Les Etats-Unis invoquent l’héritage de Peres pour condamner sévèrement l’extension d’une implantation
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Les Etats-Unis invoquent l’héritage de Peres pour condamner sévèrement l’extension d’une implantation

Le département d’Etat fustige l’approbation de 98 nouveaux logements à Shilo pour les évacués d’Amona, affirme que cela “éloignera Israël de beaucoup de ses partenaires”

Mobile home dans l'avant-poste d'Amona, en Cisjordanie. (Crédit : Noam Moskowitz/Flash90)
Mobile home dans l'avant-poste d'Amona, en Cisjordanie. (Crédit : Noam Moskowitz/Flash90)

Les Etats-Unis ont vivement condamné mercredi la décision d’Israël d’approuver la construction de nouveaux logements dans une implantation de Cisjordanie, la Maison Blanche accusant Israël de ne pas tenir parole.

Jugeant que cette décision mettait en péril les espoirs de paix, l’exécutif américain, qui dénonce régulièrement ces constructions depuis des années, a opté cette fois-ci pour un ton particulièrement offensif.

« Nous avons reçu des garanties de la part du gouvernement israélien qui sont en contradiction avec cette annonce », a déclaré Josh Earnest, porte-parole du président américain Barack Obama.

« Si nous parlons de la façon dont de bons amis se traitent l’un l’autre, c’est une réelle source d’inquiétude », a-t-il ajouté.

Le président américain Barack Obama s'adresse à la 71e Assemblée générale des Nations unies à New York, le 20 septembre 2016. (Crédit : Drew Angerer/Getty Images/AFP)
Le président américain Barack Obama s’adresse à la 71e Assemblée générale des Nations unies à New York, le 20 septembre 2016. (Crédit : Drew Angerer/Getty Images/AFP)

Obama, qui quittera le pouvoir en janvier, pourrait avant son départ lancer une ultime initiative, probablement sous la forme d’un discours, pour redonner une impulsion, même symbolique, au processus de paix israélo-palestinien en fixant les « paramètres » d’un règlement du conflit et d’une solution à deux états.

Pour sa part, le département d’Etat américain a sévèrement critiqué mercredi les projets israéliens d’extension d’une implantation du nord de la Cisjordanie afin d’accueillir les habitants de maisons construites illégalement dans un avant-poste, qui doit être démantelé avant la fin de l’année.

« Nous condamnons avec fermeté la récente décision du gouvernement israélien de poursuivre un projet qui créerait une nouvelle importante colonie très à l’intérieur de la Cisjordanie », a indiqué Mark Toner, porte-parole du département d’Etat dans un communiqué.

La réprimande sévère citait également les efforts de paix de l’ancien président Shimon Peres, qui est décédé la semaine dernière. Le président américain Barack Obama et son secrétaire d’Etat John Kerry étaient présents à ses funérailles, organisées vendredi dernier à Jérusalem. La déclaration de Toner était inhabituellement cinglante, accusant dans les faits Israël de tenter de cacher l’expansion.

« Autoriser rétroactivement des colonies sauvages à proximité, ou redessiner les limites des colonies existantes, ne changent pas le fait que cette approbation contredit les déclarations publiques passées du gouvernement israélien selon lesquelles il n’avait pas l’intention de créer de nouvelles colonies, a poursuivi Toner. Et cette localisation très à l’intérieur de la Cisjordanie, bien plus près de la Jordanie que d’Israël, relierait une chaîne d’avant-postes qui divisent dans les faits la Cisjordanie, et éloigne encore la possibilité d’un Etat palestinien viable. »

« Poursuivre ce projet de nouvelle colonie, qui pourrait comprendre jusqu’à 300 logements, nuirait encore un peu plus aux perspectives d’une solution à deux états », a-t-il jouté.

Des policiers israéliens affrontent des habitants juifs sur une barricade en feu dans l'avant-poste non autorisé d'Amona, proche de l'implantation juive d'Ofra, en Cisjordanie, le 1er janvier 2006. (Crédit : Pierre Terdjman/Flash90)
Des policiers israéliens affrontent des habitants juifs sur une barricade en feu dans l’avant-poste non autorisé d’Amona, proche de l’implantation juive d’Ofra, en Cisjordanie, le 1er janvier 2006. (Crédit : Pierre Terdjman/Flash90)

Israël a approuvé la construction de près de 100 nouveaux logements dans l’implantation de Cisjordanie de Shilo pour dédommager les propriétaires de l’avant-poste voisin d’Amona avant son évacuation et sa démolition ordonnées par la Cour suprême. Le projet aura deux phases de construction, 200 logements supplémentaires doivent être approuvés après l’achèvement des 98 premiers.

Les Etats-Unis ont affirmé qu’il était « profondément troublant […] qu’Israël prenne une décision qui soit aux antipodes de ses intérêts à long terme pour sa sécurité, dans l’optique de résoudre pacifiquement le conflit avec les Palestiniens », a déclaré le porte-parole Mark Toner, notant le fait que cette mesure soit si proche de l’octroi de l’enveloppe militaire accordée par les États-Unis le mois dernier, à hauteur de 38 millions de dollars d’aide militaire pour Israël pour la décennie à venir.

Le président américain Barack Obama pendant les funérailles d'État de l'ancien président israélien Shimon Peres au mont Herzl, à Jérusalem, le 30 septembre 2016. (Crédit : Emil Salman/Pool)
Le président américain Barack Obama pendant les funérailles d’État de l’ancien président israélien Shimon Peres au mont Herzl, à Jérusalem, le 30 septembre 2016. (Crédit : Emil Salman/Pool)

Il a également ajouté qu’il était « décourageant que pendant qu’Israël et le monde pleurent le décès du président Shimon Peres, et que les dirigeants des Etats-Unis et d’autres pays se préparaient à rendre hommage à l’un des grands défenseurs de la paix, des projets étaient avancés qui compromettent sérieusement les perspectives d’une solution à deux états qu’il a si passionnément soutenue. »

Il a également prévenu ouvertement que ce geste « éloignera Israël de beaucoup de ses partenaires. »

« Les Israéliens doivent au final se décider entre l’extension des colonies et la préservation de la possibilité d’une solution pacifique à deux états. Alors que le récent rapport du Quartette a appelé les deux parties à prendre des mesures positives pour inverser les tendances actuelles et faire avancer la solution à deux états sur le terrain, nous venons malheureusement de voir le contraire », peut-on lire dans le communiqué.

« Construire cette nouvelle colonie constitue un nouveau pas vers la consolidation de la réalité d’un état unique avec une occupation perpétuelle, ce qui est en contradiction fondamentale avec l’avenir d’Israël en tant qu’Etat juif et démocratique, a-t-il encore relevé. Un tel geste ne ferait qu’attirer des condamnations de la communauté internationale, éloigner Israël de beaucoup de ses partenaires, et remettrait de plus en cause l’engagement d’Israël envers une paix négociée. »

Les projets avaient été rendus publics par l’association anti-implantations La Paix Maintenant.

Shimon Peres, alors président, accueille le président américain Barack Obama pour une réception en son honneur à la résidence présidentielle de Jérusalem, le 20 mars 2013. (Crédit : Yossi Zamir/Flash90)
Shimon Peres, alors président, accueille le président américain Barack Obama pour une réception en son honneur à la résidence présidentielle de Jérusalem, le 20 mars 2013. (Crédit : Yossi Zamir/Flash90)

« A un moment où les dirigeants internationaux se rencontrent pour rendre hommage à Shimon Peres et à la manière dont il a défendu la paix, le gouvernement israélien a créé un nouvel obstacle à la solution à deux états », a déclaré une porte-parole de La Paix Maintenant en dévoilant les projets, qui ont depuis été confirmés par le gouvernement.

Peres, 93 ans, est décédé mercredi dernier et a été enterré vendredi à Jérusalem. Beaucoup de dirigeants internationaux étaient présents à ses funérailles, dont Obama, qui avait essayé de négocier une paix israélo-palestinienne, ce dernier effort s’étant effondré en 2014.

Selon la Deuxième chaîne, les 98 nouveaux logements de l’implantation, située au nord de Ramallah, ont été approuvés par l’Autorité de planification de l’administration civile mercredi dernier, mais sont passés inaperçus en raison du décès de Peres ce même jour. La chaîne a annoncé que 200 logements supplémentaires devraient être approuvés par l’Autorité à une date ultérieure.

Le ministère israélien des Affaires étrangères, qui se trouve sous la responsabilité du Premier ministre Benjamin Netanyahu, a rejeté les critiques américaines.

« Les 98 logements approuvées à Shiloh ne constituent pas une nouvelle implantation, a assuré le ministère. Ces logements seront construits sur des terres domaniales dans l’implantation de Shiloh et ne vont pas changer ses limites municipales. »

L'avant-poste illégal d'Amona, en Cisjordanie. (Crédit : Noam Moskowitz/Flash 90)
L’avant-poste illégal d’Amona, en Cisjordanie. (Crédit : Noam Moskowitz/Flash 90)

Après une longue bataille judiciaire, la Cour suprême israélienne a décidé en 2014 qu’Amona, où vit une quarantaine de familles israéliennes sur une terre privée palestinienne, devait être démantelée avant le 25 décembre 2016. Les avant-postes sont des implantations illégales, non seulement aux yeux de la communauté internationale, mais aussi de la loi israélienne.

Certains habitants d’Amona ont rejeté l’ordre de délocalisation, et ont juré de ne pas se conformer à l’évacuation ordonnée par la Cour.

Dans un effort pour contourner la démolition, des députés du Likud ont croisé le fer pour un projet de loi dit de régulation, qui propose aux propriétaires palestiniens dont les terrains ont été utilisés pour des implantations ou des avant-postes de recevoir d’autres terrains en Cisjordanie, en plus d’une compensation financière de la moitié de la valeur du terrain.

Le projet de loi a été enterré en juillet, quand le procureur général Avichai Mandelblit a affirmé qu’il était « inconstitutionnel ».

Une famille dans les rues de l'avant-poste juif d'Amona, en Cisjordanie, le 28 juillet 2016. (Crédit : Hadas Parush/Flash90)
Une famille dans les rues de l’avant-poste juif d’Amona, en Cisjordanie, le 28 juillet 2016. (Crédit : Hadas Parush/Flash90)

Une loi similaire pour reconnaître les avant-postes a été abandonnée en lecture préliminaire à la Knesset en 2012, quand le Premier ministre Benjamin Netanyahu s’y est opposé et a menacé de renvoyer tout ministre ou vice-ministre qui voterait en sa faveur.

Fondé en 1996, Amona est le plus grand des avant-postes illégaux, sur la centaine construite en Cisjordanie sans autorisation mais qui sont généralement tolérés par le gouvernement.

L’avant-poste est devenu un symbole de la méfiance des habitants d’implantations après une évacuation partielle il y a 10 ans, qui a déclenché des affrontements violents entre habitants et force de sécurité.

L’évacuation imminente, ordonnée en 2014, pourrait entraîner un autre affrontement.

La Cour suprême a en plusieurs occasions ordonné le démantèlement d’Amona. Cependant, le gouvernement a à plusieurs reprises reporté le démolissage de la communauté, malgré les échéances de la Cour. En 2006, des troupes israéliennes ont démoli neuf maisons après des affrontements contre 5 000 habitants d’implantations et leurs partisans, mais plusieurs dizaines de caravanes y sont restées.

Les habitants d’Amona ont récemment affirmé qu’ils avaient acheté une partie des terrains de l’avant-poste, mais les Palestiniens ont catégoriquement démenti. La police a déclaré que les documents qui sont censés prouver la vente ont probablement été fabriqués.

Marissa Newman a contribué à cet article.

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