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95% des assistants parlementaires estiment que leurs patrons ne contrôlent pas de manière appropriée les travaux du Premier ministre, du Cabinet et des ministères

Les assistants à la Knesset : les élus, non préparés, ne peuvent pas surveiller le gouvernement

Alors que la Knesset reprend ses activités, les assistants parlementaires offrent une vision de l'intérieur du travail des législateurs

Raoul Wootliff est le correspondant parlementaire du Times of Israël

Le président de la Knesset Yuli Edelstein à droite parle avec le législateur David Bitan à la Knesset, le 18 janvier 2017 (Crédit : Yonatan Sindel/Flash90)
Le président de la Knesset Yuli Edelstein à droite parle avec le législateur David Bitan à la Knesset, le 18 janvier 2017 (Crédit : Yonatan Sindel/Flash90)

Dans un pays où le journal d’information du soir reste le programme le plus regardé de la télévision, les stars de télé-réalité les plus flamboyantes et les plus grandiloquentes peuvent parfois se trouver à la Knesset, le Parlement israélien.

Mais derrière les scandales politiques et les altercations féroces, la Knesset, qui reprendra lundi ses audiences après une interruption d’un mois, est également le coeur d’un travail législatif et constitutionnel obscur. Et derrière les membres de la Knesset, il faut compter sur un personnel nombreux composé d’assistants parlementaires qui apportent, en coulisses, du soutien à ces talents mis en avant sur les écrans.

Tandis que ces assistants restent habituellement dans l’ombre, passant de l’obscurité à la lumière uniquement en cas d’un mini scandale, un nouveau sondage effectué auprès de ces employés de la Knesset, le premier en son genre, révèle ce qu’ils pensent du travail – bon ou mauvais – de leurs patrons législateurs.

Selon l’enquête menée par le Guttman Center et diffusée dimanche par l’Institut iseraélien de la Démocratie, une majorité écrasante d’assistants parlementaires estiment que les membres de la Knesset échouent dans l’un des rôles clés de l’institution – la mission de surveillance du gouvernement.

Un vote à la Knesset (Crédit : Miriam Alster/Flash 90)
Un vote à la Knesset (Crédit : Miriam Alster/Flash 90)

Un pourcentage stupéfiant de 92 % des assistants interrogés ont déclaré qu’ils pensaient que les parlementaires ne venaient pas correctement préparés aux réunions des commissions du Parlement, l’un des appareils les plus déterminants pour assurer la supervision gouvernementale, et 95 % d’entre eux ont ajouté que la Knesset ne surveille pas suffisamment le travail de l’exécutif, qui comprend le Premier ministre, le cabinet et les ministères du gouvernement.

Malgré cela, environ 65 % des assistants ont indiqué que les législateurs eux-mêmes travaillent en investissant le temps nécessaire pour les réunions qui concernent les affaires parlementaires professionnelles, les activités liées au parti (57%), les devoirs publics liés aux dossiers parlementaires (67%) et les activités liées aux médias (55%).

Tout en ayant l’autorité exclusive pour énoncer des lois en tant que branche législative d’Israël, la Knesset a un certain nombre de rôles qui vont bien au-delà de simplement esquisser et amender les législations. Selon la loi fondamentale : La Knesset, le Parlement est supposé agir en tant « qu’organe de supervision de l’exécutif ». Ces dernières années, toutefois, tandis que le contrôle exercé par la coalition sur les commissions importantes a augmenté et avec un usage plus strict des mesures disciplinaires de la coalition, certains ont affirmé que ce qui relève de la supervision du gouvernement semble avoir presque disparu.

La ministre de la Justice Ayelet Shaked présente sa 'révolution législative' lors de la conférence de l'Institut de la démocratie israélienne et de Makor Rishon à Jérusalem, le 4 avril 2017 (Crédit : Hadas Parush/Flash90)
La ministre de la Justice Ayelet Shaked présente sa ‘révolution législative’ lors de la conférence de l’Institut de la démocratie israélienne et de Makor Rishon à Jérusalem, le 4 avril 2017 (Crédit : Hadas Parush/Flash90)

Au mois de février, la ministre de la Justice Ayelet Shaked (HaBayit HaYehudi) et le ministre du Tourisme Yariv Levin (Likud), aux côtés du président de la Knesset Yuli Edelstein (Likud), ont présenté une proposition pour rationaliser et améliorer le travail de la Knesset.

Dans ce qu’ils ont intitulé « la révolution législative », ils ont cherché à limiter l’utilisation des projets de lois des membres privés – un appareil parlementaire qui a connu une augmentation drastique de son utilisation ces dernières années alors que les législateurs tentent de se faire entendre – en échange d’outils supplémentaires qui aideraient à superviser le travail du gouvernement.

L’Institut israélien de la démocratie a pour sa part soutenu la proposition, affirmant dans un communiqué émis au mois de mars que l’initiative était « un pas dans la bonne direction et essentiel pour la démocratie israélienne ».

Les réponses des assistants de la Knesset dans le sondage démontrent que tandis qu’ils pensent que les législateurs investissent du temps et des efforts dans le travail parlementaire, ils estiment également que ces derniers manquent des instruments nécessaires pour superviser correctement le travail du gouvernement.

Concernant le travail à la Knesset, 57% des sondés expliquent que les législateurs passent plus de 10 heures à travailler sur chaque projet de loi et 67,5% rapportent qu’ils considèrent que les parlementaires tentent au mieux de remplir leurs fonctions.

Ils se montrent malgré tout divisés concernant l’efficacité des outils disponibles.

62% ont indiqué que les discussions des Commissions étaient une bonne méthode pour superviser les ministères gouvernementaux et 60% ont salué les heures de questions à la Knesset, récemment réformées pour permettre aux législateurs de bénéficier de 60 minutes en entier pour passer les ministres sur le grill. Mais seulement 47% ont déclaré que le canal régulier des demandes parlementaires était efficace, et seulement 37% ont estimé que les débats budgétaires offraient une surveillance appropriée du gouvernement.

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu répondant aux questions des députés lors d'une séance plénière à la Knesset, le 25 janvier 2017. (Crédit : Yonatan Sindel/Flash90)
Le Premier ministre Benjamin Netanyahu répondant aux questions des députés lors d’une séance plénière à la Knesset, le 25 janvier 2017. (Crédit : Yonatan Sindel/Flash90)

« L’enquête prouve que le problème n’est pas seulement au niveau personnel, ou ce qui pourrait concerner les obligations d’un législateur ou d’un autre », a commenté dans un communiqué le président de l’Institut israélien de la démocratie Yohanan Plesner. « Tant qu’aucune réforme parlementaire n’est mise en oeuvre – réduisant le nombre de commissions et augmentant le professionnalisme au sein de la Knesset – nous continuerons à être déçus par la qualité de son travail ».

Les chercheurs ont sondé les aides de 40 législateurs ni ministres ou vice-ministres sur 91. Sur les 40 personnes interrogées, 12 travaillent avec des parlementaires issus de la coalition et 28 aux côtés de membres de l’opposition. Tandis que ce chiffre représente un écart de 71 % en faveur des législateurs issus de l’opposition, les questions de l’enquête se sont concentrées sur les législateurs avec lesquels travaille chaque assistant et sur le rôle de la Knesset. Elle n’a pas sollicité des opinions sur les actions du gouvernement ou de la coalition.

Concernant le statut de célébrité des parlementaires et d’une Knesset aux allures de « Big Brother », telle qu’elle est décrite dans les émissions d’information du soir, les assistants, qui passent beaucoup de temps à travailler depuis les Chambres parlementaires ou à envoyer des notes en marge des séances plénières, sont d’accord : A 97%, soit à la quasi-unanimité, ils affirment que les législateurs sont dépeints par les médias de manière malhonnête et trop axée sur les rumeurs.

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