Les clients israéliens des supermarchés veulent des produits locaux étiquetés
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Les clients israéliens des supermarchés veulent des produits locaux étiquetés

Dans le cadre d'un projet pilote, fruits, légumes, poisson et viande sont étiquetés "agriculture israélienne" avec des images de pionniers qui travaillent dur sur la terre sioniste

Des produits israéliens marqués comme tels dans la chaîne de supermarchés Shufersal, le 2 décembre 2020. (Shoshanna Solomon/Times of Israel)
Des produits israéliens marqués comme tels dans la chaîne de supermarchés Shufersal, le 2 décembre 2020. (Shoshanna Solomon/Times of Israel)

La succursale de Bnei Brak de la chaîne de supermarchés Shufersal était assez calme mercredi matin, alors que quelques acheteurs masqués se frayaient un chemin dans les allées avec leurs chariots.

Mais dans les rayons des fruits et légumes, il y avait quelque chose de tout à fait nouveau. Certains produits portaient les mots « agriculture israélienne » en hébreu et des images d’un véhicule agricole et d’un « chapeau tembel » du type de ceux que portaient les pionniers sionistes ornés de l’étoile de David – tout cela, apparemment, pour susciter la fierté des consommateurs en rappelant la réalisation du rêve sioniste de cultiver la terre.

« Nous avons demandé aux enseignes de signaler les produits fabriqués en Israël », a déclaré Nachum Izkovitch, le directeur général du ministère de l’Agriculture, qui a lancé un projet pilote avec trois chaînes de supermarchés – Shufersal Ltd, Victory Supermarket Chain Ltd et Hetzi Hinam.

Cette initiative vise à renforcer « la transparence et l’ouverture », a-t-il déclaré. « Les consommateurs ont le droit de savoir si les produits qu’ils achètent proviennent de Turquie, des États-Unis ou d’Argentine ».

Les produits concernés sont notamment les légumes et les fruits, le poisson et la viande, ce qui constitue un premier pas vers une législation que le ministère espère adopter le plus rapidement possible et qui obligerait tous les supermarchés à indiquer le pays d’origine de leurs produits, a déclaré M. Izkovitch.

Nachum Izkovitch, directeur général du ministère de l’Agriculture. (Shlomi Amsalem)

En octobre, le ministère a demandé aux chaînes de supermarchés de se joindre au programme pilote de marquage des produits, et en novembre, il a publié une enquête auprès des consommateurs qui a montré que la plupart des Israéliens souhaitent connaître la provenance des produits. Des recherches antérieures ont montré que les Israéliens préfèrent acheter des « produits bleu et blanc », c’est-à-dire des produits fabriqués en Israël, a déclaré le ministère, et sont prêts à payer un peu plus cher pour cela.

À la succursale de Shufersal, Dror, 47 ans, qui sélectionnait soigneusement des pommes vertes, a déclaré qu’il était important pour lui de connaître le pays d’origine des produits frais qu’il achète.

« Cela dépend bien sûr du prix », a-t-il déclaré, après que cette journaliste lui a demandé s’il avait remarqué les indications sur le produit (il ne l’avait pas vu). « Mais il est important de faire savoir ce qui est israélien », a-t-il dit. « Parce que c’est ce que je préfère ».

De même, une femme de 76 ans qui a poliment refusé de donner son nom a déclaré qu’il est important d’acheter des produits israéliens car « une nation sans agriculteurs et sans agriculture n’est pas une nation ».

Elle achèterait de toute façon des fruits importés, dit-elle, en fonction de la qualité et du prix. « Regardez ces tomates d’Israël », a-t-elle dit, en montrant les fruits ronds, durs et brillants exposés, qui côtoyaient des tomates plus petites étiquetées « importées » et d’autres étiquetées « importées de Turquie ».

« Elles sont tellement plus belles. Les autres ressemblent à de la chiffe molle. »

Soit dit en passant, le prix de toutes les tomates était le même : 3,90 NIS le kilo.

Des tomates israéliennes, (à gauche), disposées à côté de tomates importées dans la chaîne Shufersal, le 2 décembre 2020. (Shoshanna Solomon/Times of Israel)

« Vous me demandez pourquoi je préfère acheter des produits israéliens », a demandé une femme de 60 ans avec des mèches rousses, à la chemise à carreaux, au jean et aux bottes rouge-brun, les sourcils levés par incrédulité à la question. « C’est bon pour l’économie », dit-elle. « Je serais prête à payer plus cher pour les produits israéliens, jusqu’à 10 % de plus ».

Il est important de soutenir l’industrie agricole locale pour assurer la continuité de l’approvisionnement alimentaire, a déclaré M. Izkovitch, du ministère.

« Nous croyons en l’agriculture israélienne », a-t-il déclaré. « Nous croyons au terme de sécurité alimentaire, et la sécurité alimentaire signifie qu’en Israël, la plupart des produits que nous mangeons proviennent d’Israël.

« On peut dire que c’est du patriotisme, mais c’est aussi une considération pratique », a-t-il soutenu, de sorte que même en cas « d’urgence climatique, sécuritaire ou politique, les citoyens d’Israël auront à manger ».

Israël a acheminé par avion un approvisionnement d’urgence de millions d’œufs en avril, au milieu de la pandémie de coronavirus, alors que les consommateurs vidaient les rayons avant la fête de Pessah.

En outre, a ajouté M. Izkovitch, les produits israéliens ont des normes de qualité plus élevées que de nombreux produits similaires cultivés à l’étranger.

A la fin du mois dernier, le ministère a publié une étude montrant que les niveaux de pesticides sur les produits frais israéliens étaient inférieurs à ceux des produits cultivés selon les normes internationales et européennes.

L’enquête a été réalisée sur une variété de fruits et légumes importés en Israël, notamment des concombres, des tomates, des oignons, des poires et des pommes provenant de Turquie, d’Italie, d’Argentine, des États-Unis, des Pays-Bas, de Chine, de Grèce et de Jordanie, entre autres. Dix-sept pour cent des produits testés ne répondaient pas aux normes israéliennes, tandis que seulement 5 % de ces mêmes produits ne répondaient pas aux normes européennes et seulement 1 % ne répondaient pas à la norme internationale, le Codex, pour les importations, selon la déclaration.

Pommes israéliennes présentées dans la chaîne Shufersal, le 2 décembre 2020. (Shoshanna Solomon/Times of Israel)

Israël importe des produits agricoles dans le cadre d’accords commerciaux qu’il a signés avec des pays ; grâce à eux, il a accès à des denrées alimentaires – comme de la viande fraîche – dont il ne disposerait pas en quantité suffisante autrement.

« Nous n’avons pas de prairies comme en Europe ou en Argentine, donc nous ne sommes pas contre le [principe] d’importer du bœuf casher », a-t-il déclaré. « Nous ne sommes pas idéologiquement contre les importations. Quand il y a une pénurie, nous les autorisons ».

Malgré tout, 95 % des produits consommés en Israël sont cultivés localement.

Les citoyens israéliens sont descendus dans la rue en 2011 pour protester contre le coût élevé de la vie, incitant les ministères à prendre des mesures pour augmenter l’importation de produits afin de faire baisser les prix. Malgré cela, les importations ne se sont pas nécessairement traduites par une baisse des prix, a déclaré M. Izkovitch.

« Il n’y a pas de véritable marché libre en Israël », a-t-il déclaré. « Nous sommes un petit pays » et les chaînes de supermarchés – qui importent et achètent des produits locaux – « dictent tout ». Elles décident de ce qu’elles vont payer aux agriculteurs – généralement un prix beaucoup plus bas que celui qu’elles font payer au consommateur final, a-t-il expliqué.

« Il n’y a pas de marché de gros en Israël. Tout est concentré chez quatre grands acheteurs. Soixante pour cent de ce qui est acheté par les consommateurs israéliens en fruits et légumes se trouvent dans les chaînes », a-t-il déclaré.

Un marché libre est nécessaire, a-t-il dit. « Nous y travaillons. »

Pommes israéliennes présentées dans la chaîne Shufersal, le 2 décembre 2020. (Shoshanna Solomon/Times of Israel)

Une porte-parole de Shufersal a déclaré que le programme pilote est mis en œuvre dans un certain nombre de succursales, et pourrait être étendu à d’autres à l’avenir.

Rami Levy, le PDG et fondateur de Rami Levy Hashikma Marketing 2006, une chaîne de supermarchés à bas prix, a déclaré au Times of Israel que sa chaîne ne faisait pas partie du programme pilote de marquage des produits.

« Je ne pense pas qu’il soit nécessaire de montrer d’où viennent les produits », a-t-il déclaré. « Il n’y a pas de demande de la part des consommateurs et il n’y a pas d’obligation légale ».

Il a poursuivi : « Je préfère toujours les produits israéliens aux importations, mais cela dépend du prix, de la qualité et s’il y a une pénurie ou non, localement ».

Quatre-vingt-dix-sept pour cent des produits agricoles vendus dans ses magasins proviennent d’Israël et seulement 3 % sont importés, a-t-il ajouté.

« S’il y a suffisamment de produits locaux, il n’y a aucune raison pour que j’en importe. Tout dépend de la disponibilité, du prix et de la qualité du produit. Nous importons quand il n’y a pas de marchandises ».

Il a ajouté que sa chaîne concluait un partenariat avec les producteurs de tomates pour assurer un approvisionnement continu de ses supermarchés.

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