Les histoires perdues des tombes oubliées du mont des Oliviers
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Les histoires perdues des tombes oubliées du mont des Oliviers

Les lycéens et les bénévoles enquêtent sur les soldats tués lors de la création de l'État et se rassemblent dans le cimetière historique de Jérusalem, à l'occasion de Yom HaZikaron

Jessica Steinberg est responsable notre rubrique « Culture & Art de vivre »

Un groupe de lycéens écoute des histoires sur les soldats israéliens tombés au combat, sur le Mont des Oliviers, durant Yom Hazikaron 2017. (Crédit : Jessica Steinberg/Times of Israel)Mont des Olivi
Un groupe de lycéens écoute des histoires sur les soldats israéliens tombés au combat, sur le Mont des Oliviers, durant Yom Hazikaron 2017. (Crédit : Jessica Steinberg/Times of Israel)Mont des Olivi

Ce texte a été rédigé l’an dernier.

Nous sommes Yom Hazikaron, il est 10 heures et quart, et Sarah Barnea s’affaire autour des concessions du mont des Oliviers, s’assure que les groupe de lycées trouvent les tombes des soldats sur lesquels ils travaillent depuis 10 semaines.

« Cet endroit est ma deuxième maison », affirme Barnea, le ton triste, en haussant légèrement les épaules.

C’est une drôle de description pour un cimetière en plein quartier arabe d’a-Tur, sur le mont des Oliviers. Mais pour Barnea, c’est une réalité.

Elle fait partie des 25 bénévoles de l’organisation à but non lucratif Giving a Face to the Fallen (ndlt. mettre un visage sur ceux qui sont tombés au combat), qui effectue des travaux de recherches sur les soldats tués à l’époque de la création de l’État, et à propos de qui nous ne disposons que de peu d’informations.

À force de chercher dans le passé de ces soldats, les bénévoles de cette organisation sont devenus des détectives amateurs, et ces enquêtes se finissent dans une cérémonie d’hommage aux soldats tués, et des proches récemment découverts peuvent désormais pèleriner sur ces tombes autrefois désertiques, à l’occasion de Yom HaZikaron.

Les noms des soldats tués sont également ajoutés au site internet Yizkor, le site du gouvernement qui recense les noms et les histoires des 23 544 victimes de guerre d’Israël.

Rachel Barnea, l'une des bénévoles de Giving a Face to the Fallen, déambule entre les tombes du Mont des Oliviers, durant Yom Hazikaron 2017. (Crédit : Jessica Steinberg/Times of Israel)
Rachel Barnea, l’une des bénévoles de Giving a Face to the Fallen, déambule entre les tombes du Mont des Oliviers, durant Yom Hazikaron 2017. (Crédit : Jessica Steinberg/Times of Israël)

Barnea fait partie des habitués du mont des Oliviers. Elle a passé les deux derniers mois à aider des lycéens de Jérusalem à faire des travaux de recherches sur des soldats enterrés sur cette montagne qui surplombe le mur Occidental et le Dôme du Rocher.

À l’occasion de Yom HaZikaron, les étudiants sont retournés au mont des Oliviers, leurs rédactions dans une pochette plastique, prêts à se tenir silencieux face à ces tombes, comme il est coutume en ce jour de deuil national.

« Il y aura des centaines d’étudiants ici aujourd’hui », explique Barnea. « Et leur présence est très émouvante. »

Deux élèves de première de la yeshiva Mekor Chaim, Naveh Hod et Yahel Shilyan se sont tenus près de la tombe de Yafim Davidovich, un colonel russe de l’Armée Rouge de 54 ans, qui avait espionné pour le compte d’Israël et qui a reçu le titre de colonel de la part de l’armée israélienne.

Les lycéens Yahel Shilyan (à gauche) et Naveh Hod ont fait des recherches sur Yafim Davidovich, un colonel russe qui avait espionné pour le compte d'Israël, et qui est enterré au Mont des Oliviers. (Crédit : Jessica Steinberg/Times of Israel)
Les lycéens Yahel Shilyan (à gauche) et Naveh Hod ont fait des recherches sur Yafim Davidovich, un colonel russe qui avait espionné pour le compte d’Israël, et qui est enterré au Mont des Oliviers. (Crédit : Jessica Steinberg/Times of Israel)

« Son histoire était très intéressante », explique Hod. « Il n’avait aucune raison de faire ce qu’il a fait, il ne connaissait pas Israël. »

« Pas comme nous connaissons Israël », ajoute Shilyan. « Cela fait réfléchir sur les raisons qui poussent les gens à agir. »

Peu avant 11 heures, heure où la sirène retentira et où le pays entier plongera dans le silence pour deux minutes, Barnea continue de naviguer entre les tombes, vérifie que les élèves ont réussi à trouver celles des soldats sur lesquelles ils ont travaillé.

C’était une belle journée, et la plupart des élèves portaient une chemise blanche, ornée d’un sticker de Yom HaZikaron. Certains portaient une casquette sur laquelle est écrit le slogan « Vers le mont des Oliviers, 50 ans après la réunification de Jérusalem ». En effet, cette année marque le 50e anniversaire de la Guerre des Six Jours, quand Israël a pris contrôle de Jérusalem Est, et donc de la Vieille Ville.

Les étudiants viennent d’écoles laïques et religieuses. Ils se sont rassemblés autour de plusieurs tombes et le cimetière silencieux s’emplit des voix des professeurs, encourageant leurs élèves à écouter le plus d’histoires possible.

Yehudit Cohen, au Mont des Oliviers sur la tombe de son frère Yitzhak Penso, tué en 1948. (Crédit : Jessica Steinberg/Times of Israel)
Yehudit Cohen, au Mont des Oliviers sur la tombe de son frère Yitzhak Penso, tué en 1948. (Crédit : Jessica Steinberg/Times of Israel)

Sur l’une des tombes, sur le flanc du cimetière qui surplombe le désert de Judée, les étudiants s’entretiennent avec Yehudit Cohen, une femme qui se rend sur la tombe de son frère, Yitzhak Penso, qui a été tué en 1947, alors qu’il chargeait un camion dans la Vieille Ville. Cohen raconte que sa famille vivait à Mamilla, le quartier situé à l’extérieur de la Porte de Jaffa, autrefois quartier résidentiel et commerçant.

Cohen ajoute que son autre frère a disparu, après avoir rejoint le Palmach quand Yitzhak l’aîné a été tué.

« Je viens ici tous les ans, parce que je suis la seule qui se souvienne d’eux », dit-elle.

Un étudiant s’est découvert des liens familiaux avec Menahem Previs, tué à l’âge de 17 ans, et enterré à côté de Moshe Levy, dont la pierre tombale a été posée 3 jours plus tôt, explique Barnea.

Il reste des centaines de soldats dont les origines sont inconnues, et 54 concessions au mont des Oliviers n’ont pas de pierre tombale.

Les étudiants Moshe Abulafia (au milieu) et Yotam Marsh avec un soldat, devant la tombe d'Hans Beit,un officier de l'immigration allemand, enterré au Mpnt des Oliviers. (Crédit : Jessica Steinberg/Times of Israel)
Les étudiants Moshe Abulafia (au milieu) et Yotam Marsh avec un soldat, devant la tombe d’Hans Beit,un officier de l’immigration allemand, enterré au Mont des Oliviers. (Crédit : Jessica Steinberg/Times of Israël)

D’autres pierres tombales sont distinguées depuis des années, comme celle d’Hans Beyt, un jeune officier de l’immigration de la jeunesse allemande, qui a été tué par balle en 1947, en route vers Jérusalem aux côtés de Golda Meir. Son histoire a été racontée par Moshe Abulafia et Yotam Marsh, deux élèves de seconde de l’école ORT Ramot, qui se sont tenus devant la tombe de Beit.

La présence de soldats devant ces tombes représentait une vision particulièrement émouvante pour Barnea.

« C’est un signe que les choses évoluent, que nous ne sommes pas les seuls à s’intéresser à ces tombes », dit-elle.

Quelques secondes avant la sirène de 11 heures, de nombreux visiteurs se sont rassemblés pour la cérémonie officielle sous une toile devant le cimetière. Des touristes, russes et allemands en majorité, se sont assis sur les marches face aux rangées de tombes. Derrière eux, un chameau grogne, et son propriétaire, un arabe du village voisin qui propose des tours à dos de chameau le fait taire.

Durant la demi-heure qu’aura duré la cérémonie, des binômes d’étudiants et des soldats se seront tenus dans les rangées de tombes blanches.

« il y a plus de personnes que d’habitude », remarque Barnea, qui se rend sur le Mont des Oliviers depuis 15 ans.

Giving a Face to the Fallen cherche des bénévoles et des personnes qui s’intéressent à la généalogie.
L’organisation recherche également des sponsors, étant donné que la subvention du gouvernement augmente avec les dons. Vous pouvez les contacter via leur page Facebook Giving a Face to the Fallen.

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