Le vice-président de la Knesset soupçonné de proxénétisme
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Le vice-président de la Knesset soupçonné de proxénétisme

Oren Hazan, député du Likud, critique le reportage qui affirme qu’il aurait fourni des prostituées à ses amis et fait usage de drogues dures

Judah Ari Gross est le correspondant militaire du Times of Israël.

Le député Oren Hazan assiste à une réunion de la commission des Finances de la Knesset, le 8 juin 2015. (Crédit photo: Miriam Alster / FLASH90)
Le député Oren Hazan assiste à une réunion de la commission des Finances de la Knesset, le 8 juin 2015. (Crédit photo: Miriam Alster / FLASH90)

Des soupçons de « proxénétisme » et d’usage de drogues en Bulgarie pesant sur le vice-président du Parlement israélien, Oren Hazan (Likud), font la Une des médias, mardi.

Oren Hazan a démenti mardi les allégations formulées dans un reportage de la Deuxième chaîne – selon lesquelles il aurait procuré des prostituées pour ses amis et consommait des drogues dures lorsqu’il gérait un casino en Bulgarie, et a même menacé la chaîne de la poursuivre pour diffamation.

La Deuxième chaîne de télévision privée a diffusé lundi un reportage accusant notamment Oren Hazan d’avoir fourni les services de prostituées à des clients israéliens d’un hôtel-casino situé dans la station balnéaire de Burgas, sur la mer Noire. Il aurait également fait usage de drogues « dures », selon les témoignages d’employées de l’établissement et de clients israéliens anonymes interrogés par téléphone par la Deuxième chaîne.

Dans le reportage de lundi soir intitulé « Les prostituées, les drogues et le vice-président de la Knesset », le journaliste Amit Segal a présenté des enregistrements d’anciens associés de Hazan qui ont affirmé que le nouveau député du Likud pourrait avoir embauché des prostituées pour ses clients, et qu’il aurait acheté et fumé du crystal meth.

La chaîne a également présenté un document écrit et signé par Oren Hazan tendant à prouver que ce dernier ne gérait pas seulement un hôtel – comme il le prétend – mais également un casino.

Le vice-président de la Knesset a catégoriquement démenti toutes ces accusations lors d’interviews aux radios militaire et publique et a dénoncé la campagne de « calomnie » dont il serait victime. Il a également annoncé son intention de porter plainte en diffamation contre la Deuxième chaîne.

« Cela n’a jamais eu lieu », a affirmé Hazan, 33 ans, sur diverses radios mardi matin, exprimant sa volonté de passer le test d’un détecteur de mensonge pour prouver son innocence.

« Pas de prostitution, pas de proxénétisme, pas de drogues », a-t-il déclaré à la radio israélienne. « C’est drôle – il y a des députés qui reconnaissent avoir consommé des drogues. Ce sont eux les junkies. Je suis opposé à la légalisation [de drogues]. »

Hazan a qualifié Segal de « journaliste jaune », en expliquant qu’il avait posé aux témoins des questions « tout droit sorti d’un certain film imaginaire qu’il a vu ».

Segal a réaffirmé mardi la véracité de son reportage, en se justifiant sur la radio militaire. « Nous avons deux témoignages d’Israéliens au sujet de l’utilisation de crystal meth, y compris [un témoignage] sur un achat auprès de son dealer. »

Le correspondant politique de la Deuxième chaîne Amit Segal (Crédit : CC BY-SA Hanay / Wikimedia Commons)
Le correspondant politique de la Deuxième chaîne, Amit Segal (Crédit : CC BY-SA Hanay / Wikimedia Commons)

Le reportage a cité deux touristes israéliens et un employé du casino qui ont confirmé que Hazan ‘fournissait’ des prostituées à ses clients du casino de Burgas, où il détenait une participation. Tant la prostitution que l’utilisation des drogues dures sont illégales en Bulgarie.

Lundi soir, l’avocat de Hazan, Avraham Keren, a envoyé une lettre à la Deuxième chaîne et à Segal, les accusant de diffamation et exigeant qu’ils se rétractent et qu’ils présentent des excuses.

« Votre intention était de nuire – sans autre raison pratique – à la réputation de mon client et à son honneur », accusait la lettre.

Keren s’en est également pris à la chaîne pour son utilisation de sources anonymes dans le reportage.
« Bien sûr, la grande majorité du segment a été produite avec des effets de distorsion des voix d’une manière qui a rendu impossible d’identifier qui parle et de qui ils parlent », a-t-il écrit.

« Je ne les connais pas – ni leur visages, ni leurs noms », a déclaré Hazan mardi.

Plus tôt dans la journée, il a nié ces allégations sur Facebook : « Cette fois je ne resterai pas silencieux face aux mensonges répugnants et sans fondement. »

Certaines personnes ont commenté cette publication sur Facebook en y ajoutant des photographies de Hazan en train de boire de l’alcool, de danser avec des femmes légèrement vêtues et d’effectuer un geste grossier en direction de la caméra. D’autres ont posté des photographies de Bob Odenkirk, qui a incarné l’avocat d’un dealer de crystal meth dans la série populaire « Breaking Bad », et de Benicio del Toro, qui a joué l’avocat drogué de Hunter S. Thompson dans le film « Fear and Loathing in Las Vegas ».

הפעם אני לא עובר בשתיקה על דברי שקר מתועבים וחסרי בסיס. הנחיתי את עורך הדין שלי לשלוח כבר הערב מכתב התראה לפני תביעה נג…

Posted by ‎אורן חזן – Oren Hazan‎ on Monday, 8 June 2015

Posted by Amir Schiby on Monday, 8 June 2015

עובד ישראלי בקזינו הוסיף: "הגענו לאיזה מישהו ברחוב. אנחנו לא ידענו מה זה קריסטל מת'. איכשהו התגלגל שיביא משהו, הביא לנו את הכחול הזה".אורן חזן – Oren Hazan

Posted by Moti Goldberg on Monday, 8 June 2015

Le reportage de la Deuxième chaîne a aussi diffusé le témoignage du chauffeur de Hazan en Bulgarie – qui a raconté que Hazan l’envoyait au service d’escorte « Red Rose » pour y chercher des prostituées, plusieurs fois par semaine, pour ses amis. Hazan couvrait le coût des prostituées, c’est-à-dire environ 50 euros de l’heure, a conclu le chauffeur.

« Oren était le grand patron », a expliqué Sonya, la directrice de « Red Rose », à la chaîne de télévision. « Il avait beaucoup d’amis. C’était bien. Son chauffeur venait ici, me parlait, je lui disais le prix et il prenait [les femmes]. Il fallait d’abord payer, et puis ils partaient ensemble. »

Elle semblait incrédule lorsque l’intervieweur l’a informée que son ancien patron était entré en politique en Israël.

Hazan est le fils du député du Likud, Yehiel Hazan, qui a été reconnu coupable de faux et usage de faux, d’escroquerie et d’abus de confiance pour un double vote à la Knesset, en 2003, et pour avoir tenté d’étouffer les preuves.

Il a insisté sur le fait que le reportage sur ses frasques présumées en Bulgarie était le dernier incident en date dans une croisade permanente contre lui.

« Je suis le fils de mon père », a-t-il dit. « Oui, je suis jeune et c’est difficile pour certains de l’accepter. Je ne suis pas un membre de l’élite. Je n’ai pas honte de cela. »

« Je suis marocain, », a-t-il ajouté, faisant allusion à des préjugés racistes dont il serait victime, « Je suis libyen ».

Ce reportage a suscité des dénonciations de Hazan et de plusieurs politiciens, bien que les membres de son parti, le Likud, se sont abstenus de tout commentaire.

Si cela est vrai, a déclaré la députée Rachel Azaria de Koulanou, le reportage « est très troublant. La possibilité qu’un membre de la Knesset ait pu prendre part à des paris, [pris de] la drogue, et participé à la vente de femmes, signifie que lui, au fond, ne peut pas représenter la Knesset et agir comme vice-président de la Knesset, et cela soulève même des doutes quant à sa capacité à servir le peuple israélien dans notre parlement ».

Plusieurs députés du Meretz, un parti d’opposition de gauche, ont appelé à la levée de l’immunité parlementaire d’Oren Hazan et à l’ouverture d’une enquête policière.

La députée du Meretz Michal Rozin a déclaré à Israel Radio qu’après avoir vu le reportage de la Deuxième chaîne, elle a immédiatement contacté le président de la Knesset, Yuli Edelstein, et lui a affirmé : « Il est inacceptable que quelqu’un qui a vendu des femmes dans [le cadre de ] la prostitution, qui a payé pour de la prostitution d’autrui, qui a sollicité des prostituées, qui a été proxénète, soit le visage de la Knesset », s’est-elle emportée.

Oren Hazan a été élu in extremis lors des législatives du 17 mars. Il était en trentième position sur la liste du Likud, qui est parvenu à faire élire 30 députés (sur les 120 sièges que comptent la Knesset).

Jonathan Beck contribué à cet article.

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