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Le plan de Netanyahu pour l’après-guerre à Gaza accueilli fraîchement aux États-Unis

Le porte-parole de la Maison Blanche a déclaré que les Américains ne voulaient pas voir le Hamas au pouvoir mais qu'ils s'opposaient aussi au déplacement des Gazaouis

Des Palestiniens inspectent les décombres de la mosquée al-Faruq après une frappe israélienne à Rafah, dans la bande de Gaza, le 22 février 2024. (Crédit : Said Khatib/AFP)
Des Palestiniens inspectent les décombres de la mosquée al-Faruq après une frappe israélienne à Rafah, dans la bande de Gaza, le 22 février 2024. (Crédit : Said Khatib/AFP)

Un plan qui a été avancé par le Premier ministre Benjamin Netanyahu concernant l’après-guerre dans la bande de Gaza a été accueilli avec fraîcheur à Washington. Un porte-parole de la Maison Blanche a déclaré que l’administration Biden « avait constamment établi avec beaucoup de clarté » auprès d’Israël ce qu’elle voulait voir mis en place dans l’enclave palestinienne lorsque la guerre sera terminée.

S’exprimant lors d’une conférence de presse vendredi, le porte-parole du Conseil de la sécurité nationale John Kirby a indiqué que « les Palestiniens doivent avoir leur mot à dire et ils doivent avoir droit au vote… par le biais d’une Autorité palestinienne revitalisée ».

Kirby a ajouté que Washington « avait constamment établi avec beaucoup de clarté » auprès du gouvernement israélien ce qu’il était nécessaire de mettre en place dans la bande de Gaza. Il a indiqué que les États-Unis « ne sont pas favorables à une réduction du périmètre de Gaza… nous ne voulons pas assister au déplacement forcé de Palestiniens hors de Gaza et, bien sûr, nous ne voulons pas voir Gaza dirigée ou gouvernée par le Hamas ».

Les États-Unis réclament que la gouvernance à Gaza soit confiée à une Autorité palestinienne revitalisée au lendemain de la guerre, ce que refuse catégoriquement le gouvernement de Netanyahu.

La communauté internationale souhaite également voir l’Autorité Palestinienne prendre, à terme, les rênes de Gaza dans la mesure où elle a déjà, là-bas, certaines des infrastructures nécessaires pour le faire. Si sa légitimité est faible auprès de la population palestinienne, les pays impliqués espèrent qu’une série de réformes règlera cette problématique.

Un officiel israélien a révélé jeudi que l’un des aspects du plan était d’ores et déjà promu, et il a affirmé que l’Autorité palestinienne ne devait pas être incluse dans la gouvernance au lendemain de la guerre. Il a noté que l’Autorité palestinienne n’avait pas condamné l’attaque commise sur le sol israélien par le Hamas, le 7 octobre, quand des milliers d’hommes armés ont commis un massacre dans le sud d’Israël, tuant environ 1 200 personnes et kidnappant 253 personnes, prises en otage dans la bande de Gaza.

Des femmes et des enfants palestiniens regardant la structure d’un bâtiment lourdement endommagé par des frappes nocturnes aériennes israéliennes, à Rafah, dans le sud de la bande de Gaza, le 22 février 2024. (Crédit : Mohammed Abed/AFP)

Interrogé sur ce plan pendant une visite en Argentine, dans la matinée de vendredi, le secrétaire d’État américain Antony Blinken a fait savoir qu’il « réservait son jugement » dans l’attente de découvrir les détails du projet, ajoutant que Washington était défavorable à toute « réoccupation » de Gaza après la guerre.

« Gaza… ne peut pas être une plateforme pour le terrorisme. Il ne doit pas y avoir de réoccupation de Gaza par Israël. Le périmètre de Gaza ne doit pas être réduit », a dit Blinken depuis Buenos Aires.

Le plan ourdi par le Premier ministre israélien établit que l’armée israélienne aura toute liberté de mener des opérations sur l’ensemble du territoire de Gaza pour prévenir toute résurgence des activités terroristes, et qu’Israël fera avancer son projet – déjà sur les rails – concernant l’établissement d’une zone-tampon de sécurité du côté palestinien de la frontière avec la bande.

Cette zone resterait en place « tant que la nécessité s’en fera ressentir au niveau sécuritaire », selon le plan qui entre donc directement en contradiction avec l’un des principes définis par l’administration Biden dans la question de l’après-guerre à Gaza : celui qu’il ne saurait y avoir, d’aucune façon, de réduction du territoire de l’enclave côtière.

Le plan de Netanyahu rassemble largement les principes revendiqués par le Premier ministre depuis le début de la guerre – mais c’est la première fois qu’ils sont ainsi officiellement présentés et soumis au cabinet pour approbation.

Le plan appelle à nommer « des responsables locaux », non-affiliés aux groupes terroristes, pour qu’ils administrent les services à la place du Hamas, et à collaborer avec l’Egypte pour mettre un terme aux trafics à travers la frontière. Il demande aussi aux pays arabes de financer la reconstruction de la bande et la fermeture de l’UNRWA. Il prône également la démilitarisation de Gaza et des initiatives de « déradicalisation » de la population.

Depuis quatre mois Netanyahu s’est abstenu d’organiser des discussions sur « le jour d’après » au sein du cabinet de sécurité, craignant que le sujet n’entraîne des fractures au sein de sa coalition principalement de droite. Certains ministres d’extrême-droite veulent utiliser de tels débats pour promouvoir la question du rétablissement de la présence israélienne à Gaza et un contrôle permanent de la bande de la part de l’État juif – des politiques auxquelles le Premier ministre s’oppose et qui feraient assurément perdre à Israël le soutien dont il bénéficie encore de la part des dirigeants occidentaux.

Jusqu’à présent, Netanyahu s’est contenté de dire qu’il ne permettrait pas à l’Autorité palestinienne de reprendre le flambeau à Gaza. Il a parfois tenté d’amoindrir la portée de cette affirmation en déclarant qu’Israël n’autoriserait pas le retour de l’Autorité palestinienne sous sa forme actuelle au sein de l’enclave côtière, laissant ainsi entendre que l’État juif pourrait vivre avec une Autorité réformée, similaire à celle qu’appelle de ses vœux l’administration Biden. Mais il a parfois rejeté cette possibilité de manière plus catégorique, expliquant qu’il ne permettrait pas à Gaza de devenir le « Fatahstan » — en référence au parti politique du dirigeant de l’Autorité palestinienne, Mahmoud Abbas.

Le secrétaire d’État américain Antony Blinken (à gauche) et le président de l’AP Mahmoud Abbas lors de leur rencontre, à Ramallah, en Cisjordanie, le 7 février 2024. (Crédit : Mark Schiefelbein/AP Photo/Pool)

De manière notable, le document présenté par Netanyahu au cabinet de sécurité, lors de la réunion organisée dans la soirée de jeudi, n’a pas nommé directement l’AP ou sa participation à la gestion de l’enclave au lendemain de la guerre.

Il indique que les affaires civiles, dans la bande, seront prises en charge par des « responsables locaux » pourvus « d’expérience administrative » et qui ne seront pas liés « à des pays ou à des entités qui soutiennent le terrorisme ».

Ce langage vague pourrait exclure les groupes qui reçoivent un financement du Qatar ou de l’Iran – comme c’est le cas du Hamas – ou l’Autorité palestinienne, dont le programme, en matière d’affaires sociales, comprend le versement d’argent aux terroristes condamnés et à leurs familles.

Le bureau de Netanyahu a indiqué que le document était basé sur des principes largement acceptés par le public et qu’il servira de base pour de futures discussions sur le sujet de l’après-guerre à Gaza.

L’Autorité palestinienne a rapidement rejeté le plan qui – en plus des « responsables locaux » qui seraient chargés de l’ordre public et des services civils – affirme qu’Israël fera aussi la promotion « d’un projet de déradicalisation… dans toutes les institutions religieuses, d’éducation et chargées des services sociaux à Gaza ».

Ce projet serait mis en place « dans la mesure du possible, avec l’implication et l’aide des pays arabes qui ont de l’expérience dans la promotion de la déradicalisation », note le document.

Cela semble ainsi être un appel du pied à des pays tels que l’Arabie saoudite et les Émirats arabes unis – mais ces derniers ont établi clairement, de manière répétée, qu’ils ne joueraient aucun rôle dans la remise en état de Gaza, sauf dans un cadre qui permettrait, à terme, de déboucher sur une éventuelle solution à deux États.

Des Palestiniens inspectent les décombres de la mosquée al-Faruq après une frappe israélienne à Rafah, dans la bande de Gaza, le 22 février 2024. (Crédit : Said Khatib/AFP)

Certains de ces pays sont en pourparlers avec les États-Unis sur la question du lendemain de la guerre à Gaza, a indiqué la chaîne publique Kan vendredi.

La chaîne a précisé que l’administration Biden avait transmis des informations relatives à un plan formulé par les pays arabes, un plan qui pourrait inclure une clause portant sur l’intégration du Hamas au sein de l’Organisation de libération de la Palestine, ou OLP, qui est dirigée par Abbas.

La chaîne publique a signalé que, pendant une visite jeudi de l’envoyé spécial américain Brett McGurk, ce dernier avait poussé Netanyahu à évoquer l’après-guerre à Gaza au sein du cabinet, avertissant que si Israël ne prenait pas de décision, alors les États-Unis et les pays arabes feraient avancer leurs plans, sans participation de l’État juif.

Netanyahu a présenté le document au cabinet de sécurité jeudi soir, et il l’a médiatisé dans la nuit de jeudi à vendredi.

L’AFP a contribué à cet article.

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