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Le tout premier avion israélien 100 % électrique se prépare au décollage

Eviation a signé un accord avec DHL concernant la livraison de 12 avions-cargo et devrait révéler l'identité de ses nouveaux clients intéressés par le transport des voyageurs

Ricky Ben-David est journaliste au Times of Israël

  • Une représentation de l'avion 100% électrique Alice en vol, au mois d'août 2021. (Crédit :  Eviation)
    Une représentation de l'avion 100% électrique Alice en vol, au mois d'août 2021. (Crédit : Eviation)
  • L'avion 100% électrique Alice d'Eviation Aircraft. (Crédit : Eviation)
    L'avion 100% électrique Alice d'Eviation Aircraft. (Crédit : Eviation)
  • Une représentation de l'intérieur de l'avion 100% électrique Alice à Vannes, le 6 juin 2019. (Crédit :  © Jean-Marie Liot / eviation
    Une représentation de l'intérieur de l'avion 100% électrique Alice à Vannes, le 6 juin 2019. (Crédit : © Jean-Marie Liot / eviation
  • Une représentation de l'intérieur de l'avion 100% électrique Alice à Vannes, le 6 juin 2019. (Crédit :  © Jean-Marie Liot / eviation
    Une représentation de l'intérieur de l'avion 100% électrique Alice à Vannes, le 6 juin 2019. (Crédit : © Jean-Marie Liot / eviation
  • L'avion 100% électrique Alice, fabriqué par Eviation, au salon de l'aviation de Paris en 2019. (Crédit : Eviation Aircraft)
    L'avion 100% électrique Alice, fabriqué par Eviation, au salon de l'aviation de Paris en 2019. (Crédit : Eviation Aircraft)
  • Représentation montrant l'intérieur d'un avion-cargo Alice 100% électrique, fabriqué par Eviation Aircraft, avec des colis DHL, au mois d'août 2021. (Crédit :  Eviation/DHL)
    Représentation montrant l'intérieur d'un avion-cargo Alice 100% électrique, fabriqué par Eviation Aircraft, avec des colis DHL, au mois d'août 2021. (Crédit : Eviation/DHL)
  • Une représentation de l'avion 100% électrique Alice en vol, au mois d'août 2021. (Crédit :  Eviation)
    Une représentation de l'avion 100% électrique Alice en vol, au mois d'août 2021. (Crédit : Eviation)

Deux ans après le dévoilement, en grande fanfare, d’un prototype du tout premier avion 100 % électrique connu lors du Salon de l’aviation de Paris, en 2019, la compagnie israélo-américaine Eviation Aircraft se prépare pour le premier vol d’essai de l’appareil qui marquera les débuts « d’une nouvelle ère de l’aviation », selon les mots utilisés par le fondateur et directeur-général de l’entreprise, Omer Bar-Yohay.

Ce vol d’essai de l’avion – qui s’appelle Alice – devrait avoir lieu « avant la fin de l’année ». L’assemblage de l’appareil, dont c’est la cinquième version, est en cours de finalisation au siège d’Eviation à Arlington, dans l’État de Washington, juste au nord de Seattle.

Bar-Yohay déclare au Times of Israel lors d’un entretien accordé depuis Arlington via Zoom que la firme « est enthousiasmée » par la perspective de ce vol qui permettra à Alice de lancer son processus d’approbation par les régulateurs. Il prévoit que la mise en service pourra avoir lieu, avec un peu de chance, en 2024. « Nous sommes en train de fabriquer trois avions sur un total de quatre pour accélérer la certification au cours des prochaines années », explique-t-il.

L’Alice a été initialement conçu comme un petit avion totalement électrique et pouvant transporter neuf passagers – un appareil qui rendrait les déplacements régionaux aussi accessibles qu’un voyage en train, mais à un coût inférieur et avec de meilleurs services, fait savoir l’entreprise. Avec une charge utile de 1,1 tonne et une capacité de déplacement en autonomie de 815 kilomètres, l’Alice serait ainsi mis à la disposition de passagers désireux de réserver un déplacement par le biais d’une application sur des itinéraires de courte-distance populaires – par exemple, de San Jose à San Diego, de Londres à Prague ou de Paris à Toulouse. Une expérience potentielle que Bar-Yohay qualifie « d’Uber aérien ».

La batterie ion-lithium de l’avion nécessite un chargement de 30 minutes ou moins par heure de vol, note Eviation. L’objectif poursuivi par l’entreprise est de faire de l’aviation électrique à zéro émission une « réponse concurrentielle et durable à la mobilité sur demande ».

Bar-Yohay évoque « une nouvelle ère de l’aviation » où « nous assistons à une convergence de différents facteurs ».

« Nous avons un produit qui est durable [Alice est fabriqué à l’aide de matériaux légers et composites], il est économiquement durable parce qu’il est peu cher à faire fonctionner et à entretenir, et il est aussi socialement durable – c’est un mode de transport que les gens désirent utiliser », dit Bar-Yohay.

L’avion 100% électrique Alice, fabriqué par Eviation, au salon de l’aviation de Paris en 2019. (Crédit : Eviation Aircraft)

Les moteurs électriques et les technologies de batterie augurent « une troisième ère de l’aviation » où « nous disposons d’éléments matures et de matériaux avancés, d’une volonté sociale et de capacités financières », ajoute Bar-Yohay.

Eviation avait remporté son premier client, le transporteur aérien régional Cape Air, basé dans le Massachusetts, en 2019 – alors que la firme dévoilait pour la première fois son prototype. Cape Air, qui exploite 95 appareils dans environ vingt villes à travers tous les États-Unis mais aussi dans les Caraïbes, avait fait une commande d’Alice « à double chiffre », avait déclaré Bar Yohay à l’époque. Il avait alors ajouté que la firme ne ferait part du prix de l’avion qu’à ses clients mais un article de 2019 avait estimé ce prix à 4 millions de dollars l’appareil. Eviation avait ensuite annoncé que deux compagnies américaines connues – mais qui n’ont pas été identifiées – avaient également commandé des Alice.

Il y a eu au total 150 commandes jusqu’à présent.

Quelques mois plus tard, le Clermont Group, un conglomérat basé à Singapour, avait fait savoir qu’il avait acheté une part de 70 % dans Eviation pour un montant qui n’avait pas été communiqué, acquérant l’entreprise et injectant de nouveaux capitaux dans ses opérations. Le Clermont Group est également propriétaire du fabricant de moteurs MagniX, qui fournit ses moteurs électriques de type Magni650 à l’Alice.

Eviation a fortement attiré l’attention ces dernières années, figurant dans la liste du magazine TIME des 100 « meilleures inventions » il y a deux ans (aux côtés de huit autres entreprises fondées en Israël). La firme a par ailleurs remporté en 2018 un prix « Des idées qui changent le monde » de la part du magazine économique américain Fast Company.

Le cofondateur et directeur-général d’Eviation Omer Bar-Yohay. (Crédit : Eviation Aircraft)

Le mois dernier, Eviation a révélé que le géant de la logistique et de la livraison internationale DHL avait commandé douze avions Alice dans une configuration cargo – l’Alice eCargo – avec pour objectif de créer un réseau DHL Express électrique dans le cadre « d’une avancée pionnière dans l’aviation durable de l’avenir », selon l’entreprise.

DHL avait annoncé en 2017 que la firme allait s’embarquer dans un plan de protection environnementale ambitieux visant à réduire toutes les émissions de gaz à effet de serre liées aux activités logistiques de la firme à zéro, à l’horizon 2050.

« Nous croyons fermement en un avenir logistique à zéro émission », a commenté le directeur-général de DHL Express, John Pearson, dans un communiqué qui a accompagné l’annonce de la commande des appareils. « Nous avons trouvé un partenaire parfait en Eviation qui partage nos ambitions et, ensemble, nous entrerons dans la nouvelle ère de l’aviation durable ».

Selon Travis Cobb, vice-président exécutif du réseau des opérations globales et de l’aviation au sein de DHL Express, l’Alice « est une solution durable fantastique pour notre réseau mondial », la compagnie cherchant à « apporter une contribution substantielle à la réduction de notre empreinte carbone ».

Bar-Yohay a confirmé que ses clients avaient signé un contrat et qu’ils avaient versé les acomptes financiers nécessaires.

La compagnie avait connu un petit revers au mois de janvier 2020 quand un incendie avait endommagé de manière importante l’un des prototypes antérieurs de l’avion à Prescott, dans l’Arizona, où l’équipe effectuait des tests. Eviation avait lancé une enquête et avait découvert l’origine du sinistre qui, selon l’entreprise, n’avait pas été entraîné par la batterie de l’appareil.

« Le feu a été causé par un système de test de batterie au sol », explique Bar-Yohay. « Il se trouvait à l’intérieur de l’avion, fournissant de l’électricité pour le test qui était mené. Il a pris feu. Cette batterie qui a pris feu ne ressemble en rien à celles qui servent à faire voler l’avion – ce n’est pas du tout le même type. Elle était utilisée seulement pour les tests au sol et elle avait été placée à l’intérieur de la carlingue parce que c’était plus pratique ».

Le cœur de l’affaire

Établir un partenariat avec des clients comme DHL est « un accord énorme » et un tournant significatif pour Eviation, commente Bar-Yohay. La version cargo de l’appareil a nécessité naturellement quelques modifications – il n’y a pas de sièges, par exemple – mais les particularités de charge utile et de distance de déplacement restent les mêmes.

« Nous avons une solution opérationnelle crédible à proposer pour les opérations cargo : l’Alice peut fonctionner tous les jours et travailler comme une bête de somme », dit-il, ajoutant que l’avion peut être rechargé pendant que les marchandises sont montées à bord ou descendues pour garantir une « utilité maximum » sur les courtes distances.

DHL Express a commandé douze avions Alice 100% électriques à Eviation Aircraft, une avancée vers « l’avenir de l’aviation durable » au mois d’août 2021. (Crédit : Eviation/DHL)

Eviation continue néanmoins à se focaliser sur le transport de passagers – ce qui, affirme Bar-Yohay, « aura plus d’impact » dans l’industrie du transport et ce qui est également « au cœur de l’offre innovante du produit ».

Il veut ainsi introduire un nouveau moyen moins onéreux, respectueux de l’environnement et plus rapide de se déplacer entre les villes et les destinations majeures, utilisant les pistes d’atterrissage comme stationnement. Selon la firme, les coûts de maintenance et d’opération d’Alice sont faibles. Il s’attend à ce que l’avion réduise le coût du voyage, pour le passager, jusqu’à 70 %.

Et en bonus non négligeable, continue Bar-Yohay, il y a le calme et le silence des avions électriques.

L’avion 100% électrique Alice d’Eviation Aircraft. (Crédit : Eviation)

« Aujourd’hui, si vous vivez à proximité d’un petit aéroport ou d’une piste d’atterrissage, vous avez le bruit et la valeur de votre bien immobilier va en subir les conséquences. Mais si nous parvenons à changer cela ? Si nous parvenons à faire des pistes d’atterrissage des gares faisant partie de tout un réseau ou d’un pôle – elles ne seront plus seulement un désagrément », continue-t-il. « Avec des milliers d’aéroports par continent, c’est tout un réseau dont on peut tirer profit ».

« Pour moi, tous les transports sur les courtes distances deviendront bientôt électriques. Et à long-terme, les vols sur grande distance vont également changer » avec la mise à disposition de nouvelles technologies, prédit Bar-Yohay.

En 2024, quand les avions Alice seront mis en service – sous réserve de l’approbation des régulateurs – « les flottes d’avions électriques deviendront beaucoup plus communes » parce qu’elles ne nécessitent pas autant d’infrastructure que les voitures électriques, poursuit-il.

« Pour tous les vols, vous avez un plan de vol : Vous savez quand l’avion va décoller, quand il va se poser, quel itinéraire il va prendre – vous savez tout ce que vous avez besoin de savoir parce que c’est un environnement contrôlé », dit-il.

Et une fois que les avions seront définitivement approuvés, « le déploiement ira assez vite ici, aux États-Unis, et il sera ensuite déployé dans le monde. »

Eviation doit annoncer deux nouveaux clients pour le transport de passagers d’ici la fin de l’année, précise Bar-Yohay qui se refuse à donner plus de détails.

Il souligne qu’Eviation fabrique des avions et que l’entreprise ne souhaite nullement exploiter une flotte ou fournir des services de logistique.

Seattle comme base

Bar-Yohay et son équipe se sont installés à Arlington il y a quatre ans pour profiter des talents de l’industrie locale de l’aviation et des capacités de fabrication à grande-échelle qui se trouvent dans la région de Seattle, où l’Administration fédérale de l’aviation a ouvert un bureau régional majeur. L’agence, qui fait partie du Département américain des transports, régule tous les aspects de l’aviation civile dans le pays et autorise les opérations commerciales.

Bar-Yohay indique que ce secteur est un pôle important pour l’aviation et qu’il sert de base à des acteurs majeurs de l’industrie comme Boeing et Amazon, qui ont été tous les deux fondés à Seattle. Amazon Air, la ligne aérienne cargo du géant du e-commerce, assure des vols depuis Seattle-Tacoma et ajoutera Spokane, une ville située à 450 kilomètres environ à l’Est du pays, à ses destinations.

« Faire partie de ce large écosystème a beaucoup de valeur », insiste-t-il.

A un moment de notre entretien, Bar-Yohay sort de son bureau et nous montre, tout à côté, un hangar brillamment éclairé où une équipe de spécialistes de la firme s’agite autour d’un Alice. « Les gens me disent que c’est comme travailler chez Google mais avec un avion dans l’arrière-cour », s’amuse-t-il.

L’équipe d’Eviation Aircraft à Arlington, à Washington. (Crédit : Eviation)

Bar-Yohay est lui-même un vétéran des industries aérospatiale et de l’aviation, après avoir travaillé quinze ans à différents postes à responsabilité au sein de l’État juif et en Europe avant d’établir Eviation Aircraft en 2015 à Kadima, en Israël.

Le travail de Recherche & Développement se fait encore à Kadima, une localité proche de Netanya. « C’est une part très importante de l’opération pour nous », explique-t-il.

Toute l’équipe a réfléchi au nom qui serait donné à l’avion, se décidant finalement pour Alice parce qu’il « commence par la première lettre de l’alphabet » et parce qu’il fait penser au conte populaire pour enfants, « Alice au pays des merveilles ».

« Le nom reflète la nature curieuse » de l’ensemble du processus et de toute cette aventure, continue Bar-Yohay.

L’Alice sera le premier de toute une série d’avions pour Eviation — mais « chaque chose en son temps », poursuit-il.

L’important, aujourd’hui, est d’obtenir la certification de l’Alice et de le commercialiser avec succès. « La prochaine étape, c’est de sortir littéralement l’avion du hangar, de le faire rouler à petite vitesse, puis à grande vitesse et enfin, de le faire voler ».

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