Les Juifs républicains de Cleveland loin d’être unis sur Trump
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Les Juifs républicains de Cleveland loin d’être unis sur Trump

Alors que certains Juifs du Nord-Est de l'Ohio pensent que l'homme d'affaires-candidat est « très pro-Israël », d'autres disent que « ce pays peut faire mieux"

Des gens se donnent la main à un rassemblement de paix au milieu des préparations pour l'arrivée des visiteurs et des délégués pour la Convention nationale républicaine le 17 Juillet 2016, à Cleveland, Ohio. (AFP / DOMINICK REUTER)
Des gens se donnent la main à un rassemblement de paix au milieu des préparations pour l'arrivée des visiteurs et des délégués pour la Convention nationale républicaine le 17 Juillet 2016, à Cleveland, Ohio. (AFP / DOMINICK REUTER)

CLEVELAND – A l’approche de la Convention nationale républicaine très attendue cette semaine, les Juifs républicains de Cleveland partagent différents avis sur l’homme qui devrait devenir le candidat officiel du parti pour l’élection présidentielle.

Alors que certains soutiennent pleinement la candidature non conventionnelle de Donald Trump à la Maison Blanche, d’autres disent que le porte-drapeau pressenti du parti est, comme les ronchons de Cleveland appellent la ville du Midwest : « L’erreur sur le lac ».

« Je n’aime pas ses manières », a dit Howard Frum, un mécanicien automobile juif orthodoxe de la banlieue University Heights de la ville. « La façon dont il dénigre les gens, il dévalorise la fonction du président. Je n’aime pas cela ».

Frum, membre du parti républicain, confie qu’il reste indécis, mais qu’il est extrêmement repoussé par l’approche emphatique du magnat de l’immobilier, mais pas nécessairement par ses positions politiques. Il approuve la promesse de campagne très controversée de Trump d’interdire temporairement toute entrée de Musulmans aux États-Unis.

‘Nous ne pouvons pas accepter les gens de cette partie du monde jusqu’à ce que nous ayons examiné minutieusement ces personnes’

« Nous ne pouvons pas accepter les gens de cette partie du monde jusqu’à ce que nous ayons examiné minutieusement ces personnes. Et cela est vrai de tous les pays. De l’Europe au Moyen-Orient. Nous avons ces terroristes, et une chose qu’ils ont en commun c’est qu’ils sont Musulmans. C’est la seule chose qu’ils ont en commun », a-t-il dit. « Mais tous les Musulmans ne sont pas des terroristes, et il faut respecter cela. Mais je ne pense pas que quiconque doive être autorisé à venir dans notre pays, à moins qu’il ait été minutieusement examiné. Et si cela prend deux ou trois ans, c’est ce qu’il faut faire ».

Howard Frum, un mécanicien automobile juif orthodoxe de University Heights, dans l'Ohio (Autorisation)
Howard Frum, un mécanicien automobile juif orthodoxe de University Heights, dans l’Ohio (Autorisation)

Pour Frum, le dégoût à l’égard de Trump est contrebalancé par le mépris envers la candidate démocrate présumée Hillary Clinton. « Trump ne m’emballe pas, » a-t-il dit, « mais je ne suis certainement pas un fan de Hillary. A moins que quelque chose ne se passe à l’une des conventions, le président sera une de ces deux personnes. Et je pense que c’est triste. Je pense que ce pays peut faire mieux ».

Le comté de Cuyahoga, où se trouve Cleveland, est traditionnellement bleu (la couleur du parti démocrate).

En 2012, par exemple, Barack Obama a remporté 69,3 % des voix dans le comté contre 29,6 % pour son challenger Mitt Romney. La population juive de Cleveland, comme une grande partie de la population juive américaine, a tendance à l’être aussi.

Cependant, les Juifs de la ville de Rust Belt soutiennent plutôt les républicains. Certains hésitent comme Frum, d’autres sont complètement dégoûtés par Trump et la perspective qu’il prenne des décisions de vie ou de mort dans le bureau Ovale.

« C’est une situation triste », selon un homme d’affaires à la retraite qui a demandé à garder l’anonymat et qui se définit comme un conservateur traditionnel fortement pro-israélien. « Triste pour notre pays de voir ce qui se passe ici. »

Parmi ses critiques contre Trump, l’appel de ce dernier à ce que les États-Unis restent neutre sur le conflit israélo-palestinien.

Le probable candidat républicain présidentiel , Donald Trump, venu inaugurer son hôtel Trump Turnberry et son parcours de golf à Turnberry, en Ecosse, le 24 juin 2016. (Crédit photo : Oli Scarff /AFP)
Le probable candidat républicain présidentiel , Donald Trump, venu inaugurer son hôtel Trump Turnberry et son parcours de golf à Turnberry, en Ecosse, le 24 juin 2016. (Crédit photo : Oli Scarff /AFP)

« Il doit être plus concentré sur ce qu’il fera ou ne fera pas à propos d’Israël. Il change d’avis en fonction de son processus de pensée », dit-il. « Mais nous espérons qu’il ne finira pas comme notre président actuel, qui a lâché Israël à plusieurs reprises. J’ai un problème avec [la neutralité de Trump]. Soit vous êtes avec Israël, soit vous ne l’êtes pas. C’est clair et net ».

En février, Trump avait dit qu’en tant que président, il « donnerait un sacré coup de fusil » pour parvenir à un insaisissable accord de paix entre les deux parties, qu’il a appelé « probablement l’accord le plus dur à obtenir ». Mais, pressé par Joe Scarborough de MSNBC, il a finalement dit : « Laissez-moi être une sorte de type neutre ».

Sa déclaration a été immédiatement attaquée par ses rivaux républicains, ainsi que sa désormais rivale pour l’élection générale l’ancienne secrétaire d’Etat Hillary Clinton.

La candidate démocrate Hillary Clinton à la conférence annuelle de l'AIPAC 2016 à Washington, DC, le 21 mars 2016. (Crédit: Jim Watson / AFP)
La candidate démocrate Hillary Clinton à la conférence annuelle de l’AIPAC 2016 à Washington, DC, le 21 mars 2016. (Crédit: Jim Watson / AFP)

Lors de son discours à la Conférence annuelle de l’AIPAC de cette année, Clinton a, sans le nommer, vilipendé Trump pour avoir pris cette position, en disant : « Oui, nous avons besoin d’une main ferme, et non, pas un président qui dit le lundi qu’il est neutre, pro-Israël mardi, et qui sait ce qu’il dira mercredi, parce que tout est négociable ».

Certains républicains juifs de Cleveland ont cependant un autre sentiment et ne pensent pas que la bonne foi pro-israélienne de Trump soit suspecte, comme Richard Loeb, du cabinet de recrutement Laven & Loeb, qui soutient le candidat de son parti.

« Il n’était pas mon premier choix. Mon premier choix était Marco Rubio. Mon deuxième choix était John Kasich », a-t-il dit. « Mais depuis que Donald Trump a gagné, je suis un partisan de Donald Trump, et je vais soutenir Donald Trump à l’élection ».

Loeb est moins emballé par Trump qu’il n’est rebuté par Clinton, en partie en raison de ce qu’il perçoit comme son manque de soutien suffisant pour Israël.

« Je ne pense pas qu’Hillary Clinton soit bonne pour Israël. Je pense qu’elle va poursuivre la politique de Barack Obama, et je ne pense pas que Barack Obama soit un ami d’Israël », a-t-il dit.

‘Il n’était pas mon premier choix. Mon premier choix était Marco Rubio. Mon deuxième choix était John Kasich’

Loeb a également défendu son candidat des accusations fréquentes émanant de la communauté juive selon lesquelles il a autour de lui des partisans antisémites et qu’il n’a pas condamné clairement le harcèlement au vitriol contre les journalistes juifs et d’autres.

« Donald Trump n’est certainement pas antisémite. Il ne soutient certainement pas un quelconque programe raciste », a-t-il dit.

« Il n’y a rien dans l’histoire de Donald Trump qui pourrait suggérer qu’il soit un raciste de quelque nature que ce soit, anti-noir, anti-tout. En fait, j’irais jusqu’à dire, même anti-musulman. Et donc, s’il y a des groupes antisémites qui soutiennent Trump, je ne pense pas que ce soit parce que Trump soit activement lié à eux ».

Trump a été largement dénoncé pour des propositions politiques telles que l’interdiction des Musulmans et son appel à construire un mur le long de la frontière entre les Etats-Unis et le Mexique et à expulser plus de 11 millions de citoyens sans papiers. Il a également provoqué une tempête lorsqu’il a déclaré que le juge Gonzalo Curiel, qui a supervisé une poursuite contre l’Université Trump, désormais fermée, ne pouvait pas être impartial dans cette affaire à cause de son héritage mexicain.

Jonathan A. Greenblatt, président de la Ligue anti-diffamation (ADL), à Los Angeles, le 6 novembre 2014. (Crédit : ADL)
Jonathan A. Greenblatt, président de la Ligue anti-diffamation (ADL), à Los Angeles, le 6 novembre 2014. (Crédit : ADL)

Beaucoup de personnes, dans la communauté juive et au-delà ont exprimé leur préoccupation quand il n’a pas rejeté immédiatement le soutien à la suprématie blanche comme David Duke, l’ancien grand marshall du Ku Klux Klan – au sujet duquel le chef de la Ligue anti diffamation, Jonathan Greenblatt, a exigé que Trump « clarifie sans équivoque qu’il rejette « les positions de Duke. Plus tard, le candidat politique, a répondu en disant que « l’antisémitisme n’a pas sa place dans notre société, qui doit être unie, pas divisée ».

Une image tweetée, puis supprimée, par Donald Trump le 2 juin 2016, qui utilise une étoile de David pour qualifier Clinton de "candidate la plus corrompue". (Crédit : capture d'écran YouTube)
Une image tweetée, puis supprimée, par Donald Trump le 2 juin 2016, qui utilise une étoile de David pour qualifier Clinton de « candidate la plus corrompue ». (Crédit : capture d’écran YouTube)

Plus récemment, Trump s’est attiré une condamnation rapide en tweetant une image de Hillary Clinton entourée de billets de 100 dollars avec les mots « candidate la plus corrompue de l’histoire ! » sur une étoile à six branches, symbole juif et israélien.

Sous l’image on pouvait voir une capture d’écran d’un sondage de Fox News affirmant que 58 % des électeurs américains considéraient Clinton « corrompue ». L’image proviendrait d’un site web de la suprématie blanche, et a ensuite été modifiée pour ne montrer qu’un cercle au lieu de l’Étoile de David.

Il a aussi été critiqué pour ne pas s’être exprimé explicitement contre ses partisans qui ont harcelé des journalistes juifs sur les médias sociaux avec des invectives antisémites.

Lorsqu’il a été interrogé par Wolf Blitzer de CNN le 4 mai sur ce que son message représentait pour ces fans, il a déclaré : « Je ne sais rien à ce sujet, vous devrez parler avec eux à ce sujet. Je n’ai pas de message pour mes partisans ».

Anita Gray, directrice de l’ADL de la région de l’Ohio, Kentucky / Allegheny, estime que ce comportement de Trump donne la parole à des souches antisémites dans la société américaine.

« La rhétorique qui sort de sa bouche est très préoccupante pour moi », a-t-elle dit, « particulièrement en ce qu’elle est dirigée contre les Juifs et les autres minorités. Ça m’inquiète. Sa rhétorique agressive fait appel à des antisémites et à d’autres groupes sociaux. L’Américain moyen ne ressemble pas à une personne blanche aujourd’hui. Je pense que c’est peut-être ce qui attire ces personnes en marge ».

Edward ‘Torchy’ Smith (Crédit : autorisation)
Edward ‘Torchy’ Smith (Crédit : autorisation)

Cela ne dérange pas l’animateur de le radio juive de Cleveland Edward « Torchy » Smith pour autant. L’hôte de Baby Boomers Talk Radio soutient pleinement Trump et ne trouve pas la nature de sa rhétorique déconcertante. Au sujet d’une partie du soutien qu’il a suscité, Smith a déclaré : « Je ne suis pas préoccupé par cela. Par un petit pourcentage de néo-nazis ou autre chose. Ils sont insignifiants. En tant que Juif, cependant, je pense qu’il est beaucoup plus favorable à Israël. Bien plus, d’autant plus qu’Israël est intimidé par l’Iran ».

Trump a dit qu’il ne « déchirerait » pas l’accord nucléaire iranien créé par les puissances mondiales l’année dernière mais qu’il le « polirait » à la place.

Mais pour les républicains plus traditionnels comme Howard Frum, le mécanicien automobile, ces proclamations ne le rassurent pas nécessairement, et il a indiqué que les événements qui se produiront bientôt pourraient faire basculer son vote pour novembre.

« Je n’ai pas encore fait mon choix sur qui je vais soutenir », a-t-il dit. « J’attends la convention. Je veux voir ce qui va se passer à cette convention ».

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