, le 20 novembre 2023. (Crédit : Michael M. Santiago/GETTY IMAGES NORTH AMERICA/Getty Images via AFP)

La plainte déposée par Marschall à Brown était également liée à la section SJP de cette université, qui a publié une déclaration peu après les massacres du 7 octobre, dans laquelle elle tenait « le régime israélien et ses alliés pour responsables sans équivoque de toutes les souffrances et de toutes les pertes humaines, qu’elles soient palestiniennes ou israéliennes ».

Sa plainte cite également des veillées organisées sur le campus par SJP dans les jours qui ont suivi les attaques du Hamas, au cours desquelles les étudiants auraient scandé « Gloire à nos martyrs ». Le ministère a ouvert son enquête sur Brown le 9 janvier ; d’autres universités ont interdit ou suspendu leurs sections SJP depuis le début de la guerre.

Les raisons des autres nouvelles enquêtes en vertu du Titre VI n’étaient pas encore disponibles, mais plusieurs des établissements concernés ont récemment fait la Une des journaux pour des raisons liées à l’antisémitisme.

Deux grandes écoles publiques de la région de la baie, San Francisco Unified School District et Oakland Unified School District (OUSD), font l’objet de deux de ces enquêtes. Celle d’Oakland a été ouverte mardi et celle de San Francisco l’a été le 12 janvier.

Ces deux districts ont connu une vague de controverses sur Israël au cours des derniers mois : des parents juifs d’Oakland ont commencé à retirer leurs élèves des écoles publiques après des incidents tels que le vote par le syndicat local des enseignants d’une mesure appelant à la suppression de l’aide américaine à Israël, tandis que le district de San Francisco a récemment revu un contrat avec un groupe antisioniste local qui avait organisé un défilé en faveur des Palestiniens et une autre manifestation.

Le syndicat des enseignants de San Francisco a également adopté en novembre une résolution appelant à un cessez-le-feu à Gaza, ce qui a incité le responsable du Conseil local des relations avec la communauté juive à qualifier le syndicat de « sectaire ».

Interrogé, un représentant du district d’Oakland a répondu qu’il ne commentait pas les affaires judiciaires en cours, avant d’ajouter : « L’OUSD est un district sanctuaire, à Oakland, une ville sanctuaire, en Californie, un État sanctuaire, ce qui signifie que nous soutenons tous les élèves, les familles et le personnel, indépendamment de la religion, de l’héritage, de l’ethnicité, de l’endroit d’où ils viennent ou de la manière dont ils sont arrivés ici. Nous protégeons tous les élèves, et le harcèlement de quiconque n’est jamais acceptable. »

« En cette période de tensions accrues en raison de ce qui se passe au Moyen-Orient, nous communiquons régulièrement avec notre communauté, en lui rappelant nos valeurs fondamentales d’amour et de soutien, afin qu’il soit clair que tout le monde est le bienvenu et valorisé dans nos écoles », poursuit le communiqué.

Les représentants du district de San Francisco et des deux syndicats d’enseignants n’ont pas répondu aux demandes de commentaires.

En réponse à une question sur une enquête ouverte mardi à l’Université de l’État de l’Ohio (OSU), un porte-parole de l’établissement n’a pas précisé sur quoi portait l’enquête. « L’Ohio State n’a jamais toléré – et ne tolérera jamais – la discrimination ou le harcèlement de quiconque sur la base de ses croyances religieuses, de sa nationalité ou de son identité », a écrit le porte-parole.

L’OSU a récemment été le théâtre de deux incidents au cours desquels des étudiants et des bâtiments juifs ont été pris pour cible : deux étudiants juifs ont été frappés au visage après une « altercation verbale » à l’extérieur d’un bar, et des intrus ont volé des drapeaux israéliens et insulté le personnel du centre Hillel du campus.

Bien que le groupe de défense pro-Israël StandWithUs, qui est actif dans les affaires d’antisémitisme sur les campus, ait envoyé une lettre sévère à la direction de l’université le jour même de l’ouverture de l’enquête, un représentant du groupe a déclaré qu’il s’agissait d’une « folle coïncidence » et qu’il n’était pas à l’origine de l’enquête.

Des étudiants participant à une manifestation de soutien à la Palestine et à la liberté d’expression devant le campus de l’Université Columbia, à New York, le 15 novembre 2023. (Crédit : Spencer Platt/GETTY IMAGES NORTH AMERICA/Getty Images via AFP)

Dans le même temps, d’anciens étudiants juifs du Muhlenberg College à Allentown, en Pennsylvanie, ont déclaré à la JTA que de multiples plaintes pour antisémitisme en vertu du Titre VI avaient été déposées contre l’école au cours des dernières semaines.

Plus de 7 700 personnes ont signé une pétition en ligne exhortant les administrateurs à renvoyer un professeur d’anthropologie juif antisioniste qui a publié des articles d’opinion soutenant le Hamas et remettant en cause sa responsabilité dans les violences du 7 octobre. Le ministère de l’Éducation a ouvert une enquête sur le collège mardi, mais l’élément déclencheur de l’enquête n’a pas pu être vérifié.

Dans un communiqué, un porte-parole de Muhlenberg a déclaré : « Nous ne tolérons pas l’antisémitisme, l’islamophobie, la xénophobie ou toute autre forme de harcèlement, de sectarisme ou d’abus, ni l’incitation à la violence ou l’appel au génocide. Lorsque des accusations de violation de la conduite sont portées, elles font l’objet d’une enquête approfondie et des mesures appropriées sont prises en fonction des conclusions de l’enquête. »

Enfin, le 10 janvier, le ministère de l’Éducation a annoncé une nouvelle enquête à l’Université de l’Illinois à Chicago (UIC), qu’il considère comme la deuxième enquête de ce type à l’université au cours du mois dernier. La première concernait une plainte déposée par Palestine Legal, un groupe juridique pro-palestinien, qui alléguait que l’établissement avait fait preuve de discrimination à l’égard des étudiants arabes et palestiniens en les excluant d’un séminaire en ligne organisé en 2021 sur le système de santé israélien.

Mais la deuxième enquête pourrait en fait être une correction de la première. Un porte-parole de Palestine Legal a déclaré à la JTA que le ministère de l’Éducation avait informé l’organisation le même jour qu’il avait révisé l’allégation de discrimination dans son enquête initiale de « ascendance musulmane partagée » à « ascendance palestinienne partagée », étant donné que l’un des plaignants est chrétien. Les représentants de l’UIC et le ministère de l’Éducation n’ont pas répondu aux demandes de commentaires.

L’équipe du Times of Israel a contribué à cet article.

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