Les attentes des victimes et de leurs proches au premier jour du procès Merah
Rechercher

Les attentes des victimes et de leurs proches au premier jour du procès Merah

Parler publiquement pour enfin 'faire le deuil', éclairer des zones d'ombres, voir des complices condamnés, chacune des parties civiles aborde le procès Merah et Malki à sa manière et selon sa douleur

Les portraits des sept victimes de Mohamed Merah pendant une cérémonie de commémoration organisée par le CRIF à Toulouse, le 19 mars 2014. (Crédit : Rémy Gabalda/AFP)
Les portraits des sept victimes de Mohamed Merah pendant une cérémonie de commémoration organisée par le CRIF à Toulouse, le 19 mars 2014. (Crédit : Rémy Gabalda/AFP)

Bien sûr, lui, n’est pas là. « Lui » dont certaines victimes refusent encore de prononcer le nom, par « dégoût » pour ce « lâche » comme certains le qualifient aujourd’hui. Le procès qui s’ouvre lundi devant une Cour d’assises spéciales de Paris est celui de son frère, Abdelkader Merah, accusé de l’avoir aidé matériellement et d’avoir participé à son endoctrinement, et d’une petite main, Fettah Malki, qui a avoué avoir fourni le pistolet mitrailleur Uzi, des munitions et le gilet pare-balles dont s’est servi « le tueur au scooter ».

Mohammed Merah a été abattu par la police après une cavale qui a tenu la France en haleine du 11 au 22 mars 2012. Il avait auparavant assassiné 7 personnes, et blessé plusieurs autres.

Aujourd’hui les proches des victimes, et des victimes elles-mêmes attendent ce procès, non seulement comme celui d’Abdelkader Merah et Fettah Malki mais aussi comme le premier procès des attentats de Toulouse, dont des zones d’ombres doivent encore être éclaircies.

Le caporal-chef Loïc Liber, grièvement blessé le 15 mars 2012, lors d’un guet-apen tendu par Merah à Montauban qui a coûté la vie à ses camarades Abel Chennouf et Mohamed Legouad, s’est confié au Parisien. Aujourd’hui tétraplégique, il se souvient du « lâche » qui les a attaqué « de dos » et qui a gâché sa vie et pris ses deux « frères d’armes ».

A travers ce procès, Loïc Liber a désormais « envie de comprendre quel a été [le] rôle [d’Abdelkader Merah], comment il a pu inciter et encourager son frère à agir. Je parlerai aussi au nom de tous ceux qui ne sont plus là ».

Comme Samuel Sandler, il ne veut pas prononcer le nom de ce « type dégueulasse » mais aurait « aimé le regarder en face ».

Au micro de RMC, Samuel Sandler, avoue ne rien attendre de ce procès qui ne lui rendra pas son fils Jonathan et ses petit-fils Gabriel et Arieh, assassinés par Mohammed Merah dans la cour de l’école Ozar Hatorah le 19 mars. Ni leur petite cousine Myriam Monsonego. Il ne prononcera pas le nom du « tueur au scooter » pour ne pas lui accorder la « moindre étincelle d’humanité, » dit-il. Et le sort de son frère Abdelkader à l’issue du procès ? « Qu’il pourrisse au fond d’un trou comme n’importe quel déchet ». Sans appel. La colère du père et du grand-père n’a pas refroidi 5 ans après la tuerie.

Latifa Ibn Ziaten, mère du militaire Imad Ibn Ziaten assassiné le 11 mars, espère au contraire « s’adresser » à Abdelkader Merah » pour « qu’il l’a regarde « dans les yeux » : « Je voudrais m’adresser à lui, le regarder en face, qu’il voit la souffrance qu’il nous a causée, en étant complice de son frère. La souffrance que l’on vit tous les jours d’avoir perdu notre enfant, un jeune de 30 ans, qui avait plein d’espoir. S’il a un cœur, s’il est humain, je voudrais voir comment il réagira en ayant cette mère en face de lui. Parce que moi je n’ai pas peur de lui. Je voudrais le voir en face, et le regarder vraiment dans les yeux, c’est très important ».

Radia Legouad, sœur du caporal Mohammed Legouad abattu par Merah le 15 mars 2012, s’exprime pour la première fois depuis la tuerie. Elle le fait au nom de sa famille.

Elle attend bien sûr du procès qu’il éclaircisse quelques zones d’ombres, mais surtout qu’il soit une tribune pour « parler de l’homme qu’était [son] frère, » explique-t-elle à Franceinfotv.

Elle n’a, dit-elle, « rien à dire aux accusés » et espère que ce procès permettra aux siens de « pouvoir enfin faire le deuil ». « On s’est dit qu’au procès il fallait qu’on parle de lui une dernière fois ».

Aaron Bryan Bijaoui, rescapé de l’attaque de Ozar Hatorah qui avait alors 15 ans, s’est porté partie civile mais ne souhaite pas assister au procès a expliqué son conseiller Me Olivier Sroussi qui considère que ces 5 semaines de procès sont importantes « pour l’histoire car c’est l’acte I de ce que va vivre la France, l’Europe, et le monde par la suite ».

En savoir plus sur :
C’est vous qui le dites...