Dermer salue la déclaration conjointe israélo-polonaise sur la Shoah
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Dermer salue la déclaration conjointe israélo-polonaise sur la Shoah

Lors d'une réception organisée par son homologue polonais, l'envoyé israélien, sans mentionner la Shoah, affirme que la déclaration commune permet de "respecter le passé"

Raphael Ahren est le correspondant diplomatique du Times of Israël

L'ambassadeur d'Israël aux États-Unis Ron Dermer prend la parole lors d'une réception à l'occasion de Hanoukka à la résidence de l'ambassadeur de Pologne à Washington, Piotr Wilczek, le 3 décembre 2018 (Capture d'écran : facebook.com/ambdermermer)
L'ambassadeur d'Israël aux États-Unis Ron Dermer prend la parole lors d'une réception à l'occasion de Hanoukka à la résidence de l'ambassadeur de Pologne à Washington, Piotr Wilczek, le 3 décembre 2018 (Capture d'écran : facebook.com/ambdermermer)

L’ambassadeur d’Israël aux Etats-Unis s’est félicité lundi de la déclaration conjointe controversée israélo-polonaise sur la Shoah, qui permet aux deux nations « de respecter le passé ».

Lors d’un long discours prononcé lors d’un événement organisé par l’ambassadeur de Pologne aux États-Unis, Piotr Wilczek, Ron Dermer n’a pas mentionné la Shoah, ne serait-ce qu’une seule fois.

Il n’a abordé la question que brièvement et indirectement, déclarant qu’il était « heureux que nos deux gouvernements aient pu parvenir cet été à un accord qui nous permette à la fois de respecter le passé et de travailler ensemble pour construire un avenir commun ».

Dermer faisait référence à l’accord du 27 juin conclu entre le Premier ministre Benjamin Netanyahu et son homologue polonais, Mateusz Morawiecki. L’accord, négocié sur plusieurs semaines, visait à mettre fin aux querelles entre les deux pays au sujet d’une loi polonaise controversée qui criminalisait toute accusation selon laquelle la nation polonaise serait « responsable ou coresponsable des crimes nazis commis par le troisième Reich ».

Dermer s’exprimait lors d’une réception à l’occasion de Hanoukka à la résidence de Wilczek à Washington D.C., qui marquait également le 70e anniversaire d’Israël et le centenaire du retour de la Pologne à l’indépendance.

L’accord israélo-polonais sur la Shoah prévoyait la publication d’une déclaration commune stipulant que l’expression « camps de la mort polonais » est « manifestement erronée » et que le gouvernement polonais en exil pendant la guerre « a tenté de mettre fin à cette activité nazie en sensibilisant ses alliés occidentaux au meurtre systématique des Juifs polonais ».

La déclaration, que Varsovie a ensuite traduite en plusieurs langues et largement diffusée en pleine page dans d’importants journaux du monde entier, rejetait également l’antisémitisme et les sentiments « anti-polonais ».

Le plus polémique, était la condamnation de « tous les cas de cruauté envers les Juifs perpétrés par les Polonais pendant… la Seconde Guerre mondiale », mais aussi « les actes héroïques de nombreux Polonais, en particulier les Justes parmi les nations, qui ont risqué leur vie pour sauver le peuple juif ».

“A nation that does not embrace what makes it unique will not long survive as a nation.” My speech last night at the…

Posted by Ambassador Ron Dermer on Tuesday, 4 December 2018

En contrepartie de l’acceptation de cette déclaration, le gouvernement polonais a annulé la section de la loi polonaise controversée qui prévoyait des sanctions pénales pour les personnes accusant la nation polonaise de complicité dans les crimes nazis.

L’accord, que Netanyahu avait initialement salué comme sauvegardant « la vérité historique sur la Shoah », a été sévèrement critiqué par les universitaires et politiciens israéliens.

L’éminent historien de la Shoah, Yehuda Bauer, l’a qualifié de « trahison de la mémoire de la Shoah et de l’intérêt du peuple juif ».

Le mémorial de la Shoah de Yad Vashem a publié un communiqué dans lequel il est dit que la déclaration commune « contient une formulation très problématique qui contredit les connaissances historiques existantes et acceptées dans ce domaine ».

Les historiens du centre de recherche sur la Shoah financé par l’Etat ont déclaré que leur examen approfondi de la déclaration commune montre que « les affirmations historiques, présentées comme des faits non contestés dans la déclaration commune, contiennent de graves erreurs et tromperies ».

La déclaration commune israélo-polonaise « soutient effectivement un récit que la recherche a depuis longtemps réfuté, à savoir que le gouvernement polonais en exil et ses armées clandestines se sont sans relâche – en Pologne occupée et ailleurs – battus pour empêcher l’extermination des Juifs de Pologne ».

Netanyahu a par la suite pris acte de cette critique et s’est engagé à la prendre en considération.

« J’ai écouté attentivement les observations des historiens, notamment sur plusieurs points qui n’étaient pas inclus dans la déclaration. Je respecte cela et je vais en tenir compte », a-t-il déclaré le 8 juillet.

Il ne s’est pas exprimé publiquement sur cette question depuis.

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