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Les avocats de Netanyahu soumettent des centaines de page de « nouvelles preuves »

Un porte-parole du Premier ministre a déclaré que les nouvelles informations "contredisent" les accusations mais les procureurs n'auraient pas été surpris

L'avocat du Premier ministre Benjamin Netanyahu Ram Caspi arrive au siège du ministère de la Justice à Jérusalem, le 2 octobre 2019. (Crédit : Menahem Kahana/AFP)
L'avocat du Premier ministre Benjamin Netanyahu Ram Caspi arrive au siège du ministère de la Justice à Jérusalem, le 2 octobre 2019. (Crédit : Menahem Kahana/AFP)

Ce mercredi, la première session de l’audience préliminaire à une éventuelle mise en examen du Premier ministre Benjamin Netanyahu s’est terminée à 21h30, durant ainsi plus de 11 heures.

Un porte-parole du Premier ministre a déclaré mercredi soir que l’équipe de défense avait soumis aux procureurs de nouveaux arguments et de nouvelles preuves dans ces affaires qui, estiment-ils, « contredisent complètement les allégations de l’acte d’accusation ».

Cependant, des responsables du ministère public ont déclaré à la Douzième chaîne qu’ils n’ont pas été surpris par les preuves et les arguments présentés par la défense, et qu’ils avaient connaissance de la plupart des éléments.

La session de mercredi a porté sur l’affaire 4000 – ou affaire Bezeq. Considérée comme la plus grave, Netanyahu doit répondre, dans ce dossier, sur des présomptions l’accusant d’avoir tenté d’accorder des avantages en termes de régulation au dirigeant de Bezeq Shaul Elovitch en échange d’une couverture médiatique favorable sur le site d’information Walla, que contrôle Bezeq.

Selon la Douzième chaîne, la défense avait préparé un document d’une centaine de pages, basé sur des recherches menées par Avi Weiss, ancien membre de la police qui dirige actuellement un site sur les télécommunications.

Les avocats de Netanyahu n’avaient soumis au procureur général qu’une seule page d’arguments en amont des audiences plutôt qu’un dossier fourni.

L’avocat de Benjamin Netanyahu Yossi Ashkenazi arrive au siège du ministère de la Justice à Jérusalem, le 2 octobre 2019. (Crédit : Noam Revkin Fenton/Flash90)

Le document soumis mercredi comprendrait des transcriptions de déclarations de plusieurs responsables de l’industrie des communications ou d’individus liés à l’affaire contre le Premier ministre. Son équipe de défense assure que Netanyahu a agi conformément aux opinions professionnelles qui lui ont été données.

La Douzième chaîne a souligné que l’équipe d’avocats de Netanyahu avait tenté de démontrer que Netanyahu et Elovitch avaient agi indépendamment l’un de l’autre et n’avaient en aucune manière coordonné leurs actions.

La Treizième chaîne a rapporté que les avocats ont affirmé que Netanyahu n’avait pas demandé à Walla de lui apporter une couverture médiatique favorable et qu’il n’avait pas connaissance de ce type de couverture.

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu s’exprime lors d’une conférence de presse à la Résidence du Président à Jérusalem après avoir été chargé par le Président Reuven Rivlin (hors cadre) de former un nouveau gouvernement, le 25 septembre 2019. (Menahem Kahana/AFP)

Semblant toutefois contredire cette affirmation, ils ont également cité la déposition d’un témoin non identifié dans cette affaire, qui a déclaré que le Premier ministre avait présenté des demandes de couverture, mais que 90 % d’entre elles n’avaient pas été mises en œuvre. Les avocats auraient fait valoir que cela prouvait qu’il n’y avait aucun échange de bons procédés entre Netanyahu et Elovitch.

Les avocats de Netanyahu ont également dit qu’ils ignoraient que Sara et Yair avaient soumis des requêtes de couverture positive auprès de Walla, comme le montrent les preuves avancées par l’accusation, selon la chaîne.

Netanyahu est notamment accusé d’avoir limogé, en 2015, le directeur général du ministère des communications Avi Berger, au profit de son allié Shlomo Filber (devenu témoin de l’accusation dans cette affaire) parce que Berger s’opposait à la fusion de Bezeq et de la firme de télécommunications Yes, que souhaitait Elovitch.

À LIRE : Comment la présumée affaire de Bezeq et Netanyahu a bloqué l’Internet israélien

Shaul Elovitch lors de la prolongation de sa détention provisoire dans l’affaire 4000 au tribunal de Tel Aviv, le 22 février 2018. (Flash90)

Selon la Treizième chaîne, l’une des preuves avancées par la défense était supposée montrer que Berger n’était en réalité aucunement opposé à la fusion.

L’équipe de défense a également remis en question le fait que le système judiciaire arbitre les liens entre le Premier ministre et les médias, soulignant qu’il a maintenu des contacts avec de nombreux éditeurs, et affirmant que l’accusation de délit dans cette affaire établirait un précédent injuste sur la relation entre les politiciens et les médias, et ce avec une rétroactivité de 5 ans.

La Treizième chaîne a fait savoir que les débats ont été courtois et professionnels.

L’un des principaux avocats de l’équipe de Netanyahu, Ram Caspi, qui a rejoint l’équipe il y a quelques semaines, a souligné l’importance d’avoir confiance dans le système judiciaire et ses responsables.

Netanyahu a répété à maintes reprises être victime d’une chasse aux sorcières, remis en cause le processus décisionnel du système judiciaire et accusé le procureur d’Etat Shai Nitzan et la procureure chargée du dossier Liat Ben-Ari, d’adopter une position dure à son égard.

Le procureur d’Etat Shai Nitzan arrive au siège du ministère de la Justice à Jérusalem, le 2 octobre 2019. (Crédit : Noam Revkin Fenton/Flash90)

Mais Caspi a déclaré mercredi matin durant un point presse qu’il avait « une confiance totale et sans réserve dans le système judiciaire et l’application de la loi, et particulièrement en M. Shai Nitzan, procureur d’Etat, et en Mme Liat Ben-Ari, adjointe au procureur ».

Selon un reportage de la Douzième chaîne, cette déclaration a été assez mal reçue par l’entourage du Premier ministre.

La Douzième chaîne a également rapporté que la défense avait l’intention de demander que les débats sur l’affaire 4000 soient prolongés d’un jour supplémentaire, en plus de la prolongation déjà accordée par le procureur général.

Le procureur général Avichai Mandelblit a accepté dimanche d’étendre les audiences préliminaires à une mise en examen sur deux semaines plutôt que sur deux jours.

Les audiences pour les affaires 1000 et 2000 se tiendront les dimanche et lundi suivants et la procédure s’achèvera mardi.

Si les audiences sont encore prolongées, elles auront lieu après Yom Kippour.

Le procureur-général Avichai Mandelblit arrive au siège du ministère de la Justice, le 2 octobre 2019. (Crédit : Noam Rivkin Fenton/Flash90)

Netanyahu n’a pas accompagné ses avocats à l’audience organisée au ministère de la Justice de Jérusalem et on ignore s’il assistera aux débats des prochains jours.

C’est une équipe de dix personnes qui assure la défense du Premier ministre. Ces avocats seront confrontés à 20 magistrats, avec à leur tête le procureur général Avichai Mandelblit, le procureur d’Etat Shai Nitzan et Liat Ben-Ari, principal procureur dans les trois dossiers criminels impliquant Netanyahu.

Des membres de l’accusation ont confié mardi à la Douzième chaîne qu’ils espéraient prendre une décision finale sur une éventuelle mise en examen du Premier ministre d’ici la fin de l’année civile.

Le procureur général Avichai Mandelblit avait annoncé en février son intention de mettre en examen Netanyahu pour corruption, fraude et abus de confiance dans trois affaires de dons reçus de la part de milliardaires en échange de bons procédés et de tentatives de collusion avec les médias.

Netanyahu rejette toutes les allégations retenues contre lui, et en impute la responsabilité à ses opposants, qui, dit-il, veulent l’évincer du pouvoir. Avec plus de 13 ans passés à la tête du gouvernement israélien, il est le Premier ministre le plus pérenne de l’histoire de l’État.

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