Le plus grand hôpital de Gaza suspend ses chirurgies suite à une grève
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Le plus grand hôpital de Gaza suspend ses chirurgies suite à une grève

Les opérations urgentes seront menées ; ce mouvement menace les vies des patients et des travailleurs en raison du danger de l'accumulation de déchets

Khaled Abu Toameh est le correspondant aux Affaires arabes du Times of Israël

Un employé du ministère palestinien de la Santé vérifie l'hôpital de Beit Hanoun dans le nord de la bande de Gaza après qu'il a été fermé le 29 janvier 2018 n'ayant plus d'électricité (Crédit : Mahmud Hams / AFP)
Un employé du ministère palestinien de la Santé vérifie l'hôpital de Beit Hanoun dans le nord de la bande de Gaza après qu'il a été fermé le 29 janvier 2018 n'ayant plus d'électricité (Crédit : Mahmud Hams / AFP)

L’hôpital de Shifa, le plus important complexe médical de la bande de Gaza, a annoncé dimanche la suspension de l’ensemble des interventions chirurgicales – à l’exception des cas d’urgence – en raison d’une grève des employés de nettoyage qui dénoncent le non-paiement de leurs salaires.

« Il a été décidé de reporter toutes les chirurgies prévues, notamment celles des patients atteints de tumeurs », a dit l’hôpital, notant que cette décision excluait toutes les opérations vitales.

Les médecins de l’établissement hospitalier ont appelé toutes les parties concernées à oeuvrer pour mettre un terme à la grève dans les plus brefs délais.

La grève, qui a commencé dimanche, menace les vies des patients et des salariés en raison de l’acccummulation dangereuse de déchets médicaux dans l’hôpital, a averti le personnel.

C’est la deuxième fois en quelques semaines que les employés chargés du nettoyage de l’hôpital se mettent en grève.

Les réfugiés palestiniens récoltent des colis humanitaires dans un centre de distribution des Nations unies à Rafah, dans le sud de la bande de Gaza, le 21 janvier 2018 (Crédit : AFP/ SAID KHATIB)

Le mois dernier, les employés avaient accepté de reprendre le travail après la promesse de l’Autorité palestinienne de leur verser leurs salaires. Le gouvernement n’a depuis payé que l’équivalent de deux mois, poussant les employés à se remettre en grève.

Les responsables du Hamas ont accusé le gouvernement de l’AP d’avoir échoué à injecter des fonds dans le système de santé de la bande de Gaza malgré un accord de « réconciliation » entre le groupe terroriste et l’AP qui a été signé au Caire en 2017. Selon les responsables, de nombreux hôpitaux souffrent d’une grave pénurie de médicaments et de groupes électrogènes en raison de l’incapacité de l’AP à assumer ses responsabilités.

Plus de 830 agents de surface travaillent dans 13 hôpitaux et 73 autres centres médicaux dans différentes parties de la bande de Gaza. Ils sont employés par 13 entreprises pour un coût de 943 shekels par mois.

Ashraf al-Qidra, porte-parole du ministère de la Santé dans la bande de Gaza, a expliqué que la grève aurait des « répercussions dangereuses » sur le travail de 40 salles d’opérations et de 11 maternités spécialisées dans les césariennes.

« La grève frappera aussi les services médicaux pour environ 100 patients qui se trouvent dans les unités de soins intensifs, pour 113 enfants dans les centres pédiatriques et pour 702 malades souffrant d’insuffisance rénale », a-t-il précisé.

Gerald Rockenschaub, chef du Bureau de l’organisation mondiale de la Santé (OMS) pour la Cisjordanie et la bande de Gaza lors d’une conférence de presse lors de la diffusion d’un nouveaux rapport sur l’accès aux soins le 29 novembre 2016 (Capture d’écran/YouTube/File)

Plus de 50 laboratoires médicaux et 11 banques du sang seront également touchées par cette grève, a ajouté Qidra.

La semaine dernière, le docteur Gerald Rockenschaub, chef du bureau de l’Organisation mondiale de la santé (OMS) pour la Cisjordanie et la bande de Gaza, a averti que le secteur de la santé au sein de l’enclave côtière était au bord de l’effondrement en raison des faibles approvisionnements en carburant.

Il a indiqué qu’un don de 2 millions de dollars de la part des Emirats arabes unis pour assurer le maintien des groupes électrogènes dans les services de soins essentiels permettrait de conserver les structures en fonctionnement pendant plusieurs mois.

« Le soutien opportun des EAU sauvera des vies mais il faut trouver une solution plus durable pour régler la question des pénuries électriques et en carburant qui sont chroniques à Gaza et qui laissent constamment les structures consacrées aux soins au bord de l’effondrement », a déclaré Rockenschbaum.

L’émir du Qatar, Sheikh Tamim bin Hamad Al Thani, a également promis la semaine dernière le versement de neuf millions de dollars en urgence pour aider à résoudre la crise dans la bande de Gaza. Cette promesse a été faite durant un entretien téléphonique entre Al Thani et le leader du Hamas, Ismail Haniyeh.

Entre la fin du mois de janvier et le début de l’année 2018, deux établissements hospitaliers se sont trouvés dans l’obligation de fermer leurs portes : l’hôpital de Durah et l’hôpital psychiatrique de Gaza, le seul centre de ce type dans la bande, selon le bureau de l’OMS pour la Cisjordanie et la bande de Gaza.

L’hôpital Beit Hanoun, qui accueille 63 lits dans le nord de la bande, a été également partiellement fermé, le département d’urgence ne fonctionnant qu’en capacité minimale, a-t-il ajouté.

« Avec la fermeture de certains hôpitaux, le fardeau supplémentaire placé sur les établissements qui restent entravera la délivrance de soins, notamment en termes d’interventions chirurgicales, d’urgences, de soins intensifs et de services de maternité », a mis en garde l’OMS la semaine dernière.

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