Le premier bar casher dans l’ex-URSS sert des cocktails et des cours de Torah
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Le premier bar casher dans l’ex-URSS sert des cocktails et des cours de Torah

L'entrepreneur israélien David Roitman dit avoir ouvert le Kosher Bar comme pour aider à reconstruire la communauté juive d'Odessa en Ukraine, qu'il a quittée quand il était enfant

Un barman prépare un cocktail au Kosher Bar à Odessa, en Ukraine, le 25 septembre 2019. (Avec l'aimable autorisation de Kosher Bar via JTA)
Un barman prépare un cocktail au Kosher Bar à Odessa, en Ukraine, le 25 septembre 2019. (Avec l'aimable autorisation de Kosher Bar via JTA)

ODESSA, Ukraine (JTA) – En tant que Juif orthodoxe, Aryeh Rov s’intéressait peu à la riche et dynamique vie des bars de la ville portuaire d’Odessa, en Ukraine.

D’une part, la plupart des boissons servies dans les bars ne sont pas casher, ce qui limite son choix à une poignée de marques certifiées.

De plus, il ne se sent généralement pas « à l’aise » dans un bar.

« Une personne portant une kippa se remarque dans des endroits comme ça. C’est certainement un couple juif orthodoxe », a déclaré M. Rov, qui a 40 ans et est marié.

Mais cela a changé en août, lorsque Rov a assisté à l’ouverture du Kosher Bar, qui, selon ses propriétaires, est le premier établissement de boisson certifié casher dans l’ancienne Union soviétique.

« C’est une formidable alternative aux activités du soir », a déclaré Rov, qui y va maintenant régulièrement avec sa femme lors de sorties et parfois avec des amis les autres soirs.

Le comptoir en marbre en forme de zigzag, qui vise à faciliter le contact visuel entre les clients, compte 20 places assises, et les canapés en accueillent 15 autres. En tout, le bar, d’une superficie de 120 mètres carrés, peut accueillir une centaine de personnes et dispose d’un patio et d’une piste de danse.

La sélection musicale est éclectique mais juive, allant du groupe de dance-rock israélien HaDorbanim, dont les paroles sur la scène nocturne de Tel Aviv sont tout sauf chastes, aux complaintes rythmées du chanteur hassidique Avraham Fried, qui chante ses chansons en hébreu avec une forte prononciation ashkénaze.

Des clients du Kosher Bar trinquent à l’extérieur de l’établissement à Odessa, le 1er septembre 2019. (Avec l’aimable autorisation de Kosher Bar via JTA)

Le mercredi soir, le bar est généralement bondé de membres d’un groupe informel hebdomadaire d’étude de la Torah qui est dirigé en russe par Eliyahu Hussid, un rabbin local et un artiste de stand-up.

Le jeudi soir, les clients dégustent un kugel fait maison ainsi que certains des cocktails typiques du Kosher Bar qui portent le nom de Juifs ayant un lien avec Odessa ou l’Ukraine. Le « Sholem Aleichem » (tequila, jus d’ananas, citron et sirop) porte le nom du célèbre écrivain yiddish. Il y a aussi le « Meir Dizengoff » (une concoction aromatique d’algues marines à base de gin qui est servie avec un haut mousseux pour évoquer la plage de Tel Aviv) qui porte le nom du premier maire de cette ville.

Se procurer une boisson casher n’est pas un problème à Odessa, une ville qui abrite environ 40 000 Juifs et qui compte six restaurants casher, chacun servant de l’alcool. De nombreuses marques d’alcool fort – y compris la vodka, le gin et le whisky – sont soit certifiées casher, soit acceptées comme telles par de nombreux Juifs pratiquants. Les cocktails, cependant, doivent généralement être certifiés par un mashguiah, un rabbin dont le travail consiste à s’assurer que les produits et les installations utilisés pour préparer les aliments et les boissons sont casher.

Mais un bar certifié 100 % casher, avec ses propres boissons maison, n’avait jamais existé nulle part dans l’ancienne Union soviétique, selon David Roitman, l’homme d’affaires israélo-ukrainien qui a ouvert le Kosher Bar avec son associé, Shimshon Korits.

Il y a une bonne raison pour laquelle l’expérience de Roitman n’a pas été tentée avant.

Pour être certifié casher, le bar doit importer une grande partie de ses ingrédients d’Israël, ce qui gonfle les coûts. Le Kosher Bar est nettement plus cher que la plupart des autres bars locaux, les cocktails maison coûtant environ 8,50 $ – un luxe coûteux dans un pays où le salaire mensuel moyen est d’environ 330 $.

Une vue du comptoir en zigzag du bar. (Avec l’aimable autorisation de Kosher Bar via JTA)

De plus, le Kosher Bar est fermé pendant une partie du week-end à cause du Shabbat, ce qui diminue la rentabilité. Pendant la période de vacances scolaires du printemps, un moment crucial pour les bars et les pubs, le respect des lois alimentaires de Pessah par le Kosher Bar signifie qu’il ne peut servir que du vin.

Le Kosher Bar n’a pas non plus une grande clientèle captive – sur les quelque 40 000 Juifs d’Odessa, la plupart ne sont pas pratiquants. L’entreprise repose sur un mélange de Juifs locaux, de touristes israéliens et Juifs, et de touristes non-Juifs « à la recherche d’une expérience authentique » dans une ville où la population était Juive à environ un tiers avant la Shoah, a déclaré Roitman.

M. Roitman espère également que le bar plaira aux non-Juifs grâce à une qualité de service élevée. Des barmans israéliens de haut niveau ont aidé à former le personnel pendant des semaines avant le lancement.

Néanmoins, « les résultats financiers sont un peu délicats », a concédé M. Roitman. Il a refusé de dire si l’établissement est rentable, disant qu’on ne le saura qu’à la fin de l’année.

« Mais nous avons pris le risque en connaissance de cause », a ajouté Roitman.

Roitman considère son Kosher Bar comme un projet pilote pour un modèle qui, espère-t-il, pourrait être mis en œuvre dans toute l’ancienne Union soviétique, où vivent environ 500 000 Juifs.

David Roitman, (à gauche), a ouvert son bar par devoir moral. (Avec l’aimable autorisation du Kosher Bar via JTA)

« Ce n’est pas seulement un bar, mais une institution communautaire. C’est un endroit sain où vous et vos amis pouvez amener vos enfants après une simha [célébration] », a-t-il expliqué. « Je pense que ça peut vraiment faire la différence. »

Pour l’instant, Roitman dit que si le bar couvre juste ses propres frais généraux et d’ouverture, « dayenou » – le mot hébreu pour « ça serait suffisant ».

Roitman, 40 ans, a immigré enfant en Israël depuis Odessa, où sa famille vivait depuis au moins cinq générations. Il a confié qu’il considère comme son devoir personnel d’aider à reconstruire la communauté qu’il a laissée derrière lui.

« Après la Shoah, et après le communisme, je suis la dernière personne vivante à porter le nom de ma famille », a-t-il dit. « Si je n’avais pas fondé une famille juive, il aurait été perdu pour le peuple juif. Certains ont été assassinés par les nazis. D’autres sont morts en tant que soldats de l’Armée Rouge. Donc ma venue et l’ouverture d’un bar pour la communauté signifie beaucoup. »

Propriétaire de plusieurs entreprises commerciales, Roitman, 40 ans, père de quatre enfants vivant à Jérusalem, peut se permettre de parier un peu d’argent sur un projet dont la rentabilité est limitée.

Depuis 2015, son usine d’Odessa, David Roitman Luxury Tallit, fabrique certains des articles judaïques les plus chers au monde, notamment des kippas exotiques de designer en peaux de crocodile, de serpent et d’autruche.

« Quand je vivais à New York, je ne pouvais pas croire que certains Juifs portaient des costumes de créateurs valant des dizaines de milliers de dollars, puis se tapaient un chiffon froissé sur la tête en guise de kippa », a-t-il expliqué. « J’ai décidé qu’on pouvait faire mieux et j’ai avancé par étapes, baroukh hashem« , a-t-il dit, en utilisant une phrase en hébreu qui signifie « Dieu soit béni ».

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