Les Kurdes syriens exhortent les Européens à ne « pas les lâcher »
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Les Kurdes syriens exhortent les Européens à ne « pas les lâcher »

Les Européens ont d'ores et déjà déjà opposé une fin de non-recevoir à la proposition des Etats-Unis de créer une "force d'observateurs" qui se substituerait aux Américains

(Le responsable kurde Aldar Khalil, qui a joué un rôle dans l'établissement de la région semi-autonome kurde en 2013, pendant une interview à  Qamishl, le 22 décembre 2018 (Crédit :  Delil SOULEIMAN / AFP)
(Le responsable kurde Aldar Khalil, qui a joué un rôle dans l'établissement de la région semi-autonome kurde en 2013, pendant une interview à Qamishl, le 22 décembre 2018 (Crédit : Delil SOULEIMAN / AFP)

Les Kurdes syriens exhortent les Européens à ne pas les abandonner une fois le groupe jihadiste Etat islamique (EI) vaincu et à contribuer à la création d’une force internationale dans le nord-est syrien face à la Turquie.

« Ces pays ont des engagements politiques et moraux » vis-à-vis des Kurdes qui en combattant l’EI ont contenu l’expansion de la menace terroriste vers l’Europe, avertit un haut responsable kurde syrien, Aldar Khalid, dans une interview à l’AFP dimanche soir à Paris : « s’ils ne tiennent pas (ces engagements), ils nous lâchent ».

La milice kurde des Unités de protection du peuple (YPG) domine l’alliance arabo-kurde des Forces démocratiques syriennes (FDS) qui s’apprête à proclamer la victoire sur le groupe Etat islamique (EI). Mais avec le retrait des troupes américaines annoncé par le président Donald Trump, elle apparaît paradoxalement plus fragile que jamais.

Depuis l’annonce en décembre du prochain départ des 2 000 soldats américains déployés dans les zones sous contrôle kurde, dans le nord-est de la Syrie, la Turquie multiplie les menaces d’intervention.

Ankara considère les YPG comme la branche syrienne du Parti des Travailleurs du Kurdistan (PKK), qui livre une sanglante guérilla à l’Etat turc depuis 1984.

Le haut responsable kurde appelle en particulier la France, membre permanent du Conseil de sécurité, à oeuvrer à l’ONU en faveur d’une force internationale.

« La France peut faire une proposition au Conseil de sécurité pour notre protection : elle peut proposer une force internationale entre nous et les Turcs, dont elle fasse partie, ou protéger notre ciel », suggère Aldar Khalil.

Le régime syrien, seule alternative

Le secteur évoqué pour le déploiement de cette force, environ 30 kilomètres de profondeur en territoire syrien, englobe les grandes villes de la minorité kurde.

Cette force pourrait ressembler à la Finul déployée par l’ONU dans le Sud du Liban pour sécuriser la frontière avec Israël, avance ce haut responsable de l’administration semi-autonome kurde créée après le début du conflit syrien en 2011.

Des combattantes des unités de protection kurdes (YPG) aux funérailles d’un soldat arabe des Forces syriennes démocratiques à Tal Tamr , dans la province de Hasakeh, au nord-est de la Syrie, le 21 décembre 2018 (Crédit : Delil Souleiman/AFP)

Mais les Européens ont déjà opposé une fin de non recevoir à la proposition des Etats-Unis de créer une « force d’observateurs » qui se substituerait aux Américains.

« Washington essaie de trouver des solutions de sortie qui n’en sont pas : ‘nous partons, vous restez' », commente une source gouvernementale française.

Donald Trump presse aussi les pays européens de rapatrier leurs centaines de ressortissants retenus par les Kurdes syriens après avoir rallié l’EI.

« Le mieux c’est qu’ils retournent dans leur pays », concède Aldar Khalil. « On peut sinon créer un ou deux tribunaux internationaux pour les juger », propose-t-il sans plus s’étendre.

A défaut de zone tampon, une zone d’exclusion aérienne pourrait, selon lui, dissuader l’aviation turque de pénétrer dans le nord-est syrien pour appuyer une éventuelle offensive terrestre.

« Si le ciel est protégé, la Turquie ne pourra pas nous anéantir même si elle nous attaque », estime Aldar Khalil.

S’ils n’obtiennent pas gain de cause auprès des Occidentaux, les YPG se tourneront vers le régime de Damas qui, appuyé par la Russie et l’Iran, a déjà repris le contrôle des deux-tiers de la Syrie.

‘Solution par défaut’

« On sera obligé de s’entendre avec le régime pour qu’il envoie ses forces militaires sur les frontières et les protège », avertit l’influent responsable kurde.

Le président syrien Bachar-al Assad, déterminé à reprendre le contrôle de la totalité du territoire après huit ans de guerre qui ont un temps fait vaciller son régime, a déjà devancé l’appel.

« Rien ne vous protègera si ce n’est votre Etat », a-t-il martelé dimanche. « La meilleure solution serait d’entamer un dialogue avec Damas », renchérit la diplomatie russe.

En cas d’accord, les FDS entendent continuer à administrer les territoires sous leur contrôle, soit près de 30 % du pays.

« Nous poserons comme condition que les soldats sur les frontières soient originaires de notre région. Ils seront rattachés hiérarchiquement à l’armée syrienne mais ce seront des unités à nous », prévient Aldar Khalil.

Les Kurdes se disent aussi prêts à des concessions. « On peut céder un pourcentage des champs pétroliers, partager les revenus douaniers, accepter aussi de lever le drapeau du régime », dit-il.

Pour certains observateurs toutefois, le régime exigera une capitulation sans conditions des Kurdes, en position de faiblesse.

« La solution par défaut, c’est un accord entre le régime syrien et les Kurdes », concède-t-on à Paris. « Mais Damas veut récupérer sa souveraineté. D’où l’importance des Russes dans le jeu » et d’un règlement politique incluant la Turquie, note-t-on de source gouvernementale française.

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