Les femmes en tête de l’intégration des Haredim dans le secteur hi-tech
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Les femmes en tête de l’intégration des Haredim dans le secteur hi-tech

Une étude, présentée au président Rivlin, montre ainsi que le nombre d'ultra-orthodoxes dans les firmes technologiques a bondi de 52% entre 2014 et 2018 - avec 71% de femmes

Le bus de KamaTech et ses passagères, des femmes Haredi en visite des entreprises high-tech à Tel Aviv et Jérusalem (Crédit :Natalie Schor)
Le bus de KamaTech et ses passagères, des femmes Haredi en visite des entreprises high-tech à Tel Aviv et Jérusalem (Crédit :Natalie Schor)

Le nombre de travailleurs ultra-orthodoxes dans le secteur technologique a bondi de 52 % entre 2014 et 2018 et ce sont les femmes qui ouvrent le chemin, selon une étude qui a été rendue publique mardi.

Indépendamment de cette augmentation, il reste toutefois une marge significative d’amélioration en ce qui concerne le nombre d’employés ultra-orthodoxes dans le secteur si on le compare à la représentation de la communauté dans la population dans son ensemble, aux salaires moyens touchés par les Haredim et à leur implication entrepreneuriale active dans l’industrie des start-ups.

Ce rapport a été réalisé par l’IATI (Israel Advanced Technology Industries), organisation-cadre rassemblant tous les acteurs de la technologie dans le pays et groupe de pression en faveur de l’industrie, aux côtés de KamaTech, une ONG qui prône l’intégration des ultra-orthodoxes – ou Haredim – dans l’industrie hi-tech du pays qui est considérée comme le moteur de croissance de la nation.

Le rapport qui a été présenté mardi au président Reuven Rivlin n’évoque pas l’impact du coronavirus. La semaine dernière, l’IATI a publié une enquête qui a montré que la pandémie entraînait des « difficultés significatives » pour les firmes technologiques israéliennes, 29 % d’entre elles ayant annoncé avoir renvoyé des employés au mois de juillet contre 24 % au mois de mai.

Chapeaux sur un mur, à Ampersand, l’espace de travail partagé mis en place par KamaTech, le 4 juillet 2019. (Shoshanna Solomon/Times of Israel)

Moshe Friedman, directeur-général et co-fondateur de KamaTech, explique dans un message texto qu’il n’y a pas pour le moment d’impact apparent du coronavirus sur les Haredim qui travaillent dans le secteur.

Les données conjointes de KamaTech-IATI montrent que le nombre d’ultra-orthodoxes employés dans le secteur des technologies s’est élevé en 2018 à 9 700 personnes -3 % de la main-d’oeuvre du secteur – contre 6 500 en 2014. Les Haredim représentaient environ 12 % de la main-d’oeuvre générale en 2018.

Sur les 9 700 employés ultra-orthodoxes du secteur technologique, 71 % – ou 6 900 – étaient des femmes, un chiffre à comparer à celui des hommes (2 800). Le nombre de femmes travaillant dans le hi-tech, fin 2018, avait connu un bond de
90 % depuis 2014, a noté le rapport.

La plupart d’entre elles sont âgées de moins de 28 ans et elles sont mariées, indiquent les données.

Cette présence plus élevée des femmes ultra-orthodoxes dans le secteur technologique israélien entre dans le cadre de leur présence plus forte dans la main-d’oeuvre en général, explique le rapport.

Des entrepreneurs Haredi font la prière de l’après-midi à Ampersand, un espace de co-working mis en place par KamaTech, le 4 juillet 2019. (Shoshanna Solomon/Times of Israel)

Le salaire moyen des employés ultra-orthodoxes, dans le secteur hi-tech, reste inférieur à celui de leurs collaborateurs non-Haredim, montre l’étude. Ils sont ainsi payés en moyenne 10 830 shekels contre 22 479 shekels pour les travailleurs non-ultra-orthodoxes. Les diplômés de l’université touchent un salaire moyen de 25 698 shekels, un chiffre à comparer avec un salaire moyen de 34 689 pour les travailleurs non-Haredim à qualification équivalente.

Le secteur de la technologie souffre d’une pénurie aiguë de main-d’oeuvre compétente. Ce qui l’a amené à rechercher des employés dans une grande variété de populations laissées en marge du boom technologique – notamment les femmes, les ultra-orthodoxes et les Arabes.

Moshe Friedman de Kamatech lors d’une journée des start-ups de son organisation (Autorisation)

Des organisations à but non-lucratif comme KamaTech ou Ravtech et des programmes mis en place par l’Autorité israélienne de l’Innovation et Start-Up Nation Central se focalisent sur la communauté ultra-orthodoxe, dont les membres se marient tôt et où une grande partie des hommes consacrent leur existence à l’étude de la Torah, tandis que les femmes sont tenues à la fois de travailler et d’élever les enfants.

Les responsables ultra-orthodoxes insistent sur le fait que les jeunes hommes de la communauté servent la nation par le biais de la prière et que leurs études permettent de préserver l’apprentissage et l’héritage juifs, et que l’intégration dans l’armée et sur le marché du travail laïques saperait leur mode de vie. En résultat, les hommes haredim évitent souvent de prendre une activité professionnelle ou d’être enrôlés dans l’armée, et ils touchent des allocations sociales qui leur permettent d’étudier à plein temps.

Avec un taux de natalité élevé et un taux de chômage important au sein de la communauté, les ultra-orthodoxes font partie des populations les plus pauvres au sein de l’Etat juif. Mais ceux qui se mettent en quête d’un emploi se retrouvent souvent sans maîtrise préalable des compétences de base en anglais et en maths, avec des aptitudes médiocres lors d’un entretien médiocre ou en termes de réseau professionnel.

Israel prepares for a day of reflection. Ultra-Orthodox men complete the Tashlich ("forgiveness") ceremony at the Mediterranean Sea on Monday (photo credit: Yehoshua Yosef/FLASH90)
Des hommes ultra-orthodoxes (Crédit : Yehoshua Yosef/FLASH90)

Selon le Bureau central des statistiques, les ultra-orthodoxes devraient représenter 14% de la population totale en Israël d’ici 2025 et, à l’horizon 2035, presque un Israélien sur cinq devrait appartenir à cette communauté.

Ravtech, qui a mis en place un modèle de formation d’apprentissage qui a permis d’intégrer de jeunes hommes haredim dans la sphère hi-tech depuis 2013, a accueilli au mois de juin les étudiants de sa huitième promotion, soit 35 personnes sélectionnées parmi des centaines de candidats qui suivront un cycle d’études qui leur permettra de devenir développeurs de logiciel dans 18 mois. Ils ont ensuite la garantie d’entrer dans le secteur et ils devraient rejoindre la main-d’oeuvre à la fin de l’année 2021.

Le rapport réalisé par KamaTech et IATI montre également que les ultra-orthodoxes représentent environ 10 % des étudiants d’université et autres établissements d’enseignement supérieur suivant des cursus technologiques, ce qui marque une hausse de 35 % depuis 2014.

Et tandis qu’en 2013, il y avait peu de start-ups dirigées par des Haredim, ce sont environ 200 qui ont vu le jour depuis 2015, soit 5 % de toutes les entreprises de ce type lancées ces dernières années, note le rapport.

Des femmes ultra-orthodoxes sur leur lieu de travail (Credit photo: Nati Shohat / Flash90)

« Ce rapport indique que le secteur hi-tech est un secteur optimal pour l’intégration du public ultra-orthodoxe, un public qui investit l’éducation, les études, avec détermination et beaucoup d’engagement », a déclaré Rivlin lorsque le rapport lui a été présenté.

« L’intégration des ultra-orthodoxes sur le marché du travail est dans l’intérêt absolu d’Israël. La prospérité de notre nation en dépend », a-t-il ajouté.

Friedman, de KamaTech, a expliqué que tout particulièrement en cette période de crise économique, le « potentiel » d’intégration des Haredim dans le secteur technologique et dans la main-d’oeuvre israélienne en général était « élevé ».

« Avec des investissements et des budgets adéquats, nous pouvons renforcer de manière significative cette tendance à l’intégration ainsi que l’économie israélienne », a-t-il commenté, appelant les employeurs à ouvrir leurs portes aux ultra-orthodoxes, une catégorie de la population « talentueuse, très motivée » et qualifiée.

Il y a une « nécessité réelle » en Israël de renforcer les partenariats entre les différentes parties de la population, a pour sa part estimé Karin Mayer Rubinstein, directrice de l’IATI, dans une déclaration.

« Le principal obstacle à la croissance de l’industrie technologique est la pénurie d’employés compétents », a-t-elle ajouté. « Nous pensons que la diversité dans l’emploi et trouver la bonne formule en faveur de l’intégration des forces de toutes les populations en Israël sont déterminants pour faire avancer vers l’avenir l’économie israélienne et les hautes-technologies ».

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