Les élus européens approuvent largement l’accord « ciel ouvert » avec Israël
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Les élus européens approuvent largement l’accord « ciel ouvert » avec Israël

Jérusalem salue un succès diplomatique avec la ratification par Bruxelles. Avec les projets d''annexion, l'UE promet de surveiller l'évolution politique et d'agir en conséquence

Raphael Ahren est le correspondant diplomatique du Times of Israël

Un Boeing 737 de Ryanair à l'aéroport Ramon, près d'Eilat, le 4 mars 2019. (Crédit : Rafi Peled/ Israel Airport Authority)
Un Boeing 737 de Ryanair à l'aéroport Ramon, près d'Eilat, le 4 mars 2019. (Crédit : Rafi Peled/ Israel Airport Authority)

Mercredi soir, le Parlement européen a ratifié un important accord aérien avec Israël. L’accord « Ciel ouvert » est considéré comme un coup de pouce majeur pour l’économie israélienne, puisqu’il réduit les tarifs aériens et favorise la création de nouvelles liaisons.

Jérusalem a salué le vote sur l’accord, au terme d’un processus de sept ans, comme une réussite diplomatique majeure.

Dans le même temps, l’Union européenne a indiqué jeudi que le vote ne devait pas être considéré comme préjugeant de sa réponse à une éventuelle annexion israélienne de certaines parties de la Cisjordanie. Elle s’est engagée à « suivre de près la situation et ses implications plus larges, et à agir en conséquence ».

Le Parlement européen a voté en faveur de l’accord euro-méditerranéen relatif aux services aériens UE-Israël à une large majorité : 437-102, avec 147 abstentions.

Plusieurs factions de gauche avaient tenté de repousser le vote jusqu’après l’annexion apparemment imminente d’Israël, mais leur motion a été rejetée lors d’un vote technique préliminaire et l’accord a donc été soumis à la plénière du PE, où il a été approuvé en même temps que des accords similaires avec la Jordanie, la Chine et la Géorgie.

« La ratification finale de cet accord est une expression importante de la relation qu’Israël entretient avec l’UE, notamment en matière de commerce, de R&D et de tourisme », a déclaré jeudi le ministre des Affaires étrangères, Gabi Ashkenazi.

Le ministre des Affaires étrangères, Gabi Ashkenazi, s’exprime lors d’une conférence de presse conjointe avec le ministre allemand des Affaires étrangères Heiko Maas, le 10 juin 2020. (Ministère des Affaires étrangères)

« La ratification de cet accord contribuera de manière significative à la réhabilitation des secteurs du tourisme et de l’aviation en Israël. Cela est d’autant plus important qu’Israël est confronté à une crise économique, causée par l’épidémie de coronavirus, et cherche à relancer le trafic aérien et le tourisme ».

Les négociations entre la Commission européenne et Israël sur le nouvel accord aérien ont commencé il y a 12 ans. Les salariés des compagnies aériennes israéliennes se sont opposés à l’accord, mais il a été signé en 2013, sous l’égide du ministre des Transports de l’époque, Israel Katz, et est entré immédiatement en vigueur, en attendant sa ratification officielle.

Dans les années qui ont suivi, le texte a été ratifié par les Parlements des 27 États membres. Cette étape du processus a été conclue en mai 2019, ce qui a permis de soumettre l’accord à la ratification finale du Parlement européen.

Des salariés d’une compagnie aérienne israélienne brûlent des pneus devant le bureau du Premier ministre lors d’une manifestation contre l’accord « Ciel ouvert », le 21 avril 2013. (Yonatan Sindel/Flash90)

« L’accord ‘ciel ouvert’ a entraîné une baisse substantielle des tarifs aériens, parallèlement à une augmentation significative du nombre de touristes visitant Israël. Il a également permis aux touristes israéliens de s’envoler vers une plus grande variété de destinations européennes », a déclaré le ministère des Affaires étrangères dans un communiqué jeudi.

« La ratification finale d’hier garantit la poursuite de la concurrence dans le secteur de l’aviation et des tarifs aériens bas… C’est un succès diplomatique qui a un impact économique important sur l’État d’Israël. »

L’ambassadeur d’Israël auprès de l’UE, Ronny Leshno-Yaar, a déclaré que l’accord démontrait la « résilience » de la relation bilatérale.

Aharon “Ronny” Leshno-Yaar, ambassadeur d’Israël auprès de l’Union européenne et de l’OTAN. (Crédit : autorisation/ministère des Affaires étrangères)

« C’est une énorme réussite du ministère des Affaires étrangères, du ministre des Affaires étrangères Gabi Ashkenazi et des diplomates israéliens dans les pays de l’UE », a-t-il déclaré. « L’essentiel est que l’amitié l’emporte sur l’inimitié, et que la reconnaissance de l’importance de l’amitié avec Israël l’emporte sur toutes les autres considérations ».

L’UE a déclaré jeudi que l’accord avait apporté ces dernières années « des avantages significatifs aux deux parties, et en particulier aux transporteurs aériens de l’UE », mais a indiqué que le vote de cette semaine ne devait pas être interprété comme une approbation tacite des plans d’annexion d’Israël.

L’accord comprend une clause soulignant que « l’application de cet accord s’entend sans préjudice du statut des territoires qui sont passés sous administration israélienne après juin 1967 », a déclaré un porte-parole de la mission de l’UE à Ramat Gan au Times of Israel.

L’Union européenne continuera à suivre de près la situation et ses implications plus larges, et agira en conséquence

L’UE a également décidé que l’accord « devrait être mis en œuvre conformément à la position de l’Union selon laquelle les territoires qui sont passés sous administration israélienne en juin 1967 ne font pas partie du territoire de l’État d’Israël », a-t-elle ajouté.

« Ces dispositions reflètent la position claire de l’UE sur ce sujet, conformément au droit international et aux résolutions pertinentes du Conseil de sécurité des Nations unies : l’UE ne reconnaît pas la souveraineté d’Israël sur les territoires occupés depuis 1967 ».

Le vote de mercredi « ne préjuge pas de la position de l’UE sur les futurs développements politiques en Israël », a poursuivi le porte-parole. « L’Union européenne continuera à suivre de près la situation et ses implications plus larges, et agira en conséquence ».

Néanmoins, plusieurs organisations pro-israéliennes ont salué l’aboutissement d’un processus de sept ans considéré comme très bénéfique pour Israël.

Le vote « reflète la grande importance des liens d’Israël avec l’Europe », a déclaré ELNET, une organisation à but non lucratif qui se consacre au renforcement des relations entre l’Europe et Israël. « Le trafic aérien UE-Israël s’est considérablement développé depuis l’application provisoire de l’accord en 2013… Nous sommes convaincus que l’accord aérien UE-Israël renforcera encore les liens de l’Europe avec Israël ».

Un avion de la Lufthansa à l’aéroport de Francfort. (Nati Shohat/FLASH90)

« Cet accord sur les transports aériens entre l’UE et Israël profite aux consommateurs, donne du pouvoir aux entreprises créatrices d’emplois et aligne les normes environnementales. C’est un bon jour pour les relations UE-Israël », a déclaré Daniel Schwammenthal, le directeur du bureau européen de l’American Jewish Committee.

En même temps, il a noté avec inquiétude que certains députés de gauche avaient cherché à retarder le vote dans ce qui était censé être un avertissement à Jérusalem.

« S’ils avaient réussi, cela aurait sans doute été considéré en Israël comme une sanction préventive et aurait gravement endommagé les relations bilatérales », a-t-il déclaré. « Heureusement, une majorité de députés a opté pour un engagement constructif avec le nouveau gouvernement israélien plutôt que pour des menaces, et les citoyens européens et israéliens ont finalement gagné ».

L’UE s’oppose avec véhémence au projet déclaré du Premier ministre Benjamin Netanyahu d’appliquer la souveraineté israélienne sur la vallée du Jourdain et les implantations dans toute la Cisjordanie, qu’elle considère comme une grave violation du droit international.

« Nous demandons instamment à Israël de s’abstenir de toute décision unilatérale qui conduirait à l’annexion de tout territoire palestinien occupé », a déclaré jeudi le chef de la politique étrangère de l’UE, Josep Borrell, dans un discours au Parlement européen.

Une telle décision « aurait inévitablement des conséquences importantes sur les relations étroites que nous entretenons actuellement avec Israël », a-t-il déclaré,

Alors que les responsables européens affirment qu’une annexion israélienne « ne serait pas sans contestation », Bruxelles s’est jusqu’à présent abstenu de menacer de sanctions spécifiques. Cela est probablement dû au fait que toute mesure punitive significative nécessiterait un consensus entre les 27 États membres, et certains pays, comme la Hongrie et l’Allemagne, sont censés opposer leur veto à des sanctions sévères.

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