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Les Etats-Unis bloquent l’adhésion pleine et entière des Palestiniens à l’ONU

12 pays ont soutenu la résolution, y compris la France, le Japon et la Corée du Sud, qui ne reconnaissent pourtant pas l’État palestinien

L'ambassadeur adjoint des États-Unis, Robert Wood, votant contre une résolution lors d’une réunion du Conseil de sécurité, au siège des Nations unies, le 18 avril 2024. (Crédit : Yuki Iwamura/AP)
L'ambassadeur adjoint des États-Unis, Robert Wood, votant contre une résolution lors d’une réunion du Conseil de sécurité, au siège des Nations unies, le 18 avril 2024. (Crédit : Yuki Iwamura/AP)

Les Etats-Unis ont mis fin jeudi au rêve d’adhésion pleine et entière des Palestiniens à l’ONU, en opposant sans surprise leur veto à une résolution au Conseil de sécurité.

Le projet de résolution de l’Algérie recommandant l’adhésion palestinienne a recueilli 12 voix pour, 1 contre et 2 abstentions (le Royaume-Uni et la Suisse).

Les États-Unis ont, un temps, tenté de convaincre l’Autorité palestinienne de reporter cette mesure avant de se tourner vers d’autres membres pour les inviter à s’opposer à la résolution, ou à tout le moins, à s’abstenir une fois que Ramallah a rejeté la demande de Washington, explique au Times of Israel un membre des autorités américaines.

Le décompte final atteste de l’échec de l’administration Biden, puisque l’ambassadeur adjoint américain Robert Wood a été le seul à lever la main en signe d’opposition à cette résolution – signe de l’isolement de Washington sur la question au sein de la communauté internationale.

La France, le Japon, la Corée du Sud et la Slovénie ont voté en faveur de la résolution présentée par l’Algérie, même si aucun d’entre eux n’a reconnu un État palestinien.

Le membre des autorités américaines estime que ces pays ont voté de cette manière, alors même qu’ils ne soutiennent pas réellement le principe de la résolution, parce qu’ils savaient qu’il n’y aurait aucune conséquence à le faire, compte tenu du veto annoncé de Washington.

Les représentants des pays membres votent lors d’une réunion du Conseil de sécurité au siège des Nations Unies, le jeudi 18 avril 2024. (Photo AP/Yuki Iwamura)

La Sierra Leone, la Russie, le Mozambique, Malte, le Guyana, l’Équateur, la Chine et l’Algérie ont également voté en faveur de la résolution, mais ont déjà reconnu un État palestinien.

L’admission d’un Etat à l’ONU se fait sur la base d’un vote positif du Conseil (soit 9 voix sur 15 en faveur au minimum, sans le veto d’un membre permanent), suivi d’une approbation de l’Assemblée générale, à la majorité des deux-tiers.

Les États-Unis s’opposent depuis longtemps aux tentatives palestiniennes d’obtenir de manière unilatérale le statut d’État à l’ONU, estimant que cet objectif devrait relever de négociations avec Israël.

Plus récemment, des responsables américains ont déclaré que de tels efforts nuisaient également à la poursuite par l’administration Biden d’une solution à deux États par le biais d’une initiative régionale plus large qu’elle cherche activement à faire progresser.

Les Etats-Unis n’ont cessé de répéter que leur position « n’a pas changé » depuis 2011, lorsque la demande d’adhésion présentée par le président de l’Autorité palestinienne Mahmoud Abbas a tourné court avant même d’arriver au Conseil.

Idéalement, les Etats-Unis souhaitent parvenir à un accord permettant la libération des otages contre la promesse d’un cessez-le-feu, provisoire puis définitif, entre Israël et le Hamas.

Alors, les alliés arabes d’Israël contribueraient à la reconstruction de Gaza, avec l’aide d’une Autorité palestinienne réformée, qui recommencerait à gouverner l’enclave aux côtés de la Cisjordanie avec en ligne de mire une solution à deux États avec un Israël qui, de son côté, jouirait de relations normalisées avec l’Arabie saoudite, facteur de renforcement du front régional contre l’Iran.

Des Palestiniens chargent quelques affaires dans un camion au moment de quitter leur maison, dans la ville de Nuseirat, dans le centre de la bande de Gaza, le 18 avril 2024. (AFP)

Mais l’accord permettant la libération des otages reste insaisissable et, en outre, le plan américain suppose qu’Israël accepter une solution à deux États – ce qui est impensable pour le Premier ministre Benjamin Netanyahu et la majeure partie des membres de sa coalition.

Pour expliquer l’opposition des États-Unis à la résolution, ce jeudi, le porte-parole adjoint du Département d’État, Vedant Patel, a indiqué que les membres du Conseil de sécurité ne pensaient pas de manière unanime que les Palestiniens remplissaient les critères requis pour se définir comme un Etat.

Il a ajouté que l’Autorité palestinienne devait se réformer significativement avant d’envisager de se faire reconnaitre comme un État. Ramallah fait depuis longtemps l’objet de soupçons de corruption et de mauvaise gestion.

Patel a également souligné la législation du Congrès, qui contraindrait l’administration Biden à réduire les fonds alloués à l’ONU si cette dernière conférait aux Palestiniens le statut de membre à part entière – ce que Washington ferait à contrecœur.

Observateur non-membre depuis 2012, les Palestiniens tentent depuis, sans succès, de devenir le 194e membre de l’ONU.

Ce n’est pas la première fois que la demande des Palestiniens est rejetée par le Conseil de sécurité : en 2014 déjà, elle avait échoué à réunir les fameuses neuf voix requises. A l’époque, huit membres avaient voté pour, deux contre et cinq s’étaient abstenus : la France, déjà, avait soutenu la résolution.

L’ambassadeur d’Israël aux Nations Unies, Gilad Erdan, s’exprime lors d’une réunion du Conseil de sécurité au siège des Nations Unies, le jeudi 18 avril 2024. (AP Photo/Yuki Iwamura)

L’ambassadeur d’Israël à l’ONU, Gilad Erdan, a remercié l’administration Biden « d’avoir défendu la vérité et la moralité face à l’hypocrisie et à la politique ».

« J’ai expliqué que l’Autorité palestinienne était à peine conforme aux critères de base, qu’elle n’avait aucune autorité sur son territoire et qu’elle soutenait le terrorisme », a-t-il déclaré après le vote. « Et malgré tout, alors que les Palestiniens sont loin de remplir les critères d’appartenance à l’ONU, la plupart d’entre vous ont malheureusement décidé de récompenser le terrorisme palestinien en étant prêts à leur donner un État palestinien. »

Erdan a également dit regretter de ne pas être parvenu à convaincre le Conseil de sécurité de condamner le Hamas pour l’attaque terroriste du 7 octobre. « Malgré cela, vous refusez de condamner, vous refusez d’écouter, vous refusez d’agir, vous refusez même de vérifier les faits. »

« Aujourd’hui, je ne vais pas essayer de réparer ce qui est cassé. Parler devant le conseil, c’est la même chose que de parler à un mur. »

Le ministre des Affaires étrangères, Israël Katz, a également remercié les États-Unis, ajoutant que l’adoption de la résolution aurait été une façon « de récompenser le terrorisme », six mois seulement après les atrocités commises par le Hamas le 7 octobre. A l’instar d’Erdan, il a reproché au Conseil de sécurité de ne pas avoir dénoncé l’attaque meurtrière du Hamas.

« Il n’y aura pas de récompenses pour le terrorisme. Israël continuera de se battre jusqu’à la chute du Hamas et la libération des 133 otages israéliens », a écrit Katz sur X.

Le veto américain a été dénoncé par l’Autorité palestinienne, qui y voit une « manœuvre agressive flagrante » qui accule le Moyen-Orient « au bord du gouffre ».

Ce refus « ne va pas nous décourager, notre détermination est intacte. Nous allons continuer. L’Etat de Palestine est inévitable car il existe « , a de son côté lancé en pleurs l’ambassadeur palestinien à l’ONU Riyad Mansour.

« N’oubliez pas que quand cette session sera ajournée, en Palestine, des innocents continueront à payer de leur vie et de la vie de leurs enfants les actions israéliennes, (…), le prix d’un retard de la justice, de la liberté et de la paix », a-t-il déploré lors d’un discours qui a provoqué des larmes dans la salle du Conseil.

Le chef de l’Autorité palestinienne Mahmoud Abbas a regretté le veto américain, le qualifiant de « manœuvre agressive » qui accule le Moyen-Orient au bord du « gouffre ».

Le président de l’Autorité palestinienne Mahmoud Abbas, à Ramallah le 5 février 2024. (Crédit : Nasser Nasser/POOL/AFP)

Il « s’agit d’une transgression flagrante du droit international et d’une prime accordée à la poursuite de la guerre génocidaire contre notre peuple… ce qui ne fait qu’acculer la région au bord du gouffre « , a-t-il déclaré par voie de communiqué.

Le vote américain « est révélateur des contradictions de la politique américaine », qui prétend soutenir une solution à deux États au conflit israélo-palestinien mais « en empêche la mise en œuvre », souligne le communiqué.

« Le monde est uni derrière les valeurs de vérité, de justice, de liberté et de paix que représente la cause palestinienne », a déclaré Abbas.

Le Hamas, au pouvoir dans la bande de Gaza, a lui aussi condamné le veto américain, assurant que le peuple palestinien poursuivrait « sa lutte jusqu’à l’établissement (…) d’un État palestinien indépendant et souverain avec Jérusalem pour capitale ».

En dépit du veto américain, le soutien « écrasant » des membres du Conseil « est un message très clair: l’Etat de Palestine mérite sa place » à l’ONU, a lancé l’ambassadeur algérien Amar Bendjama, promettant au nom du groupe arabe de présenter à nouveau cette requête. « Oui, nous reviendrons, plus forts et plus persuasifs « .

« Actions prématurées »

« Ce vote ne reflète pas une opposition à un Etat palestinien, mais est une reconnaissance qu’il ne peut naître que de négociations directes entre les parties », a expliqué l’ambassadeur américain adjoint Robert Wood, regrettant des « actions prématurées ici à New York, même avec les meilleures intentions ».

Les Etats-Unis ont également mis en avant la législation américaine qui leur imposerait de couper leur financement à l’ONU en cas d’une adhésion palestinienne en dehors d’un tel accord bilatéral entre Israël et les Palestiniens.

Le dernier veto à l’adhésion d’un Etat à l’ONU date de 1976, quand les Américains avaient bloqué l’entrée du Vietnam.

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