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Portrait

Le roi Charles III : un ami de la communauté juive, un lien spécial avec Israël

Le nouveau roi entretient d'excellentes relations avec les Juifs, britanniques et d’ailleurs, qu’illustrent son franc-parler sur l’antisémitisme et sa visite officielle en Israël

Le Prince Charles lors des funérailles du président Shimon Pères au Mont Herzl, à Jérusalem, le 30 septembre 2016. (Crédit : Emil Salman/Pool)
Le Prince Charles lors des funérailles du président Shimon Pères au Mont Herzl, à Jérusalem, le 30 septembre 2016. (Crédit : Emil Salman/Pool)

Suite au décès de la reine Elizabeth II, le Royaume-Uni a un nouveau roi, Charles III. À 73 ans, il est le monarque le plus âgé à accéder au trône britannique.

Charles entretient depuis longtemps de bonnes relations avec les Juifs britanniques et, ces dernières années, il a également renforcé ses liens avec Israël.

Les membres de la famille royale ont un lien historique profond avec l’État juif, la Grande-Bretagne ayant présidé aux destinées du territoire de 1920 à 1948. En 2020, le président de l’époque, Reuven Rivlin, faisait remarquer à Charles, lors d’une visite en Israël, que lui et d’autres Israéliens de sa génération étaient nés sujets du grand-père de Charles, le roi George VI.

Charles lui-même entretient de bonnes relations avec les dirigeants et institutions juives britanniques, et il a toujours démontré un vif intérêt pour les histoires et les leçons de la Shoah. Il s’est entretenu de manière chaleureuse avec deux présidents israéliens, ces dernières années, et a effectué une visite historique en Israël en 2020.

Voici quelques éléments des liens du nouveau monarque britannique avec les Juifs, l’État juif et les questions connexes.

Sa relation avec Israël

En 2020, Charles effectue sa première visite officielle en Israël, après de brefs déplacements pour les funérailles d’Yitzhak Rabin et Shimon Peres. Il est alors le membre le plus âgé de la famille royale à entreprendre une telle visite depuis la création de l’État, à la suite de la toute première visite royale officielle de son fils William, en 2018.

La reine Elizabeth II, elle, n’est jamais venue en Israël.

Venu assister au Forum mondial sur la Shoah, Charles s’entretient avec le président israélien de l’époque, Rivlin, et plante un arbre à la résidence du président, à Jérusalem.

Le président de l’époque, Reuven Rivlin, et le prince Charles d’Angleterre à la résidence du président à Jérusalem, le 23 janvier 2020. (Crédit : Mark Neyman/GPO)

Il s’entretient avec des survivants de la Shoah au Musée d’Israël à Jérusalem et visite l’exposition consacrée aux Rouleaux de la mer Morte. Il assiste également à une réception à la résidence de l’ambassadeur britannique à Ramat Gan, où on lui présente nombre de découvertes scientifiques et médicales israéliennes.

La grand-mère de Charles, la princesse Alice de Battenberg, est inhumée en l’église de Marie-Madeleine, sur le mont des Oliviers, à Jérusalem. Au cours de ce voyage, Charles se rend sur sa tombe, comme à plusieurs reprises dans le cadre de visites privées.

La princesse a été reconnue par Yad Vashem « Juste parmi les Nations » pour avoir aidé à sauver une famille juive en Grèce pendant la Shoah. Charles a déclaré que ce qu’elle avait fait était une « immense » source de « fierté » et d’inspiration pour lui et la famille royale.

Le Prince Charles d’Angleterre, au centre, à l’issue de sa visite sur la tombe de sa grand-mère, la princesse Alice,en l’église Sainte-Marie-Madeleine, sur le Mont des Oliviers à Jérusalem, en Israël, en janvier 2020. (Crédit : Neil Hall/Pool Photo via AP)

En novembre 2021, le président Isaac Herzog s’entretient avec Charles lors d’une visite officielle au Royaume-Uni et les deux hommes évoquent le changement climatique, les menaces régionales et l’éducation à la Shoah.

En guise de « cadeau spécial » à la famille royale britannique, Herzog a annoncé la création d’une bourse d’études en soins infirmiers à l’Université hébraïque de Jérusalem, en hommage à la princesse Alice.

Selon le cabinet du président, cette bourse « rend hommage à [sa] compassion, sa profonde spiritualité et son incroyable persévérance, au service de ceux qui étaient dans le besoin ».

Mémoire de la Shoah et antisémitisme

S’adressant aux dirigeants réunis à l’occasion du Forum mondial sur la Shoah, en 2020 à Jérusalem, Charles rappelle les leçons « extrêmement pertinentes » de la Shoah, au moment où haine et intolérance « revêtent de nouveaux oripeaux pour diffuser de nouveaux mensonges, en quête de nouvelles victimes ».

Le monde doit « tenir bon face aux mensonges et résister aux paroles et actes de violence », déclare-t-il. « Nous devons nous occuper de la terre sur laquelle fleurissent nos sociétés afin que les graines de la division ne puissent y prendre racine et y pousser. »

Charles met à plusieurs reprises en garde contre les dangers de la montée de l’antisémitisme et de toute forme d’intolérance au Royaume-Uni.

Le président russe Vladimir Poutine, le président israélien de l’époque Reuven Rivlin et le président français Emmanuel Macron, en compagnie du prince Charles d’Angleterre, assistent au Forum mondial sur la Shoah à Yad Vashem, Jérusalem, le 23 janvier 2020. (Crédit : Capture d’écran)

En 2022, il commande le portrait de sept survivants de la Shoah, destinés à être exposés au palais de Buckingham pour la Journée internationale de commémoration de la Shoah.

Ses liens avec la communauté juive britannique

Lors d’une réception peu de temps avant Hanoukka, en 2019, au palais de Buckingham, Charles célèbre « la contribution de la communauté juive à la santé, à la prospérité et au bonheur du Royaume-Uni.

« Dans tous les domaines de la vie, dans tous les domaines d’activité, notre nation ne pourrait pas avoir citoyens plus généreux ni amis plus fidèles. »

Il honore les membres éminents de la communauté juive britannique et leurs contributions à la société dans son ensemble, ainsi que « ceux qui, sans porter de noms connus, sont les pierres angulaires de leur communauté ».

Charles a été particulièrement proche de l’ex-grand rabbin britannique, Lord Jonathan Sacks. À la mort de ce dernier, en 2020, Charles déplore la « perte irremplaçable » de celui qui a été « un guide de confiance, un enseignant inspiré et un ami fidèle ».

L’ex-grand rabbin britannique, Lord Jonathan Sacks, escorte le prince Charles, invité de son dîner d’adieu. (Crédit : John Rifkin/Courtoisie)

« À travers ses écrits, sermons et émissions, Rabbi Sacks a touché d’innombrables personnes. Il était incroyablement sain et sage, animé de convictions morales rares, dans ce monde confus », déclarait-il.

« Lui et moi étions contemporains, nés la même année, qui est celle de la fondation de l’État d’Israël. Au fil des années, j’ai grandement apprécié ses conseils.

« Il me manquera plus que je ne saurais le dire. »

Un ardent défenseur de toutes les religions ?

En 1994, Charles déclare que lorsqu’il deviendra roi, il sera un « défenseur des religions », au-delà de l’engagement traditionnel en faveur de la « défense de la foi ».

Il précise sa pensée lors d’une interview accordée à la BBC en 2015 : « Comme j’ai tenté de l’expliquer, je suis très soucieux de l’inclusion de la religion d’autrui et de la liberté de culte dans ce pays. Et il m’a toujours semblé que, tout en étant défenseur de la foi, on pouvait aussi être protecteur des religions. »

A propos des Palestiniens

À l’occasion de sa visite en Israël en 2020, Charles se rend également en Cisjordanie et s’entretient avec des dirigeants palestiniens. Il dit avoir le cœur brisé à la vue des « souffrances » et « difficultés » des Palestiniens.

Ces propos constituent, commente le journal britannique Sky News, « la plus grande manifestation de soutien qu’un membre de la famille royale ait jamais [témoignée] envers les Palestiniens ».

En visitant Bethléem, ville considérée par les Chrétiens comme lieu de naissance de Jésus, Charles dit : « Cela me brise le cœur… que se perpétuent tant de souffrances et de divisions. De nos jours, à Bethléem, nul ne peut échapper au triste spectacle des difficultés et de la situation à laquelle vous êtes confrontés. »

Le prince Charles d’Angleterre s’entretient avec le chef de l’Autorité palestinienne, Mahmud Abbas, lors d’une visite à Bethléem, en Cisjordanie, le 24 janvier 2020. (Crédit : Hazem Bader/Pool/AFP)

S’exprimant à Casa Nova, maison de pèlerinage franciscaine située à proximité de l’église de la Nativité, Charles poursuit : « Et je ne peux que me joindre à vous, ainsi qu’à toutes les communautés, dans vos prières pour une paix juste et durable. Nous devons poursuivre cette cause avec foi et détermination, en nous efforçant de guérir les blessures qui ont causé tant de douleur.

Il ajoute : « Mon souhait le plus cher est que l’avenir apporte liberté, justice et égalité à tous les Palestiniens, vous permettant de prospérer et de prospérer. »

Une passion pour les artistes juifs

En 2018, dans un épisode de la célèbre émission de Radio 3, Private Passions, Charles évoque sa fascination pour le chanteur juif canadien, Leonard Cohen.

« J’ai toujours aimé la voix de Leonard Cohen, sa manière d’évoquer son propre chant », confiait-il. « Sa manière de chanter et d’écrire sont incroyablement recherchées. Je trouve cela très émouvant, les mots sont tellement extraordinaires, un peu à la Salvador Dalí. Ses mots vous conduisent dans un monde à la Dalí. »

Charles a déjà évoqué son amitié avec Else Mayer-Lismann, musicologue qui a fui l’Allemagne nazie et trouvé refuge au Royaume-Uni. C’est elle qui lui apprend à aimer l’opéra.

Le Prince Charles assiste aux funérailles de l’ancien président israélien et Premier ministre Shimon Pères au cimetière national du Mont Herzl, à Jérusalem, le 30 septembre 2016. (Crédit : AFP/Pool/Abir Sultan)

« J’ai eu une chance incroyable de rencontrer Else Mayer-Lismann dans les années quatre-vingt, grâce à un vieil ami », confie-t-il un jour au Telegraph.

« Else était un personnage merveilleux et sa connaissance approfondie de l’opéra et de la musique était contagieuse. Ses descriptions et explications du contexte de divers opéras – en particulier ceux de Wagner – ont littéralement transformé ma manière d’écouter et de savourer les interprétations. »

Richard Wagner, dont l’œuvre littéraire et musicale grandiose et nationaliste du 19e siècle est imprégnée d’antisémitisme, misogynie et concepts de pureté raciale, était le compositeur favori d’Adolf Hitler. Sa musique a d’ailleurs été jouée dans les camps de concentration nazis.

Sur l’Ukraine et Poutine

En 2014, lorsque la Russie envahit pour la première fois le territoire de l’Ukraine, Charles compare le comportement du président russe, Vladimir Poutine, en Europe de l’Est à celui d’Adolf Hitler du temps de l’Allemagne nazie, pendant la Seconde Guerre mondiale.

Il se montre plus prudent dans ses propos sur la guerre de 2022, mais en mai, il se rend en Roumanie pour rendre visite à des réfugiés ukrainiens, principalement des femmes et des enfants.

« Nous avons beaucoup de peine pour vous : cette situation est cauchemardesque », leur dit-il alors. « Je suis plein d’admiration pour le peuple ukrainien, qui témoigne d’un courage et d’une résilience absolument extraordinaires.

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