Les adipocytes sous la peau rendent le mélanome mortel – chercheurs en Israël
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Les adipocytes sous la peau rendent le mélanome mortel – chercheurs en Israël

La découverte pourrait ouvrir la voie à la mise au point de nouveaux traitements pour arrêter la propagation du cancer

Image d'un dermatologue qui vérifie un grain de beauté d'un patient pour détecter des signes d'un mélanome. (AlexRaths; iStock par Getty Images)
Image d'un dermatologue qui vérifie un grain de beauté d'un patient pour détecter des signes d'un mélanome. (AlexRaths; iStock par Getty Images)

Des chercheurs de l’université de Tel Aviv affirment que les adipocytes, tissus graisseux, sous la peau aident les cellules du mélanome à pénétrer l’organisme et à devenir des cellules cancérigènes métastatiques pouvant se propager vers les organes vitaux.

« Nous avons répondu à une question majeure qui préoccupait les scientifiques depuis des années, a déclaré la professeur Carmit Levy du Département de génétique humaine et de biochimie à la faculté de médecine Sackler de l’université de Tel Aviv, qui a dirigé l’étude.

Le mélanome, quand il est présent sur l’épiderme, la couche extérieure de la peau, se soigne bien. Il est alors considéré en stade 1 car il n’a pas pénétré le derme pour se propager à travers les vaisseaux sanguins vers d’autres parties de l’organisme, il peut être retiré sans autres conséquences, a-t-elle expliqué.

Donc, « qu’est-ce qui fait que le mélanome change de forme pour devenir agressif et violent ?’, s’est-elle interrogée. Le mélanome devient fatal quand il se ‘réveille’, envoyant des cellules cancéreuses vers le derme de la peau, sous l’épiderme en faisant des métastases dans des organes vitaux ».

Malgré la prise de conscience du public sur les dangers de l’exposition au soleil, le nombre de patients diagnostiques avec un mélanome, le forme la plus mortelle de cancer de la peau, est grimpé en flèche ces trente dernières années. (DESEO/Getty Images via JTA)

Bloquer la transformation du mélanome est l’une des pistes principales de la recherche sur ce cancer aujourd’hui, a-t-elle dit, « et nous savons maintenant que les adipocytes sont impliquées dans cette transformation ».

La recherche a été conduite avec le Dr Tamar Golan, et également le Département de génétique humaine à l’Université de Tel Aviv, en collaboration avec les pathologistes Dr. Hanan Vaknin du centre médical Wolfson, le Dr Dov Hershkowitz, et le Dr Valentina Semer du centre médial de Tel Aviv.

L’étude a été publiée mardi dans la revue Science Signaling et se trouve en couverture.

Dans l’étude, les chercheurs ont examiné des dizaines d’échantillons de biopsies effectuées sur des mélanomes de patients au centre médical Wolfson et au centre médical Tel Aviv. Ils ont observé un phénomène inattendu : les adipocytes sont généralement organisés sous la forme d’une ruche sous la peau, mais, dans la zone à proximité du mélanome, ces cellules se désorganisent. Cela a éveillé leurs soupçons.

« Nous voulions comprendre ce que ces adipocytes faisaient, et nous avons commencer à mener des recherches », a déclaré Levy.

Le prof. Carmit Levy, gauche, et Dr. Tamar Golan du département de génétique humaine à l’Université de Tel Aviv. (Crédit)

Les chercheurs ont pris des adipocytes et, en laboratoire, les ont placés dans une boîte de Petri à proximité de cellules de mélanome « et ont observé les interactions entre elles ».

Cette expérience a permis de révéler que les adipocytes transféraient des protéines appelées cytokines, qui affectent l’expression du gène, vers les cellules du mélanome.

L’effet principal de ce transfert de cytokines était la réduction de l’expression d’un gène appelé mirRNA211, dont le rôle de limiter le nombre de récepteurs de mélanome, appelé TGF beta, dans la peau.

« Comme un effet de bascule, quand le nombre de gènes miRNA211 descend, le nombre de récepteurs mélanome TGF beta augmente », a déclaré Levy dans un entretien au téléphone.

En réaction, la tumeur parvient maintenant à reconnaître les récepteurs de mélanome TGF beta, et cela stimule les cellules du mélanome « et les rend agressives », a-t-il dit.

« C’est une série d’événements déclenchés par les adipocytes », a-t-elle déclaré.

Les chercheurs ont affirmé qu’ils ont peut-être trouvé un moyen de bloquer l’évolution en cancer agressif.

« Dans le laboratoire, nous avons trouvé que le processus pouvait être inversé, a-t-elle dit. Quand nous retirons les adipocytes, les cellules cancéreuses se calment et arrêtent de migrer ».

Une autre étude, réalisée cette fois sur des souris, a permis d’arriver à des résultats similaires: quand le miRNA211 a été retenu d’agir, des métastases ont été retrouvées dans d’autres organes. Quand le gène s’est à nouveau exprimé, et il a été remis à des niveaux originaux, il a réussi à bloquer la formation de métastases.

Dans la recherche d’un potentiel médicament basé sur leur découverte, les chercheurs ont testé des thérapies qui sont connues pour inhiber les cytokines et le TGF beta, mais qui n’ont jamais été utilisées pour traiter le mélanome.

« Nous parlons de substances qui sont actuellement étudiées comme un possible traitement du cancer du pancréas, et qui sont aussi en essais cliniques pour les cancers de la prostate, du sein, des ovaires et de la vessie, a déclaré Golan. Nous avons vu qu’ils limitent le processus métastatique, et que le mélanome retournait à son niveau de ‘calme’ relatif et dormant ».

« Nos conclusions peuvent servir de base pour la mise au point de nouveaux médicaments afin de bloquer la propagation du mélanome – des thérapies déjà existantes, mais qui n’avaient jamais été utilisées à cet effet, a déclaré Levy. A l’avenir, nous allons chercher à collaborer avec des entreprises du médicament pour améliorer le développement de l’approche de prévention du mélanome métastatique ».

En outre, la découverte d’amas désorganisés d’adipocytes sous la peau pourrait servir comme une sorte de marqueur biologique pour repérer un mélanome potentiellement dangereux, a-t-elle remarqué.

Elle a pourtant souligné qu’il fallait encore étudier pourquoi les cellules deviennent mortelles chez certaines personnes et pas chez d’autres, étant donné que tout le monde en a sous la peau.

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