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Les familles désormais libres d’enterrer leurs bébés mort-nés selon leur volonté

Les derniers obstacles financiers qui empêchaient les hevrot kadisha de procéder à un enterrement en bonne et due forme ont été levés

Judah Ari Gross est le correspondant du Times of Israël pour les sujets religieux et les affaires de la Diaspora.

Vue d'un nouveau cimetière souterrain au cimetière de Givat Shaul à Jérusalem, le 30 octobre 2019. (Crédit : Yonatan Sindel/Flash90)
Vue d'un nouveau cimetière souterrain au cimetière de Givat Shaul à Jérusalem, le 30 octobre 2019. (Crédit : Yonatan Sindel/Flash90)

Le gouvernement a récemment adopté de nouvelles réglementations pour inciter les sociétés funéraires religieuses à procéder à des cérémonies d’inhumation pour les enfants mort-nés, ce qu’un des principaux défenseurs a qualifié d’avantage significatif pour les parents concernés par ces cas tragiques.

Dans la tradition juive, tant que les bébés n’ont pas atteint l’âge de 30 jours post-partum, ils sont encore considérés comme des fœtus et n’ont pas le statut de personne à part entière. Ainsi, en cas de décès, la famille ne suivra pas les mêmes coutumes de deuil que pour un enfant qui vit au-delà de l’âge des 30 jours.

Les pratiques funéraires pour un fœtus, un mort-né ou un nouveau-né n’ayant pas atteint les 30 jours sont également différentes de celles des enterrements habituels. Dans certaines communautés, il est normal que les parents n’assistent pas aux funérailles, ou ne sachent même pas où se trouve leur fœtus ou leur bébé, parce que celui-ci est enterré dans une tombe non marquée. Jusqu’à récemment, de nombreuses sociétés funéraires juives financées par l’État, connues en hébreu sous le nom de hevrot kadisha, adoptaient ces pratiques.

Suite aux plaintes de nombreux parents de bébés mort-nés qui ne voulaient pas suivre ce qu’ils considèrent comme des traditions anachroniques, des changements de la loi sont entrés en vigueur en 2014, donnant aux parents le droit de décider comment enterrer leur enfant. Ces droits ont été encore renforcés par des changements réglementaires ultérieurs en 2017. Cependant, malgré les réglementations officielles, il arrive encore souvent que les pratiques traditionnelles soient imposées à de nombreux parents, qui, encore sous le choc immédiat de la perte d’un bébé, ne sont ni conscients ni informés de leurs droits.

Selon le Bureau central des statistiques (CBS), plus de 1 200 mort-nés ont été recensés en Israël en 2019.

Itim, le groupe de défense des droits religieux, qui a mené les efforts pour résoudre ce problème, a fait pression sur le gouvernement pour que les nouveaux protocoles soient respectés et que les parents de bébés mort-nés ou de nouveau-nés morts déans les 30 jours suivant la naissance puissent enterrer leurs enfants selon leur volonté.

Selon le rabbin Seth Farber, directeur de Itim, l’un des derniers obstacles à l’application pratique de ces règlements était d’ordre financier.

Les pompes funèbres – hevrot kadisha – reçoivent une certaine somme d’argent de la Caisse d’Assurance Nationale d’Israël pour chaque enterrement qu’elles effectuent. Or, elles recevaient beaucoup moins d’argent pour procéder aux enterrements en bonne et due forme de fœtus, si bien que certaines sociétés ont déclaré qu’il n’était pas dans leur intérêt financier de le faire, bien qu’elles y soient légalement tenues. C’était notamment le cas des hevrot kadisha des grandes villes comme Jérusalem et Netanya.

Au cours des derniers mois, le groupe de Farber a œuvré auprès des ministères et de la commission du Travail et des Affaires sociales de la Knesset pour modifier les politiques de la Caisse d’Assurance Nationale et augmenter les paiements aux hevrot kadisha pour l’enterrement des bébés mort-nés.

Le ministère des Affaires religieuses, qui est responsable des hevrot kadisha, a déclaré qu’il soutenait également les nouvelles politiques de paiement.

À la mi-juillet, la commission de la Knesset a approuvé les modifications, ce qui a permis d’augmenter les subventions de 300 %, ce qui, selon Itim, « est financièrement intéressant pour les hevrot kadisha« .

Le rabbin Seth Farber, directeur de l’ITIM. (Crédit : Autorisation)

Les hevrot kadisha recevront désormais entre 2 683 et 3 350 shekels pour les mort-nés, soit exactement la moitié du montant qu’elles reçoivent pour toutes les autres inhumations.

« Cette mesure a éliminé le dernier obstacle qui empêchait les sociétés d’inhumation de se conformer à ces règles », a déclaré M. Farber au Times of Israel.

« Espérons que cela signifie que davantage de familles pourront obtenir les droits qu’elles méritent. De mon point de vue, c’est une chose merveilleuse », a-t-il ajouté.

Farber a expliqué que la disparité restante dans les paiements est due aux différences pratiques dans la façon dont un nouveau-né est enterré par rapport à un bébé de plus de 30 jours – à savoir sans linceul et nécessitant une parcelle plus petite.

« L’amélioration des services pour l’étape de l’enterrement est une mesure essentielle pour soulager [la souffrance] des familles à l’un des moments les plus douloureux de leur vie », a déclaré Itim.

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