Le prix Israël décerné à 8 lauréats, une cérémonie marquée par la controverse
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Le prix Israël décerné à 8 lauréats, une cérémonie marquée par la controverse

Le ministre de l'Éducation a déclenché un tollé en empêchant un scientifique de recevoir le prix, affirmant qu'il soutenait le boycott d'Israël

Une lauréate du prix d'Israël, Michal Bat-Adam, assiste à la cérémonie de remise des prix à Jérusalem, avant le 73e anniversaire de l'indépendance d'Israël, le 11 avril 2021. (Crédit : Olivier Fitoussi / Flash90)
Une lauréate du prix d'Israël, Michal Bat-Adam, assiste à la cérémonie de remise des prix à Jérusalem, avant le 73e anniversaire de l'indépendance d'Israël, le 11 avril 2021. (Crédit : Olivier Fitoussi / Flash90)

Le prix Israël, le plus prestigieux du pays, a été remis à huit lauréats, lors d’une cérémonie annuelle de remise des prix diffusée jeudi, le jour de Yom HaAtsmaout, dans l’ombre de la décision controversée du ministre de l’Éducation d’éliminer un candidat en raison de ses opinions politiques.

Le président Reuven Rivlin, le Premier ministre Benjamin Netanyahu, le président de la Knesset Yariv Levin et la présidente de la Haute Cour Esther Hayut ont assisté à la cérémonie. L’événement a eu lieu à l’International Convention Center de Jérusalem en début de semaine et a été diffusé jeudi soir à la clôture de Yom HaAtsmaout.

Les récipiendaires sont la poétesse et auteure Nurit Zarchi ; le biochimiste Prof. Eli Keshet, la réalisatrice et actrice Michal Bat-Adam ; la professeure de littérature et chercheur Prof. Nitza Ben-Dov ; la chercheuse en affaires sociales et criminologie Prof. Ariella Levenstein ; le scientifique et expert en études d’Extrême-Orient Prof. Ben-Ami Shillony ; et le chercheur en études bibliques Prof. Yair Zakovitch. Un prix a également été décerné à Joseph Ciechanover, économiste et ancien fonctionnaire du ministère des Affaires étrangères, pour l’ensemble de sa carrière.

Les dirigeants israéliens posent avec les lauréats du prix Israël lors de la cérémonie de remise des prix à Jérusalem, avant le 73e jour de l’indépendance d’Israël, le 11 avril 2021. (Crédit : Olivier Fitoussi / Flash90)

La cérémonie historique a été assombrie par la controverse sur la décision du ministre de l’Éducation Yoav Gallant d’empêcher Oded Goldreich de recevoir le prix Israël de mathématiques et d’informatique, sur la base d’allégations selon lesquelles il soutiendrait le mouvement de boycott international contre Israël dirigé par des groupes pro-palestiniens, allégations que le professeur dément.

La semaine dernière, la Haute Cour a accordé 30 jours à Gallant avant de prononcer son verdict sur l’attribution du prix à Goldreich, empêchant de fait le professeur de participer à la cérémonie de dimanche. Le tribunal a affirmé qu’il pourrait recevoir le prix à une date ultérieure.

La Haute Cour a précédemment rejeté les pétitions contre l’attribution du prix à certains candidats, notamment l’année dernière lorsqu’il avait été décerné au rabbin Yaakov Ariel, qui avait fait des commentaires désobligeants sur les individus LGBT.

Du fait de l’absence de Goldreich, la cérémonie a compté cette année un nombre record de femmes lauréates, 50 % des récipiendaires étant des femmes. Une majorité de 55 % des membres du comité des prix étaient également des femmes, ce qui représente également un record absolu.

En recevant son prix, Bat-Adam a déclaré dans un bref discours d’acceptation : « Je suis très heureuse de recevoir ce prix, mais je suis très triste que nous ne soyons que quatre femmes et quatre hommes ce soir, parce qu’il manque un lauréat. »

Gallant n’a pas abordé directement la polémique lors de la cérémonie.

« C’est l’esprit humain qui sous-tend les réalisations de l’État d’Israël. En ce Yom HaAtsmaout, nous avons le droit et même l’obligation de regarder fièrement les fruits de notre création commune et d’être fiers, et même satisfaits », a déclaré Gallant.

Il a également appelé à l’unité nationale. « Il est important de se rappeler que tous les adversaires ne sont pas des traîtres ou des ennemis, que tout ce qui n’est pas bon n’est pas nécessairement mauvais, que tous ceux qui ne nous soutiennent pas ne nous veulent pas forcément du mal pour autant. Ce que nous avons en commun est plus grand que ce qui nous divise », a déclaré Gallant.

Le ministre de l’Éducation, Yoav Gallant, prend la parole lors de la cérémonie du Prix Israël à Jérusalem, avant le 73e jour de l’Indépendance d’Israël, le 11 avril 2021. (Crédit : Olivier Fitoussi / Flash90)

Levenstein a déclaré au nom des récipiendaires : « Aujourd’hui, à l’occasion du 73e anniversaire de notre indépendance, nous célébrons la victoire de l’esprit, de la science et de l’espoir. »

« Nous tous, hommes et femmes lauréats de ce prix, avons travaillé sans relâche pour laisser derrière nous un héritage d’apprentissage et d’action, sans recevoir en retour », a-t-elle déclaré.

Dans une autre controverse autour du prix, le président en disgrâce du groupe des services d’urgence ZAKA, Yehuda Meshi-Zahav, a renoncé au prix le mois dernier après des allégations généralisées d’abus sexuels. Il avait reçu le prix Israël pour l’ensemble de ses réalisations et pour sa contribution à la société israélienne.

Oded Goldreich. (Crédit : CC BY-SA 3.0 / Wikipédia)

Les recteurs de sept des neuf universités de recherche israéliennes ont protesté contre la décision de Gallant de refuser le prix le plus prestigieux d’Israël à Goldreich en raison de ses opinions politiques, affirmant dimanche au ministre de l’Éducation qu’ils pensaient qu’il n’avait pas le pouvoir de le faire.

Les responsables de l’université Bar-Ilan, à prédominance religieuse, et de l’université d’Ariel, basée en Cisjordanie, n’ont pas signé la lettre de protestation.

Cinq des huit lauréats du Prix Israël de cette année ont également protesté contre cette décision dans une lettre adressée à Gallant.

« Nous exprimons notre profonde tristesse que le professeur Goldreich soit absent de la cérémonie », ont écrit Ben-Dov, Bat-Adam, Zakowitz, Zarchi et Keshet.

Dimanche, David Harel, un informaticien lauréat du Prix Israël en 2004, a remis sa statue de récompense à Goldreich lors d’une « cérémonie alternative » à l’Institut Weizmann.

S’exprimant lors de l’événement, Goldreich a déclaré que la décision de Gallant avait des répercussions plus larges sur la liberté d’expression.

« C’est plus grand que moi et cela nous concerne tous », a déclaré Goldreich. « La position prise par le ministre de l’Éducation n’est qu’un petit pas de plus dans un processus en cours de délégitimation de la gauche en Israël. »

Le mois dernier, Goldreich et des centaines d’autres universitaires ont signé une pétition appelant l’Union européenne à interrompre le financement de l’université d’Ariel, qui a été établie dans l’implantation du même nom en Cisjordanie. Les universitaires ont déclaré que cela légitimait l’activité d’implantation, considérée par les Palestiniens et par une grande partie de la communauté internationale comme un obstacle à la paix.

Goldreich, professeur d’informatique à l’Institut Weizmann d’Israël, a déclaré qu’il ne soutenait pas le mouvement de boycott contre Israël mais s’opposait à la construction d’implantations.

Le mouvement international pour « le boycott, le désinvestissement et les sanctions » contre Israël, connu sous le nom de BDS, s’inspire de la campagne contre l’apartheid en Afrique du Sud. Israël considère le BDS comme une attaque contre son existence même, soulignant les opinions extrêmes de certains partisans et le refus du mouvement de soutenir la solution à deux États.

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