Le plan de pompage d’eau dessalée détruira-t-il les barrages diplomatiques ?
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Le plan de pompage d’eau dessalée détruira-t-il les barrages diplomatiques ?

La technologie a doublé la quantité d'eau mise à disposition des Israéliens, et un plan prévoyant d'acheminer de l'eau traitée dans le lac de Tibériade pourrait encore l'augmenter

Une photo montre la baisse du niveau de l'eau dans le lac de Tibériade, le 8 octobre 2018 (Crédit :JACK GUEZ/AFP)
Une photo montre la baisse du niveau de l'eau dans le lac de Tibériade, le 8 octobre 2018 (Crédit :JACK GUEZ/AFP)

Dans l’histoire, la toute première guerre pour l’eau dans le monde éclata il y a 4 500 ans, à proximité du confluent du Tigre et de l’Euphrate, entre les Etats-villes d’Umma et Lagash, lorsque le roi d’Umma fit construire un canal d’approvisionnement d’eau à Lagash, entraînant une bataille qui fit 60 morts.

Des milliers d’années plus tard, les Etats se battent encore pour cette ressource. La diplomatie de l’eau – ou plus précisément son manque – a plongé Gaza dans une crise humanitaire encore plus profonde.

Quand la Jordanie signe en 1994 un traité de paix avec Israël, la Syrie construit à la hâte des barrages le long du fleuve Yarmouk, principal affluent du cours inférieur du Jourdain – sanctionnant ainsi la Jordanie en limitant la quantité d’eau à la disposition du pays.

Mais les technologies israéliennes pourraient bien définitivement renverser complètement l’idée d’un Moyen-Orient devenu un champ de bataille impitoyable pour l’eau, une région dont les pays se trouveraient dans l’obligation de s’affronter les uns les autres pour cette ressource précieuse, à l’origine de toute vie.

Les besoins en eau d’Israël sont actuellement d’environ deux milliards de mètres-cubes par an pour répondre aux usages domestique, agricole et industriel. Deux avancées technologiques majeures – le recyclage et le dessalement – représentent à elles seules un milliard de ces mètres-cubes.

La technologie en elle-même a permis à Israël de doubler la quantité d’eau disponible au cours des deux dernières décennies.

Et aujourd’hui, l’Etat juif se trouve au beau milieu d’un projet d’infrastructure d’un montant d’un milliard de shekels, dont l’objectif est de pomper de l’eau dessalée de la mer Méditerranée jusqu’au lac de Tibériade – un projet innovant qui pourrait servir de nouveau modèle pour les zones touchées par la sécheresse, dans le monde entier.

Si ce plan permettrait de relever les nombreux défis posés par l’eau, il pourrait aussi potentiellement – et c’est important – changer le visage de la diplomatie de l’eau au cœur de l’État juif.

Quand Israël construit le Transporteur national d’eau entre 1953 et 1964, il s’agit du projet le plus vaste, le plus ambitieux et le plus coûteux de tout le pays en termes d’infrastructure.

Plus de 4 000 ouvriers avaient installé un réseau de canalisations permettant d’amener de l’eau depuis le lac de Tibériade, dans le nord, jusqu’au désert du Néguev, dans le sud, aidant à réaliser le rêve du Premier ministre David Ben-Gurion de faire fleurir le désert.

Mais depuis que la première usine de dessalement a commencé à opérer en 2015, il a été de moins en moins nécessaire, pour Israël, de pomper l’eau du lac de Tibériade pour la consommation d’eau potable et l’agriculture.

Aujourd’hui, très peu d’eau seulement est prélevée dans le lac.

La majorité de l’eau potable en Israël – environ 70 % – est dorénavant issue des usines de dessalement côtières, en particulier de celles situées dans les villes d’Ashdod et d’Ashkelon, dans le sud du pays.

Soixante ans après, l’obligation d’assurer le transit de l’eau depuis le lac de Tibériade, dans le nord, jusqu’au reste du pays dans le sud, a plus ou moins disparu.

Et les plans d’un système complexe de pompage le long des canalisations existantes permettront à Mekorot – l’instance gouvernementale qui exploite le Transporteur national d’eau – d’inverser en totalité la direction de l’eau : au lieu d’emprunter exclusivement un itinéraire nord-sud, Mekorot sera en mesure d’utiliser les mêmes canalisations pour amener l’eau des usines de dessalement dans le sud du pays vers le nord.

Et finalement, les usines de dessalement fonctionneront à une capacité permettant à Mekorot de rejeter de l’eau dessalée dans le lac de Tibériade en quantité suffisante pour faire s’élever son niveau d’au moins un demi-mètre.

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu boit un verre d’eau avant de s’adresser aux Iraniens sur la gestion de la sécheresse, le 10 juin 2018 (Capture d’écran : : YouTube)

La Knesset avait approuvé la première étape du projet au mois de juin 2018, allouant la somme de 105 millions de shekels à des programmes de dessalement, de réhabilitation de cours d’eau et à la pose de nouvelles canalisations menant au lac de Tibériade.

« Nous transformons le lac de Tibériade en réservoir d’eau dessalée », avait expliqué le Premier ministre Benjamin Netanyahu à l’époque.

« C’est innovant et important, au moins au niveau auquel nous l’envisageons, et cela n’a jamais été fait jusqu’à présent », avait-il ajouté.

Avec ce projet, qui devrait être terminé dans quatre ou cinq ans environ, ce sera la toute première fois dans le monde qu’une réserve d’eau naturelle dont le niveau est en baisse recevra de l’eau dessalée en complément.

Et s’il réussit, ce plan pourrait avoir d’importantes conséquences pour les pays souffrant de pénuries d’eau, offrant un nouveau modèle pour stocker l’eau en vue des périodes de grande sécheresse.

Franchir la ligne rouge

L’année dernière, dans un contexte de sécheresse frappant le nord d’Israël depuis cinq ans, l’eau qui se jetait dans le lac de Tibériade avait connu son niveau le plus bas depuis plus d’un siècle. L’Autorité de l’eau, pour sa part, avait presque cessé de prélever de l’eau dans le lac au même moment.

En 2001-2002, l’Etat juif avait utilisé 513 millions de mètres-cubes d’eau sortie du lac de Tibériade pour desservir les habitations, les exploitations agricoles et les entreprises dans tout le pays. En 2018-2019, Israël n’en aura pompé que 25 millions de mètres-cubes.

Et pourtant, à cause de la sécheresse, les niveaux du lac étaient pratiquement identiques ces années-là.

En 2001, l’eau du lac avait atteint un niveau catastrophique de 214,87 mètres au-dessous du niveau de la mer – un niveau considéré par les scientifiques comme la « ligne noire ».

Cette « ligne noire » désigne un niveau-limite dangereusement bas susceptible d’entraîner des problèmes écologiques irréversibles, notamment une augmentation de la salinité de l’eau et la prolifération d’algues capables d’entraîner des dommages permanents à la qualité de l’eau, ainsi qu’à la faune et à la flore.

Meir Barkan, directeur du tourisme de la station touristique Ein Gev, montre aux journalistes le niveau de l’eau en 2010, à proximité du kibboutz Ein-Gev, sur les rives du lac de Tibériade, le 8 octobre 2018 (Crédit : JACK GUEZ/AFP)

En 2017, l’Autorité de l’eau avait dû pomper 17 000 tonnes de sel du lac pour garantir que ce niveau bas d’eau n’entraînerait pas une trop grande salinité de l’eau.

Le changement climatique signifie que les sécheresses deviennent plus fréquentes, plus graves, et qu’elles durent dorénavant plus longtemps. En moyenne et par rapport aux dernières décennies, les pluies ont diminué de 30 % en Israël.

L’année dernière, la sécheresse a laissé le pays avec un déficit de 2,5 milliards de litres-cubes d’eau en comparaison avec les années pouvant être considérées comme normales. Ce qui représente un volume correspondant à un million de piscines olympiques.

Un graphique montrant comment les sécheresses (en rouge) dans le bassin du lac de Tibériade sont devenues plus fréquentes et plus graves ces dernières années (Autorisation : Autorité israélienne de l’eau)

Dans la plus grande partie du monde, une sécheresse de l’ampleur de celle qui a frappé Israël entre 2013 et 2018 aurait impliqué, pour les municipalités, la réduction de l’approvisionnement en eau.

Ainsi, à Amman, les résidents ont vu dans le passé l’eau couler de leurs robinets deux jours par semaine seulement, ce qui les obligeait à remplir d’immenses réservoirs installés sur les toits et tout autre récipient imaginable pendant ces journées où la précieuse ressource était mise à leur disposition.

Mais l’afflux de presque un million de réfugiés syriens, en plus d’une sécheresse qui a duré cinq ans, a réduit cet approvisionnement de moitié : dorénavant, les habitants n’ont qu’une seule journée pour faire leurs réserves.

Dans certains secteurs de Bethléem, la municipalité ne distribue de l’eau qu’une fois tous les quinze jours.

Le dessalement signifie que les Israéliens continuent à avoir de l’eau quand ils tournent leur robinet – même si la campagne de sensibilisation publique lancée par l’Autorité de l’eau a averti que le dessalement ne devait pas être considéré comme une baguette magique qui pourrait venir à bout des problèmes régionaux de la région en matière d’eau et qu’il revient aux Israéliens, autant que possible, de ne pas la gaspiller.

Shuli Chen, who works for the National Water Authority, stands in Lake Kinneret (the Sea of Galilee) to take a measurement of the water level in this file picture taken in March 2007. (Photo credit: Nati Shohat/Flash90)
Shuli Chen de l’Autorité nationale de l’eau, fait des mesures du niveau de l’eau près du lac de Tibériade au mois de mars 2017 (Crédit : Nati Shohat/Flash90/File)

Du nord au sud puis du sud au nord

Israël est leader mondial dans le recyclage de l’eau, avec approximativement 87 % des eaux usées du pays qui sont traitées et recyclées, fournissant d’importantes ressources aux agriculteurs.

Actuellement, environ 50 % de l’agriculture du pays s’appuient sur les eaux usées traitées et recyclées, selon EcoPeace, organisation environnementale israélo-jordano-palestinienne qui prône de meilleurs politiques de l’eau dans la région.

Israël dessale environ 600 millions de mètres-cubes par an dans cinq usines de dessalement. Si on y ajoute l’eau recyclée, cela signifie que la technologie est responsable d’approximativement un milliard de mètres-cubes par an – soit 50 % des besoins domestiques israéliens.

Deux autres usines sont en cours de construction.

La modernisation des infrastructures israéliennes offriront à Mekorot le contrôle total pour changer la direction suivie par l’eau dans les canalisations du Transporteur national d’eau, et ce, seulement en actionnant quelques boutons.

Quand on ouvre un robinet dans une cuisine, l’eau qui en sort est un mélange d’eau dessalée, d’eau souterraine et d’eau de surface traitée, dont les taux varient constamment.

Un habitant des environs d’Ashkelon aura probablement un taux plus élevé d’eau dessalée, tandis qu’à Jérusalem, le taux d’eau souterraine sortie des nappes phréatiques des montagnes sera sans doute supérieur à la moyenne (même si ce n’est pas toujours le cas).

Yoav Barkay Arbel, ingénieur spécialisé dans le traitement de l’eau, estime que malgré le prix à payer d’un milliard de dollars, le processus de changement de la direction empruntée par l’eau dans le transporteur est finalement assez simple.

« On ferme une valve ici, on ouvre une pompe là », explique-t-il, haussant les épaules. Le Transporteur d’eau national peut d’ores et déjà changer de direction – mais de manière limitée.

Si l’eau circule à sa capacité maximale, elle peut se rendre du point le plus au sud vers le point le plus au nord – et vice versa – en l’espace de deux ou trois heures.

Yoav Barkay Arbel, ingénieur spécialiste de l’eau à Mekorot, à proximité des canalisations le 6 juin 2019 (Crédit :Melanie Lidman/Times of Israel)

Afin de permettre à une quantité d’eau suffisante d’aller vers le nord pour répondre à tous les besoins de consommation domestique et pour en conserver assez à rejeter dans le lac de Tibériade, Mekorot devra construire davantage de stations de pompage. Leur construction, pour être exact, devrait coûter aux alentours de 700 millions de shekels.

Et cela nécessitera la pose d’approximativement 30 kilomètres de nouvelles canalisations, des travaux d’un coût de 300 millions de dollars, qui s’étendront depuis l’usine de traitement d’Eshkol, dans le nord d’Israël, jusqu’au lac de Tibériade.

L’enveloppe totale devrait s’élever ainsi à environ un million de shekels.

Lorsque deux usines de dessalement qui en sont actuellement au stade de la planification seront en service, Mekorot prévoit de pomper 100 à 120 millions de mètres-cubes d’eau depuis les deux structures directement vers le lac de Tibériade.

« Un centimètre du niveau de l’eau, dans le lac de Tibériade, correspond à 1,5 million de mètres-cubes, ce qui pourrait le faire s’élever d’environ un demi-mètre », note Arbel.

Durant les mois d’été, le lac de Tibériade s’évapore au taux approximatif d’un centimètre par jour, affirme le porte-parole de l’Autorité de l’eau Uri Schorr.

« Ce projet ne remplira pas le lac de Tibériade mais il l’empêchera de tomber au niveau de la ligne noire », explique Gidon Bromberg, le co-directeur israélien d’EcoPeace.

Le Fonds des jours sans pluie

Les sécheresses attisées par le changement climatique obligent les scientifiques à repenser la gestion du filet de sécurité d’Israël en matière d’eau.

« Maintenant que nos hivers sont environ aux deux-tiers des chutes de pluie moyennes, il n’y a plus suffisamment de recharge pour reconstituer ce qui a été consommé et tiré pendant l’été », explique le professeur Jack Gilron, chef du département de dessalement et de traitement de l’eau à l’institut de recherche sur l’eau Zuckerberg, situé au sein de l’université Ben-Gurion.

Le plan de réapprovisionnement en eau dessalée du lac de Tibériade permettra à Israël de traiter le lac comme une sorte de réserve pour les années particulièrement sèches, dit Gilron. Cela revient moins cher de stocker de l’eau dessalée là-bas que n’importe où ailleurs.

Les responsables expliquent qu’au pic de l’été, quand l’Etat juif consomme le plus d’eau, Mekorot pourra prendre de l’eau dans le lac de Tibériade sans pour autant craindre de frôler la ligne noire. Ce qui pourrait éviter à Israël la construction d’autres usines de dessalement pour pouvoir répondre aux demandes lorsqu’elles sont particulièrement élevées – des usines qui seraient par ailleurs sans nécessité pendant le reste de l’année.

Le pays a rencontré des difficultés à trouver des endroits où édifier ces nouvelles structures de dessalement en raison de l’opposition locale de résidents, furieux à l’idée de perdre leurs accès à la plage.

L’usine de désalinisation de Sorek qui est l’une des plus grandes du monde, le 22 novembre 2018 (Crédit : Isaac Harari/Flash90)

« Pendant l’hiver, la production des usines de dessalement est plus importante que nécessaire », explique Jack Gilron. « Ce qui a été fait dans le passé, c’est qu’on a stoppé le dessalement quand les prix de l’électricité étaient trop hauts ».

« Tout se serait bien déroulé si toutes les réserves souterraines et les lacs avaient été remplis à pleine capacité, mais cela n’a pas été le cas », déplore-t-il.

Une série d’hivers secs a signifié que le lac n’a cessé de baisser chaque été, encore et encore.

« C’est une pratique qui a fait ses preuves : exploiter le débit pour mettre en place l’eau qui servira à amortir les journées sans pluie », ajoute le professeur.

Mélanger différentes eaux, en particulier deux eaux salées différentes, peut être problématique.

Le canal qui va relier la mer Morte à la mer Rouge comprend un projet de transport de l’eau salée depuis une usine de dessalement située dans la ville portuaire d’Aqaba, en Jordanie, en direction de la mer Morte. Mais les scientifiques s’inquiètent de ce qu’il se produira quand les eaux de la mer Rouge se mélangeront à celles de la mer Morte.

Même si toutes deux sont sources d’eau salée, les taux de minéraux différents pourraient s’avérer problématique pour l’écosystème délicat de la mer Morte. Le problème posé par le mélange de deux types d’eau différents est moins prononcé dans les sources d’eau douce.

Au niveau chimique, mélanger de l’eau dessalée à de l’eau douce dans le lac de Tibériade n’est pas problématique et ce tant que l’eau dessalée représentera moins d’un tiers de l’ensemble du lac, précise Jack Gilron.

Le plan actuel visant à un maximum de 120 millions de mètres-cubes par an représentera une fraction de la composition du lac.

Jack Gilron ajoute que ce plan de stockage de l’eau dessalée dans un lac, en surface, pourrait servir de modèle pour les pays arides. Certains pays le font déjà de manière limitée, et certainement pas au niveau prévu par Israël pour les prochaines années.

Perth, en Australie, dispose d’un « programme de réapprovisionnement d’eau souterraine », dans lequel les eaux usées traitées sont injectées dans un réservoir souterrain, mais il faut bien plus d’énergie pour envoyer l’eau dans les profondeurs de la Terre.

Perth stocke également de l’eau dessalée dans des barrages artificiels, mais pas dans les lacs naturels tels que celui de Tibériade.

Les mauvais points du dessalement

Tout cela ne signifie pas pour autant que le dessalement serait la
panacée : il y a des mauvais points.

Le Moyen-Orient est leader en termes de dessalement, avec plus de 70 % de l’eau dessalée dans le monde produite dans la région. Les Etats du Golfe, notamment l’Arabie saoudite, les Emirats arabes unis, le Koweït et le Bahreïn en produisent la plus grande partie.

Les scientifiques tentent encore de comprendre les effets de la saumure – le sous-produit salé de l’eau dessalée – qui est rejetée à la mer. Parce que le Golfe persique est beaucoup plus petit en taille que la mer Méditerranée, les effets de la saumure se font ressentir plus tôt dans les Etats du Golfe.

Pour chaque litre d’eau dessalée créé, le processus engendre 1,5 litre de saumure.

Dans la mesure où le Golfe persique est également peu profond – sa profondeur ne dépasse pas les 100 mètres à son point le plus bas – certains s’inquiètent que la saumure puisse avoir un effet sur la vie sous-marine ou mener à la décoloration des coraux.

Les visiteurs remplissent leurs verres avec de l’eau de mer traitée dans une usine de dessalement près de Hadera, en Israël (Crédit : Shay Levy / Flash90)

Autre problème : l’eau dessalée n’est pas peu chère. Au sein de l’Etat juif, chaque mètre-cube d’eau salée coûte deux shekels environ à produire. Le traitement de l’eau du lac de Tibériade, en comparaison, s’élève à environ 0,30 shekels le mètre-cube.

« Le coût principal de l’eau, c’est celui de l’énergie nécessaire pour son transport », explique Arbel, l’ingénieur de Mekorot. Son coût est donc proportionnel à la distance sur laquelle elle est transportée.

C’est la raison pour laquelle d’autres régions du monde doivent également se concentrer sur le recyclage de l’eau, explique Bomberg. Ce recyclage augmente la quantité générale d’eau mise à disposition grâce à un processus moins onéreux que le dessalement. Mais parce qu’Israël recycle d’ores et déjà ses eaux usées, le dessalement est une suite logique.

Cher voisin, peux-tu économiser un verre d’eau ?

Rejeter de l’eau dessalée dans le lac de Tibériade pourrait avoir des conséquences bien au-delà des frontières d’Israël – et notamment dans les pays voisins, où l’eau manque cruellement.

« Actuellement, la Jordanie obtient 55 millions de mètres-cubes d’eau en provenance du lac de Tibériade sous les termes du traité de paix israélo-jordanien », note Gidon Bromberg.

En soulageant la pression mise sur le lac de Tibériade, l’Etat juif pourrait augmenter la quantité d’eau envoyée à la Jordanie, explique-t-il – en signe de bonne volonté ou comme monnaie d’échange dans des négociations sur d’autres sujets.

« En Israël, la technologie nous apporte la sécurité en ce qui concerne l’eau mais cette sécurité de l’eau ne rime pas avec sécurité nationale », dit-il.

« Si votre voisin souffre d’insécurité sur la question de l’eau, cela menace aussi votre sécurité. Dans un monde interconnecté, votre sécurité à vous en termes d’eau n’est pas suffisante ».

« Nous devons garantir la sécurité en eau en Jordanie pour que le pays reste stable. La coopération sur l’eau n’est pas une question de générosité mais bien une nécessité de sécurité nationale », clame-t-il.

Le co-directeur israélien d’EcoPeace Gidon Bromberg à Naharayyim, dans le nord d’Israël, le 12 juin 2019 (Autorisation : EcoPeace)

Malgré les sécheresses plus importantes découlant du changement climatique et face à une population qui augmente régulièrement dans une région aride, il est possible de résoudre la crise de l’eau, selon Gidon Bromberg.

De l’eau, dit-il, il y en a assez pour tout le monde – et c’est surprenant.

Il critique les leaders politiques qui optent pour une approche de la paix basée sur le « tout ou rien », refusant de trouver des solutions à certains des problèmes les plus facilement solvables et les moins importants qui pourraient néanmoins améliorer l’existence des populations impliquées dans le conflit.

« Toutes les administrations républicaines et démocrates veulent remporter ce prix que représente l’accord de paix final », note-t-il.

En 2017, une lueur d’espoir était apparue en la matière lorsque l’envoyé de Trump au Moyen-Orient, Jason Greenblatt, avait négocié un accord de partage de l’eau entre l’Etat juif et l’Autorité palestinienne. Mais lorsque l’USAID a annulé 200 millions de dollars de financement pour tous les projets palestiniens, la plus grande partie de l’accord fut gelée.

L’envoyé au Moyen-Orient du président américain Donald Trump Jason Greenblatt, au centre, à côté du ministre israélien de la Coopération régionale Tzachi Hanegbi, à gauche, et de Mazen Ghoneim, à droite, chef de l’Autorité palestinienne de l’eau, pendant une conférence de presse sur un accord de partage de l’eau conclu entre la Jordanie, Israël et l’AP à Jérusalem, le 13 juillet 2017 (Crédit : Yonatan Sindel/Flash90)

« Avancer sur ce sur quoi nous pouvons d’ores et déjà avancer est bien plus réaliste », explique Gidon Bromberg. « Nous, au sein d’EcoPeace, nous croyons dans la solution à deux Etats mais le ‘tout ou rien’ dans le processus de paix n’a pas fonctionné depuis 25 ans ».

« Ce qu’il faut faire, c’est que nous devons, quelle que soit la négociation, obtenir quelque chose en échange », ajoute-t-il. « On peut éviter la crise à Gaza, améliorer la coopération, bâtir la confiance, mais il y a des acteurs des deux côtés qui ne veulent pas que cette confiance s’établisse ».

« Il n’y a aucune raison que Gaza connaisse cette crise de l’eau », continue-t-il. « Le postulat selon lequel l’eau naturelle n’existerait qu’en quantité limitée n’est plus pertinent dorénavant ».

« En conséquence, la résolution des problèmes d’eau ne pourra apporter que de bonnes choses », conclut-il.

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