Les Juifs d’Ouganda réduits à un repas par jour par la famine en Afrique de l’est
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'Les gens étaient déjà malades. Sans nourriture, ils ne cessent de s'affaiblir'

Les Juifs d’Ouganda réduits à un repas par jour par la famine en Afrique de l’est

La faim tenace est dévastatrice, mais il manque ces images qui avaient amené les communautés juives américaines à lever des millions de dollars après les catastrophes en Haïti et au Népal

Gershom Sizomu, le chef religieux des  Abayudaya, en 2003. (Crédit : Ken Hively/Los Angeles Times via Getty Images/JTA)
Gershom Sizomu, le chef religieux des Abayudaya, en 2003. (Crédit : Ken Hively/Los Angeles Times via Getty Images/JTA)

JTA — La communauté juive de l’Ouganda, forte de 2 000 membres, a mené pendant longtemps une modeste existence. Elle est installée dans l’est du pays, dans une zone rurale et vallonnée qui manque de routes pavées, d’un approvisionnement régulier en électricité et en eau courante.

Mais cette année, la situation des Juifs ougandais, appelés les Abayudaya, a empiré.

Vingt-millions de personnes dans toute l’Afrique et au Moyen Orient risquent aujourd’hui la maladie et la mort en raison d’une famine qui s’est concentrée en Somalie, au Nigéria, au Yémen et dans le Sud-soudan.

Provoquée par des multiples facteurs – guerres civiles, infrastructures sous-développées et sécheresse – cette famine est « la plus grande crise humanitaire survenue depuis la création de l’ONU », a estimé Stephen O’Brien, coordinateur des secours d’urgence aux Nations unies, au mois de mars.

« Les gens ont l’air déshydratés et affamés », a déclaré à JTA Gershom Sizomu, le rabbin de la communauté. « Les gens tombent malades et dépérissent et certains meurent en raison des complications entraînées par le manque de produits alimentaires. Ils étaient déjà malades, mais sans nourriture, ils s’affaiblissent et s’affaiblissent encore ».

Sizomu a indiqué à JTA que les Abayudaya, qui comptent sur leurs propres récoltes pour survivre, ont été frappés de plein fouet par la sécheresse. Tandis que la situation semble s’apaiser un peu maintenant – la saison de la récolte étant arrivée pour le maïs et les haricots – de nombreuses familles ne s’appuient que sur un seul repas par jour, a-t-il dit.

‘Certains meurent en raison des complications entraînées par le manque de produits alimentaires’

Deux membres de la communauté qui étaient déjà malades sont morts de malnutrition.

Fuir la zone est inutile, a ajouté Sizomu – la pénurie de nourriture touche également les villes.

La communauté, dont les membres se sont convertis au judaïsme sous les auspices du mouvement conservateur il y a quinze ans, garde des contacts réguliers avec les communautés juives aux Etats-Unis et en Israël. Mais seule une synagogue américaine a offert de l’aide aux Abayudaya.

Beth El, une congrégation conservatrice de Pittsburgh, a accueilli Sizomu à l’occasion d’un week-end d’études de la Torah l’année dernière au cours duquel il avait mentionné le risque de famine. Alors lorsque 60 membres de cette congrégation se sont rencontrés le mois dernier à l’occasion de la réunion annuelle de la synagogue, le président de la congrégation, Cliff Spungen, a fait circuler une enveloppe pour les dons. Elle est revenue remplie de 800 dollars.

La synagogue centrale de la communauté juive des Abayudaya en Ouganda. (Crédit : Ben Sales/JTA)
La synagogue centrale de la communauté juive des Abayudaya en Ouganda. (Crédit : Ben Sales/JTA)

Dans les semaines qui ont suivi, Spungen a lancé des appels via courriel aux membres de la synagogue ainsi qu’au Temple Emmanuel, une synagogue réformée voisine. Au total, la campagne de Pittsburgh a permis de collecter 6 500 dollars — une somme importante dans les régions rurales de l’Ouganda où une famille de Nabugoye, le principal village où vivent les Abayudaya, peut vivre sur une somme aussi modeste que 5 dollars par jour.

« Nous espérons que cela a aidé », a commenté Spungen. « C’est vraiment révélateur et c’est vraiment significatif que les gens se soient montrés généreux ».

Lorsqu’on en vient à la collecte de fonds au sein de la communauté juive pour aider à soulager la famine en Afrique de l’est cette année, la campagne de Beth El est une réussite rare. ‘Rentrez dans la coalition juive pour secourir l’Afrique du nord’ rassemble 24 groupes juifs qui ont été réunis par le JDC (American Jewish Joint Distribution Committee). Plus de deux mois après la création de la coalition, elle n’est parvenue à collecter que 10 000 dollars.

Les membres de la communauté juive de Nabagoye, en Ouganda, avec la Torah. (Autorisation de Bechol Lashon via JTA)
Les membres de la communauté juive de Nabagoye, en Ouganda, avec la Torah. (Autorisation de Bechol Lashon via JTA)

Ce « filet de dollars » n’est pas suffisant pour commencer à programmer d’éventuelles allocations, a commenté Will Recant, président de la coalition. La coalition investit dorénavant plutôt dans la sensibilisation à cette crise à travers l’éducation et le plaidoyer, envoyant des documents d’information des Nations unies aux congrégations et aux communautés juives.

L’objectif de la coalition est plus large que la campagne de la synagogue. La campagne menée par les synagogues a pu avoir un impact dans la mesure où leurs dons ont ciblé une petite communauté. La coalition espère apporter une contribution significative à l’effort de secours global livré en Afrique de l’est.

Des membres de la communauté juive ougandaise des Abayudaya aux abords d'une synagogue à Nabagoye. (Autorisation : Bechol Lashon)
Des membres de la communauté juive ougandaise des Abayudaya aux abords d’une synagogue à Nabagoye. (Autorisation : Bechol Lashon)

La collecte de fonds a été difficile, a ajouté Recant, parce que la famine est une crise graduelle qui n’a pas beaucoup attiré l’attention à l’international. Suite à un événement majeur – comme l’a été, par exemple, le séisme à Haïti en 2010 – une coalition similaire de groupes juifs s’était formée et avait levé 600 000 dollars, la plus grande partie durant les deux mois qui avaient suivi la tragédie.

Après le séisme qui avait touché le Népal en 2015, l’AJWS (American Jewish World Service) avait collecté 2,5 millions de dollars de contributions.

« L’argent avait afflué parce que c’était soudain et choquant », a expliqué Sam Wolthuis, le directeur des opérations internationales et des réponses aux catastrophes du groupe.

Le rabbin Gershom Sizomu, chef de la communauté juive ougandaise, démantèle la vieille synagogue de Nabagoye. (Autorisation : Bechol Lashon via JTA)
Le rabbin Gershom Sizomu, chef de la communauté juive ougandaise, démantèle la vieille synagogue de Nabagoye. (Autorisation : Bechol Lashon via JTA)

L’AJWS a rassemblé 200 000 dollars depuis le mois de juin en aides à destination de l’Afrique de l’est. « Nous avons réalisé qu’avec le conflit en cours et les crises qui se déroulent sur de longues périodes, nous n’obtenons pas autant que ce que nous aurions besoin pour répondre à ce qui est nécessaire sur le terrain », a constaté Wolthuis.

Une fois que la coalition aura collecté suffisamment d’argent, Recant a déclaré qu’il espère aider les Abayudaya au niveau de l’approvisionnement en eau à long terme. Bechol Lashon, un groupe défenseur des Juifs de couleurs, aide également les Abayudaya dans le domaine de la planification des infrastructures.

Le soutien apporté par l'AJWS (American Jewish World Service) permet à ces jeunes ougandaises de rester à l'école et d'apprendre tout ce qui est nécessaire concernant leur santé et leurs droits (Crédit :Jonathan Torgovnik)
Le soutien apporté par l’AJWS (American Jewish World Service) permet à ces jeunes ougandaises de rester à l’école et d’apprendre tout ce qui est nécessaire concernant leur santé et leurs droits (Crédit :Jonathan Torgovnik)

La dernière famine grave ayant touché cette partie de l’Afrique de l’est remonte à 2011. Cette année-là, une coalition de groupes juifs qui portait le même nom avait soulevé presque 150 000 dollars.

Sizomu a expliqué à JTA que les Abayudaya avaient partagé l’argent qu’ils avaient reçu de Pittsburgh avec les communautés environnantes, souffrant elles aussi de pénuries.

Si les récoltes permettent d’améliorer la situation, Sizomu a indiqué espérer qu’il pourrait reporter l’attention de la communauté sur des systèmes de stockage de l’eau et d’irrigation pour que les fermiers puissent survivre à la prochaine sécheresse.

Mais il a reconnu que développer les infrastructures nécessaires sera coûteux. Et qu’aujourd’hui, des gens sont encore en proie à la faim.

« Les gens sont déprimés, et vous pouvez le voir sur leurs visages », a dit Sizomu. « Les parents sont déprimés parce qu’ils ont beaucoup de choses à s’occuper. Il y a un besoin constant de nourriture ».

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