Le Parlement européen lève l’immunité de Jean-Marie Le Pen
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Le Parlement européen lève l’immunité de Jean-Marie Le Pen

Le Parlement s'est également saisi du cas de Marine Le Pen pour une enquête pour "diffusion d'images violentes"

Jean-Marie Le Pen, fondateur du Front national, lors d'un déjeuner à Marseille, le 5 septembre 2015. (Crédit : Boris Horvat/AFP)
Jean-Marie Le Pen, fondateur du Front national, lors d'un déjeuner à Marseille, le 5 septembre 2015. (Crédit : Boris Horvat/AFP)

Les eurodéputés réunis en session plénière à Strasbourg ont levé mardi l’immunité parlementaire de Jean-Marie Le Pen, demandée par la justice française afin de le poursuivre pour incitation à la haine raciale pour des propos concernant le chanteur Patrick Bruel.

Les députés européens ont suivi l’avis de leur Commission des affaires juridiques, qui avait estimé que les propos en cause ne s’inscrivaient pas dans le cadre des fonctions de l’eurodéputé d’extrême droite.

La Commission avait également souligné que l’immunité d’un parlementaire européen « ne l’autorise pas à calomnier, diffamer, inciter à la haine ou à proférer des affirmations portant atteinte à l’honneur d’une personne ».

La justice française a demandé la levée de l’immunité de Le Pen afin de le poursuivre pour incitation à la haine raciale pour des propos concernant le chanteur Patrick Bruel.

En juin 2014, dans une vidéo diffusée sur le site internet du FN, Le Pen s’en était pris aux artistes engagés contre ce parti, comme Guy Bedos et Madonna. Alors qu’on lui avançait le nom de Patrick Bruel, d’origine juive, il avait ajouté : « Écoutez, on fera une fournée la prochaine fois ! »

Patrick Bruel (Crédit : capture d'écran YouTube)
Patrick Bruel (Crédit : capture d’écran YouTube)

Cette phrase avait suscité des critiques virulentes au sein même du FN, Marine Le Pen estimant qu’il s’agissait d’une « faute politique » et Louis Aliot, un des vice-présidents du parti d’extrême droite, qualifiant le choix de ce terme de « stupide politiquement et consternant ».

« Le mot ‘fournée’ que j’ai employé n’a évidemment aucune connotation antisémite, sauf pour des ennemis politiques ou des imbéciles » , avait réagi Jean-Marie Le Pen. « S’il y a des gens de mon camp qui l’interprètent de cette manière, c’est que ce sont des imbéciles! ».

« La lâcheté parlementaire a pu se donner libre court : en effet, c’est à main levée que mon immunité parlementaire a été levée dans l’affaire de la fournée : une vraie fournée de larves », a-t-il commenté sur son compte Twitter mardi à l’issue du vote.

https://twitter.com/lepenjm/status/790863788991995905

Exclu du FN, Le Pen, 88 ans, siège aujourd’hui parmi les non-inscrits au Parlement européen et non plus dans le groupe « Europe des Nations et des Libertés » coprésidé par sa fille Marine.

Coutumier des poursuites judiciaires, Jean-Marie Le Pen a déjà été privé de son immunité parlementaire européenne à plusieurs reprises, pour ses déclarations sur « Durafour-crématoire », « l’internationale juive » et pour avoir assimilé les chambres à gaz nazies à « un détail de l’histoire de la Seconde Guerre mondiale ».

Le président du Parlement européen Martin Schulz a par ailleurs annoncé lundi avoir transmis à la Commission des affaires juridiques une demande de levée d’immunité concernant cette fois Marine Le Pen, adressée par le parquet.

La présidente du parti d'extrême droite Front National, Marine Le Pen, lors d'une conférence de presse, le 23 mars 2014. (Crédit : AFP/Kenzo Tribouillard)
La présidente du parti d’extrême droite Front National, Marine Le Pen, lors d’une conférence de presse, le 23 mars 2014. (Crédit : AFP/Kenzo Tribouillard)

Selon une source au Parlement européen, cette demande est liée à l’enquête pour « diffusion d’images violentes » ouverte à la suite de la diffusion par Marine Le Pen sur son compte Twitter en décembre 2015 de photos d’exactions du groupe Etat islamique. Elle répondait à un journaliste qu’elle accusait d’avoir dressé un « parallèle » entre son parti et l’EI.

En 2013, le Parlement européen avait déjà ouvert la voie à son renvoi en justice dans l’affaire des « prières de rue » des musulmans comparées à l’occupation nazie, un dossier dans lequel elle a été relaxée en décembre 2015.

Marine Le Pen est candidate à la présidentielle d’avril 2017 et tous les sondages indiquent que si le scrutin se tenait aujourd’hui, elle se qualifierait pour le second tour, mais y serait battue.

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