Les dirigeants du Fatah veulent que le sang israélien coule
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Les dirigeants du Fatah veulent que le sang israélien coule

Jibril Rajoub fait l’éloge des attaques « héroïques » des loups solitaires tandis que Tawfik Tirawi les considère comme l’expression d’un sentiment public que personne ne peut arrêter

Elhanan Miller est notre journaliste spécialiste des affaires arabes

Jibril Rajoub, responsable du Fatah, à Ramallah le 12 février 2014. (Crédit : Nati Shohat/Flash90)
Jibril Rajoub, responsable du Fatah, à Ramallah le 12 février 2014. (Crédit : Nati Shohat/Flash90)

Alors que le président de l’Autorité palestinienne Mahmoud Abbas appelle à une « résistance pacifique » en Israël et a – du moins en public – envisagé l’idée d’un retour à la table des négociations alors qu’une vague de terreur palestinienne fait rage, les hauts responsales du Fatah, le mouvement qu’il dirige, font ouvertement l’éloge des attaques perpétrées par les loups solitaires, affirmant que l’ère du dialogue avec Israël est terminée.

Au cours d’une interview à la télévision palestinienne samedi, Jibril Rajoub, ancien chef de la puissante Force de Sécurité préventive en Cisjordanie et actuellement Secrétaire général adjoint du Comité central du Fatah, a loué les attaques individuelles menées contre les Israéliens, les qualifiant d’actes de noble abnégation.

« Il s’agit clairement d’attaques individuelles mais elles sont héroïques et caractérisées par le contrôle de soi et par un système de valeur », a déclaré Rajoub, citant « La volonté du martyre » postée sur Facebook par le terroriste de Jabek Mukaber Bahaa Allyan qui a tué deux Israéliens et en a blessé d’autres lors d’une attaque dans un bus de Jérusalem la semaine dernière.

Dans ce post, Allyan demandait qu’aucune faction palestinienne ne revendique la responsabilité de son acte.

« Ce post devrait devenir un document que l’on étudiera à l’école pour enseigner le sens du martyre et du patriotisme au lieu du factionnalisme », a déclaré Rajoub lors de son interview.

Pour Abbas, la vague de violence qui sévit actuellement présente un dilemme. D’un côté, il est convaincu que ces attaques armées contre des Israéliens s’avèrent contre-productives dans l’avancée du programme palestinien sur la scène internationale.

Mais d’un autre côté, il est enjoint à approuver (ou à ignorer tout du moins) de telles actions par un peuple militant et un parti qui n’a jamais renoncé aux valeurs « révolutionnaires » du Fatah.

Certains analystes de l’établissement de sécurité israélien considèrent que la rhétorique belliqueuse des dirigeants du Fatah n’est qu’une course à la succession d’Abbas qui, à 81 ans, s’apprête à quitter la scène. Bien qu’il n’ait pas encore désigné son successeur, le dirigeant palestinien a indiqué à plusieurs occasions sa volonté de céder sa place dans un futur proche.

Rajoub, qui est également à la tête de l’association palestinienne de football, voit la force des récentes attaques palestiniennes dans leur capacité, non seulement à intimider les Israéliens, mais aussi à galvaniser le support international autour de la cause de l’indépendance palestinienne.

« Quand on voit un soldat qui tente d’échapper à un homme qui le poursuit, couteau à la main, ou même sans rien à la main… il est clair que ce soldat raciste ne se sent plus en sécurité. Nous devons atteindre ce niveau de compréhension et le traduire en une stratégie nationale avec des objectifs clairs ».

Selon le dirigeant du Fatah, le conflit entre le peuple palestinien et « l’occupation » a atteint un niveau de « non coexistence ».

Rajoub, le plus proche confident de Yasser Arafat en Cisjordanie, a déclaré que, malgré quelques désagréments politiques, le Fatah devrait pouvoir facilement se mettre d’accord sur un « programme politique de combat » avec d’autres groupes terroristes palestiniens, notamment le Hamas et le Jihad islamique.

« Nous autres, le Fatah, avons été les premiers à lancer une révolution et à utiliser une résistance armée », a-t-il dit en signe de défi aux autres factions qui, contrairement à la sienne, continuent à encourager de manière ambiguë les attaques armées contre les Israéliens. « Depuis le premier jour, nous proposons deux principes : la résistance et l’indépendance. Nous obtiendrons notre indépendance et notre identité grâce à la résistance ».

Pendant ce temps, un autre ancien chef de la sécurité et ancien directeur des Renseignements généraux en Cisjordanie, Tawfik Tirawi, a qualifié l’actuelle « intifada » de mouvement populaire spontané qu’aucun dirigeant ne peut arrêter.

« Ce mouvement populaire n’a eu besoin d’aucune décision pour se déchaîner et personne ne peut l’arrêter, avec ou sans décision », a affirmé le membre du Comité central du Fatah Tirawi à Al-Alam, une chaîne télévisée d’actualités iranienne en arabe.

La révolte, a-t-il expliqué, est le résultat naturel du sentiment de solitude ressenti par les Palestiniens étant donné « les actions israéliennes, le parti pris américain, la faiblesse européenne et la division arabe ».

« Le Palestinien se retrouve seul, assiégé, frustré, oppressé, dépossédé de son pays qui lui a été confisqué. Par conséquent, il se trouve en conflit direct contre l’occupation. La confrontation avec l’occupation n’a pas de date de fin et n’est pas limitée à telle ou telle faction », a indiqué Tirawi.

Au cours de l’interview de Rajoub, le journaliste a mis celui-ci au défi à propos des perspectives de perpétrer à nouveau des attentats suicides à la bombe en Israël. Rajoub a expliqué clairement qu’il s’opposait à ce genre d’attaques pour des raisons de relations publiques mais pas éthiques.

« La communauté internationale n’accepte pas que des bus explosent à Tel Aviv », a-t-il affirmé.

« Mais quand le résident d’une implantation ou un soldat sont poignardés alors qu’ils sont dans un territoire occupé, personne ne pose de question. Nous devons continuer de lutter de manière à ce que la communauté internationale reste toujours de notre côté ».

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