Le père juif d’une victime de la fusillade de Floride à Trump : « ça suffit »
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Le père juif d’une victime de la fusillade de Floride à Trump : « ça suffit »

Des parents et des étudiants américains demandent à la Maison Blanche d'imiter les restrictions israéliennes sévères sur la possession et la sécurité des armes à feu

Le président américain Donald Trump participe à une "séance d'écoute" sur la violence armée avec des enseignants et des étudiants dans la salle à manger d'État de la Maison Blanche le 21 février 2018. (AFP Photo/Mandel Ngan)
Le président américain Donald Trump participe à une "séance d'écoute" sur la violence armée avec des enseignants et des étudiants dans la salle à manger d'État de la Maison Blanche le 21 février 2018. (AFP Photo/Mandel Ngan)

WASHINGTON (JTA) – Andrew Pollack, dont la fille Meadow faisait partie des 17 personnes tuées par un tireur la semaine dernière lors d’une fusillade dans une école à Parkland, en Floride, a déclaré au président américain Donald Trump que la fusillade de l’école devrait être la dernière.

« Ma fille est au cimetière du roi David », a déclaré M. Pollack lors de la « séance d’écoute » organisée à la Maison Blanche par Trump, le vice-président Mike Pence et le secrétaire à l’Education Betsy DeVos. « Jamais, je ne reverrai mon enfant, c’est pour l’éternité. »

Pollack, entouré de ses trois fils, a juré de coopérer avec Trump pour arrêter les fusillades dans les écoles. « Combien d’écoles, combien d’enfants doivent se faire tirer dessus ? Ça s’arrête ici, avec cette administration et moi. »

Meadow Pollack (WSVN-TV via JTA)

Meadow Pollack avait 18 ans, et était en terminale à l’école secondaire Marjory Stoneman Douglas High School à Parkland, où le tireur de 19 ans Nikolas Cruz a ouvert le feu la semaine dernière sur ses anciens camarades de classe.

L’événement de la Maison Blanche a rassemblé les victimes d’un certain nombre de fusillades dans les écoles au cours des 20 dernières années, et Trump a sollicité les personnes présentes pour trouver des idées sur la façon d’arrêter les fusillades.

M. Pollack a appelé à une sécurité accrue dans les écoles, notant que les attentats terroristes du 11 septembre 2001 ont immédiatement renforcé la protection des avions de ligne, tandis qu’une succession de fusillades scolaires a rendu les écoles vulnérables. Il a déconseillé de poursuivre le débat sur les armes à feu, pour l’instant, en disant que la question était trop controversée.

« Il ne s’agit pas de lois sur les armes à feu en ce moment – c’est un autre combat, une autre bataille », a dit Pollack.

D’autres ont conseillé des changements dans les lois sur les armes à feu, le plus virulent, Sam Zeif, un étudiant juif de l’école dont les échanges de texte avec son frère cadet alors que les deux étaient en état de siège sont devenus viraux.

« Ce ne sont pas des armes de défense, ce sont des armes de guerre », a déclaré Zeif, 18 ans, qui a pleuré par moments pendant la réunion. Je n’arrive toujours pas à comprendre que je suis en mesure d’en acheter une. »

Trump s’est demandé à haute voix si armer les enseignants était une solution – beaucoup de ceux qui étaient présents se sont prononcés contre lors d’un vote à main levée – et a juré de renforcer la vérification des antécédents des acheteurs.

Cette idée extrêmement controversée a été vivement critiquée mercredi soir lors d’un débat organisé près de Miami par la chaîne CNN, dans une salle rassemblant des milliers de personnes.

« Vais-je devoir être formée comme une policière en plus d’éduquer ces enfants ? » a demandé Ashley Kurth, une enseignante du lycée de Parkland où 17 personnes ont perdu la vie. « Vais-je devoir porter un gilet en kevlar ? ».

« Evidemment, cela s’appliquerait uniquement aux enseignants sachant manier une arme », a concédé Trump, en suggérant d’armer 20% des effectifs des équipes pédagogiques.

« Je ne pense pas que les enseignants doivent être armés. Je pense qu’ils doivent enseigner », a de son côté réagi le shérif Scott Israel, qui est intervenu sur le lieu du carnage perpétré il y a une semaine par un jeune homme de 19 ans qui avait acheté légalement son fusil semi-automatique.

« Nous allons nous intéresser de très près à l’âge d’achat et nous allons également nous intéresser de très près à la santé mentale », a dit M. Trump.

Tour à tour, des étudiants de différentes écoles endeuillées par les armes et des parents de victimes, assis en cercle autour de lui dans un vaste salon de la Maison Blanche, ont raconté leur détresse.

A cette occasion, M. Trump a été photographié tenant une feuille de papier avec des notes suggérant des questions ou d’autres déclarations à faire à ses interlocuteurs: « Que voudriez-vous que je sache sur votre expérience ? », « Je vous comprends »… Les réseaux sociaux se sont rapidement enflammés pour critiquer l’apparent besoin du président d’être aidé pour exprimer de la compassion à des gens qui souffrent.

Le locataire de la Maison Blanche a critiqué le concept de lieux sanctuaires où aucune arme n’est tolérée, en estimant que de tels sites jouaient un rôle d’aimant pour les « fous », qu’il a assimilés à des « lâches » qui privilégieraient les cibles faciles.

De nombreuses personnes ont relevé que Nikolas Cruz, le tueur de Floride, avait pu acquérir à 18 ans un fusil semi-automatique, alors qu’il faut avoir au moins 21 ans pour acheter de l’alcool.

La NRA a immédiatement fait savoir son opposition à tout relèvement de l’âge légal pour acheter une arme, en estimant que cela reviendrait à « faire payer à des citoyens respectueux de la loi les actes malfaisants de criminels ».

« S’il vous plaît M. Trump, il faut du bon sens », avait plaidé peu avant le père d’une victime, appelant à imposer sans tarder cette limite des 21 ans.

Israël a été cité à plusieurs reprises au cours de l’échange comme exemple en matière de contrôle des armes à feu et d’amélioration de la sécurité. Cary Gruber, le père de Justin Gruber, l’un des survivants de l’école Douglas, a souligné les restrictions sévères imposées à la possession d’armes à feu en Israël. Darrell Scott, dont la fille, Rachel, a été tuée lors de la fusillade à l’école secondaire Columbine High School de Littleton (Colorado) en 1999, a dit qu’un exemple que les écoles américaines devraient imiter est d’avoir une seule entrée sécurisée.

« En Israël, ils n’ont qu’un seul point d’entrée et c’est très bien gardé », a dit Scott, notant qu’il intervient fréquemment dans les écoles et entre et sort facilement. « Nous avons des points d’entrée très accessibles dans les écoles. »

Rassemblement le 24 mars

Lors du débat organisé par CNN, le sénateur républicain Marco Rubio a soulevé un vent de fronde dans le public en refusant d’envisager une interdiction des fusils d’assaut. Mais, signe d’une inflexion, il a dit revoir sa position sur les chargeurs à grande capacité de munitions.

Dana Loesch, la porte-parole très médiatique de la NRA, a elle été copieusement sifflée, esquivant les questions pour se concentrer sur la santé mentale de M. Cruz. « Je ne crois pas que ce monstre dément aurait jamais dû se procurer une arme à feu », a-t-elle martelé.

Les lycéens de Stoneman Douglas prévoient un grand rassemblement le 24 mars à Washington.

L’ex-Première dame des Etats-Unis, Michelle Obama, s’est pour sa part dite « pleine d’admiration pour les élèves extraordinaires de Floride ». « La lutte contre les armes individuelles exige un courage et une endurance inexorables », a-t-elle averti.

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