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Les églises évangéliques se tournent vers une association juive US pour les aider

Depuis près de dix ans, Resetting the Table apprend aux groupes juifs à partager des points de vue divergents sur Israël

Un diner de Resetting the Table organisée au Harlem JCC, à New York, le 4 mars 2019. (Crédit : Gili Getz via JTA)
Un diner de Resetting the Table organisée au Harlem JCC, à New York, le 4 mars 2019. (Crédit : Gili Getz via JTA)

JTA – Jeff Nitz, travailleur social et responsable laïc de son église, se considère comme une oreille avertie.

Mais à partir de 2020, sa congrégation – Mosaic Church dans le centre chrétien évangélique de Lynchburg, en Virginie – a commencé à être déchirée par des luttes féroces sous l’ère COVID sur les questions du port du masque, de la distanciation et des vaccinations.

Habitué à combler les fossés entre ses paroissiens, Nitz ne savait plus où donner de la tête.

« J’ai l’habitude d’écouter activement, mais il y a eu des moments où j’ai eu l’impression que je préférais éviter telle ou telle personne, plutôt que d’avoir une conversation plus profonde », a-t-il déclaré.

Pour l’aider, Nitz s’est tourné vers une organisation juive à but non lucratif, Resetting the Table, qui a passé près de dix ans à enseigner aux groupes juifs à avoir des conversations plus productives et plus significatives sur Israël. Le groupe propose une version modifiée de son programme aux églises et à d’autres groupes confrontés à la polarisation. L’année dernière, l’église de Nitz a donc organisé deux sessions animées par des membres de Resetting the Table, axées sur la manière de parler du COVID.

Les paroissiens « contre » ont présenté leurs arguments à chaque question, puis l’autre partie a répété les arguments qu’elle avait entendus. À la fin, Nitz a déclaré qu’il avait appris à mieux comprendre ses fidèles – et il pensait qu’ils avaient, eux aussi, appris à mieux le comprendre. « Il a profondément entendu mon cœur », se souvient-il au sujet d’un fidèle anti-vax qui lui avait fait part de ses propres idées.

C’est un progrès que Resetting the Table pense pouvoir aider à réaliser dans les églises. Fondé en 2014 pour répondre à la crainte que les disputes des Juifs américains sur Israël ne déchirent leurs communautés, le groupe a étendu son travail au-delà des communautés juives il y a plusieurs années, élargissant encore son champ d’action à l’époque de la pandémie.

« Nous avons vu les États-Unis s’enfoncer dans leur propre conflit insoluble », a déclaré la rabbin Melissa Weintraub, co-fondatrice de Resetting the Table.

Un partisan de l’ancien président américain Donald Trump tentant de passer devant des manifestants à l’extérieur de la réunion de Moms for Liberty, à Philadelphie, le 30 juin 2023. (Crédit : AP Photo/Nathan Howard)

L’année dernière, Resetting the Table a travaillé avec plus d’une douzaine de groupes chrétiens représentant des dizaines de milliers d’églises et plusieurs millions de membres d’églises affiliées aux traditions protestantes, catholiques, évangéliques, afro-américaines, pentecôtistes et orthodoxes. Au cours de l’année à venir, seule la moitié du travail de l’organisation se fera avec des groupes juifs. L’autre moitié sera consacrée à des lieux de culte non juifs, à des entreprises de l’industrie du spectacle et à d’autres organisations – un travail que la Hearthland Foundation de Steven Spielberg et Kate Capshaw a commencé à financer l’année dernière.

D’après les sondages, l’expansion répond à une préoccupation importante. Selon une étude réalisée l’année dernière, 28 % des adultes américains ont cité la polarisation politique ou l’extrémisme comme l’un des principaux problèmes auxquels le pays est confronté.

« Il y a peut-être plus d’inquiétude et d’anxiété à ce stade dans les communautés chrétiennes », a déclaré Weintraub. « Mais il y a aussi un soulagement et une satisfaction comparables lorsque les gens réussissent à faire ce travail et qu’ils voient que cela rapproche leurs communautés les unes des autres. »

Les sujets les plus susceptibles d’être abordés dans des groupes non juifs sont le statut des personnes LGBTQ et des femmes dans l’Église, les restrictions du COVID et les élections de 2020. Au printemps dernier, une série de sessions destinées aux leaders évangéliques, dont des professeurs de l’université Liberty de Lynchburg, a couvert une liste de sujets politiques brûlants, tels que le rôle du gouvernement, les armes à feu, la liberté d’expression, le vote, la peine de mort, la police, la race et l’avortement.

Les sessions du groupe, qu’elles soient en présentiel ou à distance, commencent en grands groupes. L’animateur – ou modérateur – principal précise que le but de l’exercice n’est pas de changer d’avis, mais de permettre aux conversations d’avoir lieu, qu’elles fassent ou non évoluer l’opinion des participants.

« Certaines personnes pourraient vouloir avoir cette conversation dans l’intérêt d’une relation, n’est-ce pas ? », a déclaré l’année dernière lors d’une session pour Or Hadash, une congrégation de la région d’Atlanta, la modératrice Michele Freed. « Vous vous souciez vraiment d’une personne et vous ne pouvez plus parler de l’éléphant dans la pièce. »

Capture d’écran d’une session Zoom d’une cohorte d’animateurs multiconfessionnels pour les responsables religieux du Sud en présence de Michele Freed en haut à gauche, et la rabbin Melissa Weintraub, deuxième en partant du haut à gauche, le 5 novembre 2021. (Crédit : Resetting the Table via JTA)

Les participants se réunissent en petits groupes et se soumettent à l’échange déjà vécu par Nitz : écouter quelqu’un qui a une opinion différente ou opposée, la résumer, puis écouter les commentaires sur ce résumé. Une fois que l’orateur estime que l’auditeur a pleinement résumé son point de vue, Freed déclare qu’il a « atteint son but ».

Le groupe propose également une autre activité en petites sessions, appelée « cartes de vie » : les participants dressent une liste des moments de leur vie qui ont façonné leur vision des choses, puis répondent aux questions des autres. Puis il est demandé aux participants de « réfléchir à certaines expériences, interactions, conversations, moments d’épiphanie – les choses qu’ils ont vues ou entendues qui ont eu un impact sur leur moralité ou leur politique ».

Selon Weintraub, le monde juif, « polarisé comme il l’est », est plus disposé à avoir ces conversations difficiles – une disposition qu’elle attribue à « la profonde tradition d’argumentation… inscrite dans chaque page du texte juif ».

« Les rabbins faisaient la queue devant la porte, tandis que les baptistes du Sud et les dirigeants évangéliques se demandaient comment nous savions que cela n’allait pas déchirer leur communauté », avait-elle déclaré lors du recrutement pour l’un des groupes multiconfessionnels l’année dernière.

« Je pense que le monde juif reconnaît désormais que ce travail est possible et souhaitable et qu’il permet d’obtenir de bons résultats d’une manière différente. »

Certains leaders évangéliques disent qu’ils sont en train de comprendre la valeur des conversations épineuses. Chelsea Andrews, qui a participé aux sessions de printemps pour les leaders évangéliques, a déclaré que c’était la première fois depuis des années qu’elle sentait qu’elle pouvait engager un dialogue en dehors de son milieu de chrétiens évangéliques sans être jugée pour ses valeurs conservatrices.

« Je pense que le sentiment d’appartenance est très difficile pour les Républicains évangéliques, comme moi, qui sont aussi profondément engagés dans la construction de la paix et le travail de réconciliation », a déclaré Andrews dans un témoignage que Weintraub a transmis à la JTA. Les sessions « Resetting the Table » ont été, selon elle, « la première fois depuis de nombreuses années [qu’elle a eut] le sentiment que ce [qu’elle avait] à apporter à la table était le bienvenu ».

« Je ne me sens pas jugée et je n’ai pas l’impression d’être une erreur que quelqu’un doit corriger. »

Illustration : Un militant anti-vax tenant une pancarte lors d’un rassemblement devant la salle du conseil municipal de Phoenix, le 7 décembre 2021. (Crédit : AP Photo/Ross D. Franklin/Dossier)

Les groupes chrétiens abordent également le dialogue différemment une fois qu’ils ont participé à des sessions, a déclaré Eyal Rabinovitch, le mari de Weintraub et co-fondateur de Resetting the Table, qui a été le principal animateur des sessions de 2022 à Mosaic Church, qui se sont déroulées via Zoom. Il a cité l’adage « deux Juifs, trois opinions » et a déclaré que les Juifs arrivaient aux sessions avec leurs points de vue prêts à l’emploi.

En revanche, il a constaté que les chrétiens évangéliques ont une « norme culturelle de gentillesse ». Mais il estime que cette culture empêche l’expression des divisions et qu’en conséquence, « les églises comme Mosaic se désagrègent ».

« Nous sommes attentifs aux normes en vigueur. Souvent, à Mosaic, par exemple, les gens vont doucement vers les différences », dit-il. « Ils ne veulent pas s’énerver les uns les autres. Ils ne veulent pas dépasser les bornes, ils ne veulent pas vraiment entrer dans une dynamique d’escalade et ils ne veulent pas avoir l’impression de s’immiscer dans l’espace d’autrui. »

L’empressement des Juifs à s’engager et à débattre est apparu clairement dans une série de séances vidéo auxquelles Resetting the Table a permis à la JTA d’assister l’été dernier dans des institutions juives, à la condition que les participants ne soient pas nommés à moins qu’ils n’en donnent l’autorisation.

Howard Lalli est un participant juif typique, un spécialiste en marketing qui, lors d’une session en mai dernier avec Or Hadash, s’est demandé à haute voix si le fait d’être juif le rendait trop enthousiaste pour s’exprimer.

« Je sais que vous nous avez donné la possibilité de ne pas intervenir sur une question, mais j’avoue que je me suis retrouvé, lors des questions sur Israël, à faire des pieds et des mains pour trouver une position », a-t-il dit à Freed, la modératrice. « Et je me demande si ce n’est pas un problème ou un défi dans notre culture : pour paraître engagé, il faut avoir une opinion, au lieu de poser des questions, d’être curieux. »

Le travail du groupe avec les institutions juives s’est également étendu au-delà d’Israël. En plus de ce sujet, les membres d’Or Hadash ont discuté du financement de la police et de la privatisation des services sociaux.

Le travail avec les églises a également permis de dépasser les clivages religieux. Nitz a déclaré que le fait de remettre les choses à plat lui a permis de se sentir suffisamment en sécurité pour poser des questions qui, autrement, auraient pu être embarrassantes. Lors de l’une des sessions de formation du groupe, il a posé à un rabbin, qu’il avait précédemment rencontré, une question qui l’intriguait depuis longtemps : pourquoi les Juifs votent-ils pour les Démocrates, étant donné que, selon lui, « les Républicains ont tendance à être plus fermes sur la préservation des droits religieux et très pro-Israël ».

Le rabbin a dit qu’ils devraient organiser un tête-à-tête pour qu’il puisse s’expliquer plus longuement, mais il a proposé comme première hypothèse qu’en tant que descendants d’immigrés ou immigrés eux-mêmes, les Juifs se sont traditionnellement identifiés aux pauvres et aux personnes défavorisées, une approche qui a été historiquement associée aux Démocrates.

Nitz a déclaré que l’échange avait été « délicieux ».

« Je l’ai trouvé très instructif, ouvert et transparent », a-t-il déclaré.

« J’aurais eu un point de vue bidimensionnel lorsqu’il s’agissait de comprendre un bloc de vote juif, et il a apporté tellement plus de nuances à la suite de cette conversation. »

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