Le prix Nobel juif de 96 ans est motivé par la science et non par les honneurs
Rechercher

Le prix Nobel juif de 96 ans est motivé par la science et non par les honneurs

Arthur Ashkin a révolutionné la chirurgie oculaire avec ses "pincettes optiques" qui capturent les particules, virus et autres cellules vivantes avec des doigts à faisceau laser

Arthur Ashkin (YouTube)
Arthur Ashkin (YouTube)

Arthur Ashkin, le juif américain qui est devenu mardi le plus âgé des lauréats du prix Nobel de l’histoire, a déclaré que même à 96 ans, la science est toujours ce qui le motive chaque jour.

« Je suis très vieux et j’avais arrêté de penser à des choses comme le prix Nobel », a déclaré Ashkin à l’Associated Press dans une interview.

Le nonagénaire, qui a été honoré pour son invention des « pinces optiques » qui saisissent des particules, des atomes, des virus et d’autres cellules vivantes avec leurs doigts à faisceau laser, travaille actuellement à la recherche sur l’énergie solaire dans sa maison du New Jersey.

Aujourd’hui, la recherche scientifique est plus ou moins un hobbie, a-t-il déclaré sur le site officiel du prix Nobel.

Ashkin, qui partagera la moitié du prix de 9 millions de couronnes (1,01 million de dollars) avec les physiciens Gérard Mourou (France) et Donna Strickland (Canada), a déclaré qu’il ne s’y attendait pas mais qu’il avait été néanmoins agréablement surpris quand il a reçu le coup de téléphone passé à 5h du matin depuis la Suède.

Mourou et Strickland ont mis au point un moyen de produire des rafales de lumière laser ultra-courtes et de haute intensité. Leur travail, de concert avec celui d’Ashkin, a ouvert la voie à la chirurgie oculaire au laser pour améliorer la vision et les travaux qui sont en mesure de manipuler les cellules et leur contenu intérieur.

Arthur Ashkin au Nokia Bell Labs à Holmdel, N.J. en 1988. (Nokia Bell Labs via AP)

Le travail des trois lauréats constitue « des percées fondamentales en physique qui ont conduit à des outils qui sont maintenant utilisés dans toute la science », a déclaré Robbert Dijkgraaf, directeur de l’Institute for Advanced Study à Princeton, New Jersey.

L’Académie royale des sciences de Suède a déclaré que la mise au point par Ashkin de pinces optiques capables d’attraper de minuscules particules telles que les virus sans les endommager a permis de réaliser « un vieux rêve de science-fiction », en utilisant la minuscule pression exercée par les faisceaux lumineux pour déplacer des objets.

Cela signifie que les lasers peuvent être utilisés pour pousser, tirer ou maintenir en place des objets minuscules comme des atomes, des molécules et des cellules vivantes. Les pincettes optiques « offrent de toutes nouvelles possibilités d’observer et de contrôler les mécanismes de la vie », a déclaré le comité Nobel.

« Vous voyez fonctionner cette chose, et votre cœur s’arrête. Les cheveux se dressent sur la tête », a déclaré David Grier, de l’Université de New York, qui utilise les pincettes optiques dans ses recherches.

Grâce à leur capacité de manipuler de minuscules cellules comme le sperme et les ovules, les pincettes optiques sont utilisées dans la recherche sur la fécondation in vitro, a dit M. Grier. Elles peuvent également être utilisées pour saisir et étirer les cellules, et ainsi distinguer les cellules normales des cellules cancéreuses, dit-il.

À une échelle encore plus petite, elles peuvent être utilisées pour étudier comment les protéines interagissent avec d’autres molécules dans le corps, pour déplier les protéines individuelles et pour étudier des caractéristiques comme le couple qu’elles exercent en rotation. Et ils peuvent aider à comprendre comment la maladie cause des problèmes en interférant avec les protéines qui transportent la cargaison moléculaire dans une cellule, a déclaré Arne Gennerich du Albert Einstein College of Medicine dans le Bronx.

En travaillant ensemble, Strickland et Mourou ont aidé à mettre au point un moyen de produire des impulsions laser très brèves et intenses qui ont de vastes applications industrielles et médicales, notamment la chirurgie oculaire au laser et la découpe mécanique de haute précision. L’académie a dit que son article de 1985 sur la technique était « révolutionnaire ».

« Avec la technique que nous avons développée, la puissance du laser a été augmentée d’environ un million de fois, peut-être même d’un milliard », a déclaré Mourou dans un communiqué vidéo diffusé par l’Ecole Polytechnique.

En plus d’Ashkin, le prix Strickland a également été le premier prix Nobel de physique à être décerné à une femme depuis 1963, année où il a été remporté par Maria Goeppert-Mayer ; la seule autre femme à avoir décroché le prix en physique était Marie Curie en 1903.

Arthur Ashkin, Gérard Mourou et Donna Strickland, lauréats du prix Nobel de physique en 2018. (Assemblée Nobel)

« Évidemment, il est important d’honorer les femmes physiciennes parce que nous en sommes à l’extérieur. Et j’espère qu’avec le temps, les choses avanceront plus rapidement », a déclaré Mme Strickland lors d’un entretien téléphonique avec l’académie après l’annonce du prix.

A propos du prix Nobel, elle a déclaré : « Je trouve tout ça surréaliste. »

Michael Moloney, PDG de l’American Institute of Physics, a félicité tous les lauréats.

« C’est aussi un plaisir personnel de voir le Dr Strickland mettre fin à l’interruption de 55 ans depuis qu’une femme a reçu le prix Nobel de physique », a ajouté M. Moloney.

Il a expliqué que le travail des trois a permis « de repousser les limites du possible aux extrêmes du temps, de l’espace et des formes de la matière ».

Lundi, l’Américain James Allison et le Japonais Tasuku Honjo ont remporté le prix Nobel de médecine pour leurs travaux révolutionnaires dans la lutte contre le cancer avec le système immunitaire de l’organisme.

Le prix de la chimie sera annoncé mercredi, suivi du prix de la paix vendredi. Le prix d’économie, qui n’est pas officiellement un prix Nobel, sera annoncé le 8 octobre.

En savoir plus sur :
C’est vous qui le dites...