Un Israël ingrat doit aux Etats-Unis un simple merci
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Opinion

Un Israël ingrat doit aux Etats-Unis un simple merci

Personne ne nous a mis une arme (payée par les Etats-Unis) sur la tempe. Nous choisissons de signer un accord d’aide militaire de 38 milliards de dollars. Nous devrions cesser de nous en plaindre

David est le fondateur et le rédacteur en chef du Times of Israel. Il était auparavant rédacteur en chef du Jerusalem Post et du Jerusalem Report. Il est l’auteur de « Un peu trop près de Dieu : les frissons et la panique d’une vie en Israël » (2000) et « Nature morte avec les poseurs de bombes : Israël à l’ère du terrorisme » (2004).

La signature de l'accord d'aide militaire israélo-américain au département d'Etat, le 14 septembre 2016. (Crédit : ambassade israélienne à Washington)
La signature de l'accord d'aide militaire israélo-américain au département d'Etat, le 14 septembre 2016. (Crédit : ambassade israélienne à Washington)

Les Etats-Unis viennent de promettre à Israël 38 milliards de dollars en aide militaire, sur la prochaine décennie, l’aide la plus importante jamais allouée par les Etats-Unis à un allié, quel qu’il soit. Et tout ce que nous trouvons à faire, c’est de nous en plaindre.

Ne vous méprenez pas. Nous méritons chaque centime.

Nous sommes sur la ligne de front de la lutte contre l’extrémisme islamique. Notre hiérarchie de collecte de renseignements est extraordinairement efficace, et les informations que nous partageons avec les Etats-Unis jouent un rôle important dans la capacité du pays à se défendre. Se défendre contre les dangers immédiats et se préparer pour anéantir les menaces imminentes. Notre capacité d’innovation permet de maintenir les technologies militaires israélienne et américaine à la pointe du progrès.

Géo-stratégiquement, nous sommes le seul rideau de fer des Etats-Unis, le seul allié assuré dans cette région brutale et imprévisible, la seule démocratie dans cette partie du monde. Nous avons montré encore et encore que nous risquons nos vies, et les perdons bien trop souvent, pour protéger notre bien-être et les valeurs que nous partageons avec les Etats-Unis, mais nous n’attendons vraiment pas que les Etats-Unis risquent des vies américaines pour assurer notre défense.

Nous disons à l’Amérique : ‘aidez-nous à faire en sorte que nous puissions maintenir notre avantage militaire sur ceux, notamment l’Iran, qui pilent et cherchent à nous nuire, ainsi qu’aux Etats-Unis, directement et par des milices et des groupes terroristes intermédiaires, et nous les détruirons’.

L’aide militaire récemment signée est conçue pour faire en sorte que nous puissions continuer à faire simplement cela.

Israël, sans aucun doute après un grand nombre de considérations et après plusieurs mois de négociations, a choisi de ne pas chercher à en avoir plus

Et pourtant, avant que l’accord ne soit signé au département d’Etat mercredi dernier, et particulièrement depuis cette cérémonie, le message de Jérusalem a été celui d’une ingratitude publique.

La plupart des plaintes n’ont certes pas été dirigées contre l’administration Obama. Menée par l’ancien Premier ministre, Ehud Barak, elles ont plutôt été une utilisation de l’accord pour marquer des points contre le Premier ministre Benjamin Netanyahu.

Barak (« croyez-moi, je sais de quoi je parle ») a écrit des éditoriaux et a accordé des entretiens déclarant qu’Israël aurait pu obtenir des milliards de plus si seulement Netanyahu avait mieux géré les négociations, et particulièrement si Netanyahu avait évité son discours de lobbying anti-Obama devant le Congrès américain en mars 2015 contre l’accord nucléaire iranien. D’autres, dont l’ancien ministre de la Défense mécontent Moshe Yaalon, et Amos Yadlin, candidat perdant de l’Union sioniste au poste de ministère de la Défense, ont aussi pesé pour dire, mais plus poliment, que l’aide n’était pas adaptée.

L'ancien Premier ministre Ehud Barak sur la Deuxième chaîne, le 17 juin 2016. (Crédit : capture d'écran Deuxième chaîne)
L’ancien Premier ministre Ehud Barak sur la Deuxième chaîne, le 17 juin 2016. (Crédit : capture d’écran Deuxième chaîne)

De manière surprenante, l’actuel ministre de la Défense, Avigdor Liberman, n’a rien dit du tout. Son ministère vient de recevoir 38 milliards de dollars, et pourtant la hiérarchie de Liberman ne peut se résoudre à exprimer la moindre gratitude, même sommaire. En y réfléchissant bien, depuis le bruyant épisode de son ministère avec le communiqué qui comparaissait l’accord iranien aux accords de Munich signés en 1938 par les alliés et les nazis, accusant fondamentalement l’administration Obama de nous vendre à nos potentiels destructeurs, peut-être qu’il vaut mieux en effet que l’actuel ministre de la Défense en dise le moins possible.

Certes, peut-être qu’Israël aurait pu obtenir un meilleur accord, et peut-être qu’il a vraiment besoin de plus d’aide militaire américaine. (Des financements supplémentaires peuvent être demandés, faut-il noter, en temps de conflit.) Peut-être que les efforts du groupe P5+1 [les grandes puissances mondiales qui ont signé l’accord nucléaire iranien] destinés à contrecarrer le programme nucléaire voyou de l’Iran sont si dérisoires, si pleins de failles et dangereux que les défis militaires d’Israël se sont effectivement spectaculairement accrus, ou accroîtront bientôt.

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu devant le Congrès américain, le 3 mars 2015. (Crédit : Amos Ben Gershom/GPO/Flash90)
Le Premier ministre Benjamin Netanyahu devant le Congrès américain, le 3 mars 2015. (Crédit : Amos Ben Gershom/GPO/Flash90)

Peut-être, s’il y avait eu de meilleures relations personnelles entre Netanyahu et le président américain Barack Obama, plutôt que ces disputes publiques sans fin sur l’Iran et les implantations, certains des milliards dont Ehud Barak souligne que nous aurions pu les avoir auraient en effet été inclus.

Peut-être que Netanyahu aurait pu négocier certaines des clauses fondamentales de façon plus efficace, plutôt que, disons, d’accepter la condition qui obligera Israël à dépenser son aide militaire à l’intérieur des Etats-Unis, plutôt que de permettre qu’une proportion substantielle soit dépensée en Israël comme c’était le cas jusqu’à présent. Et peut-être aurait-il dû ne pas accepter la clause qui empêche le Congrès de sécuriser et demander des financements supplémentaires.

Mais le résultat est qu’Israël, pas particulièrement naïf sous la direction de Netanyahu, a choisi d’accepter cet accord. Israël, sans aucun doute après un grand nombre de considérations et après plusieurs mois de négociations, a choisi de ne pas chercher à en avoir plus, concluant à l’évidence que la possibilité d’obtenir un meilleur accord avec un autre président était dépassée par le danger d’un moins bon. Personne ne nous a mis une arme (payée par les Etats-Unis) sur notre tempe.

Alors maintenant, quels que soient les réserves, les regrets, les récriminations et les rivalités, ce qu’Israël devrait dire publiquement et à voix haute, c’est un simple merci, – courtois et sincère.

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