Le procureur général soutient les poursuites contre le réalisateur de ‘Jenin, Jenin’
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Le procureur général soutient les poursuites contre le réalisateur de ‘Jenin, Jenin’

Un officier réserviste poursuit Mohammad Bakri et réclame 2,6 M NIS après la sortie d’un documentaire très critiqué en 2002 selon lequel l’armée israélienne aurait perpétré un massacre durant l'Opération Rempart

Judah Ari Gross est le correspondant militaire du Times of Israël.

Capture d'écran d'une interview avec le producteur israélo-arabe Mohammad Bakri (YouTube/Stay Human The Reading Movie)
Capture d'écran d'une interview avec le producteur israélo-arabe Mohammad Bakri (YouTube/Stay Human The Reading Movie)

Le procureur général a annoncé mercredi qu’il ouvrirait un procès en diffamation contre un cinéaste israélo-arabe au nom d’un officier réserviste de l’armée qui prétend avoir été diffamé dans « Jenin, Jenin », documentaire très controversé de 2002.

Le lieutenant-colonel réserviste Nissim Magnagi a porté plainte contre le cinéaste Mohammad Bakri en novembre 2016, exigeant 2,6 millions de shekels (627 000 euros) de dommages et intérêts et un retrait du documentaire. Durant l’année écoulée, l’affaire a sans arrêt été discutée entre les avocats des deux hommes.

Alors que l’affaire semblait prendre fin, le procureur général Avichai Mandelblit s’y est personnellement impliqué – ce qui est inhabituel étant donné qu’il traite généralement des affaires criminelles et non civiles.

« A la lumière de l’intérêt public qui existe dans l’affaire, le procureur général a décidé de s’impliquer et de soutenir la plainte émise par le lieutenant-colonel Magnagi », a déclaré le ministère de la Justice dans un communiqué publié ce mercredi.

Le procureur général Avichai Mandelblit prend la parole lors de la conférence du forum Kohelet au Centre de l’héritage de Menahem Begin, à Jérusalem, le 24 octobre 2017 (Hadas Parush / Flash90)

Il s’agit de la deuxième poursuite en diffamation contre Mohammad Bakri pour son film « Jenin, Jenin » qui a faussement prétendu que l’armée israélienne avait massacré des civils en Cisjordanie durant l’Opération Rempart, qui a eu lieu au plus fort de la deuxième Intifada.

Au cours des combats de 11 jours dans la ville, 52 Palestiniens ont été tués par les forces israéliennes, mais la majorité d’entre eux – 27, selon Human Rights Watch ; 48, selon l’armée – étaient des combattants. 23 soldats israéliens ont été tués dans les combats.

Les rumeurs d’un massacre se sont répandues à la suite d’une décision des militaires de couper tous les liens extérieurs de Jénine durant les combats, ce qui a poussé Bakri à entrer dans la ville avec une équipe de tournage afin d’interroger les résidents.

Peu de temps après la sortie du documentaire en 2002, cinq réservistes de Tsahal ont poursuivi Bakri pour diffamation, arguant qu’ils avaient été dépeints comme des criminels de guerre dans son film.

Après une longue bataille juridique, la Cour suprême a rejeté le dossier des réservistes en 2011. Les juges ont déterminé que, même si le documentaire comportait « plein de choses qui n’étaient pas vraies » et diffamait l’armée, les plaignants n’étaient pas spécifiquement identifiés dans le film et n’avaient donc pas qualité pour prétendre avoir été personnellement diffamés.

Le film de 2002 « Jenin, Jenin » a prétendu que les soldats israéliens avaient commis un massacre dans la ville de Cisjordanie pendant l’Opération Rempart en avril 2002 – une accusation réfutée par Israël et par des ONG internationales de défense des Droits de l’homme (Crédit : capture d’écran)

Cependant, dans le contexte de l’affaire actuelle, Magnagi apparaît dans le documentaire et, par conséquent, détient une base juridique pour une poursuite en diffamation.

« Le plaignant actuel, qui n’était pas impliqué dans les efforts juridiques précédents, affirme qu’il peut être vu et identifié dans le film, alors qu’un résident âgé de Jénine est interviewé et prétend que, durant les combats, les soldats sont entrés dans sa maison et ont volé toutes ses économies », a déclaré le ministère de la Justice dans son communiqué.

Dans cette partie du documentaire, le vieil homme palestinien décrit comment les troupes l’ont menacé. Le film montre ensuite trois soldats marchant à côté d’une jeep – y compris Magnagi. Au même moment, le vieil homme, alors en voix-off, affirme que « le soldat [lui a] dit : « Soit vous vous taisez, soit je vous tue. » »

Immédiatement après sa sortie, le film de 53 minutes a suscité de vives critiques. Beaucoup l’ont perçu – y compris la Cour suprême – comme une violation flagrante de l’éthique documentaire et journalistique.

Une image fixe du film « Jenin, Jenin » qui a faussement prétendu que les soldats israéliens avaient commis un massacre dans la ville de Cisjordanie pendant l’Opération bouclier défensif en avril 2002 (YouTube)

Bakri a notamment utilisé des plans de coupe trompeurs dans le film afin d’impliquer délibérément des actes – comme la mort de civils – qui ne se sont pas produits, en particulier dans une scène où un véhicule de transport blindé – injustement appelé un char dans le film – est mis en scène et semble avoir roulé sur des corps de prisonniers palestiniens gisant au sol, bien que ce ne soit pas le cas, comme le réalisateur l’a admis plus tard au tribunal.

Le cinéaste a également mal traduit la version originale en arabe pour les sous-titres afin d’y inclure des mots tels que « génocide » et « massacre » qui n’ont jamais été prononcés lors d’entretiens. En outre, aucun responsable israélien n’a été interviewé pour le film afin de fournir un point de vue opposé.

Au fil des années, Avigdor Feldman, l’avocat de Bakri lors de la première affaire conduite à la Cour suprême, a soutenu que son client n’avait pas essayé de présenter un compte-rendu factuel de la « Bataille de Jénine » mais qu’il ne faisait que montrer le point de vue palestinien. Dans des entrevues avec les médias, l’avocat a affirmé que cela pouvait se voir dans le fait que le documentaire ne comportait pas de voix-off et n’était composé que d’entrevues.

A sa sortie, le documentaire a été immédiatement interdit par l’autorité du film israélien qui l’a qualifié de diffamatoire. Il a néanmoins été projeté dans deux cinémas israéliens, l’un à Jérusalem et l’autre à Tel Aviv.

Selon la plainte, le film controversé est toujours diffusé aujourd’hui en Israël et à travers le monde lors d’événements en faveur des Palestiniens. Le documentaire a également été visionné des dizaines de milliers de fois sur YouTube.

Le lieutenant-colonel Nissim Magnagi et deux autres soldats israéliens peuvent être vus marchant à côté d’une jeep dans le film « Jenin, Jenin » qui a faussement prétendu que les soldats israéliens avaient commis un massacre dans la ville de Cisjordanie pendant l’Opération bouclier défensif en avril 2002 (Capture d’écran)

Magnagi, qui travaille maintenant comme guide touristique, a fait valoir dans sa plainte contre Bakri que sa « bonne réputation avait été endommagée, son honneur avait été brisé et son identité de soldat éthique et moral avait été amoindrie ».

Par conséquent, il demande au tribunal de lui accorder la somme de 2,6 millions de shekels (627 000 euros) ou 100 000 shekels (24 000 euros) à chaque fois que le film sera projeté.

Dans sa plainte contre Bakri, Magnagi affirme qu’il ferait don de la plus grande partie de l’argent aux vétérans de l’opération de 2002 à Jénine et aux familles des soldats tués.

A l’avenir, à la suite de deux propositions de lois actuellement à l’étude, il pourrait être plus simple d’intenter des poursuites contre des personnes qui ont calomnié des soldats et des activités militaires d’Israël.

En effet, plus tôt ce mois-ci, Yoav Kisch, député du Likud, a déposé un amendement aux lois israéliennes qui permettraient des poursuites civiles contre des activistes et des organisations qui diffament l’armée israélienne.

Aussi, en novembre, la Knesset a donné son approbation initiale à un projet de loi également rédigé par Kisch qui permettrait d’ouvrir des poursuites civiles contre des activistes israéliens qui soutiennent l’organisation Boycott, Désinvestissement, Sanction (BDS), sans pour autant que soit exigée une preuve des dommages aux plaignants.

A la Knesset, Kisch a souligné que « Jenin, Jenin » représentait spécifiquement une raison pour la mise en place d’une telle législation.

« Les soldats qui ont été envoyés pour nous protéger restent exposés à des calomnies répétées, a déclaré Kisch. Nous avons vu, par exemple, le cas du film ‘Jenin, Jenin’ dans lequel la situation juridique actuelle ne nous permettait pas de protéger les soldats. »

Marissa Newman a contribué à cet article.

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