Les marxistes du Labour distribuent des tracts comparant Israël aux nazis
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Le député accusé d’antisémitisme parle de "maccarthysme"

Les marxistes du Labour distribuent des tracts comparant Israël aux nazis

Un article dans un prospectus distribué aux participants de la conférence du parti accuse l’État juif d’apartheid et d’être "structurellement raciste"

Moshe Machover, activiste d'origine israélienne du Parti travailliste britannique. (Crédit : capture d'écran YouTube)
Moshe Machover, activiste d'origine israélienne du Parti travailliste britannique. (Crédit : capture d'écran YouTube)

Une faction marxiste du Parti travailliste britannique a distribué dimanche des tracts lors de la conférence du parti à Liverpool. Les tracts en question comportaient un article comparant Israël à l’Allemagne nazie, a rapporté le Jewish Chronicle.

L’article était intitulé « Pourquoi Israël est un État raciste » et était écrit par Moshe Machover, un militant travailliste d’origine israélienne et anti-sioniste convaincu.

Dans l’article, Machover, qui estime que c’est un « fait établi », a accusé Israël d’être « structurellement raciste, un État d’apartheid », selon le Chronicle.

Il a repris des citations d’universitaires israéliens afin de justifier ses comparaisons entre le sionisme et le nazisme – notamment une du professeur Daniel Blatman, de l’université Hébraïque, qui a déclaré il y a quelques mois que les politiques du gouvernement rappelaient celles de l’Allemagne des années 1930.

L’année dernière, dans un prospectus similaire, Machover avait repris une citation de Reinhard Heydrich, un architecte de l’Holocauste, laissant entendre que les nazis avaient initialement soutenu les ambitions sionistes. Machover a été temporairement suspendu de son parti suite à cette publication.

Reinhard Heydrich. (Crédit photo : Archives fédérales allemandes / Wikipedia)

Jeremy Corbyn, dirigeant du Labour, qui a été accusé d’avoir exprimé des sentiments antisémites et anti-israéliens, a déclaré par la suite qu’il était heureux que Machover soit réintégré au parti.

Pour avoir comparé les politiques israéliennes à celles des nazis, l’article de Machover semblerait violer la définition de l’antisémitisme de l’Alliance internationale pour la mémoire de l’Holocauste (IHRA). Les travaillistes ont adopté la définition dans son intégralité au début du mois après un tollé concernant l’adoption d’une version qui supprimait certaines clauses concernant la critique d’Israël et l’ajout d’une mention soulignant le droit à la « liberté d’expression » au sujet d’Israël.

Par ailleurs, le député travailliste Christopher Williamson, qui est intervenu dimanche lors d’un rassemblement du groupe « Le Labour contre la chasse aux sorcières », organisé en marge de la conférence du parti, a comparé les accusations d’antisémitisme visant le parti au « maccarthysme ». Il a invoqué le livre 1984 de George Orwell, selon les médias sociaux, dans lequel « le bien est le mal, le noir est le blanc, et nous avons le ministère de la vérité et tout le reste ».

Williamson a admis qu’il y avait « des abus épouvantables en ligne, cela ne fait aucun doute ». Mais, a-t-il dit, « ils mettent ces abus en ligne sur le dos de membres du Parti travailliste, comme s’ils étaient responsables de cela. Mais où sont les preuves de cela ? »

Il s’exprimait aux côtés du militant juif anti-sioniste Tony Greenstein, qui a été expulsé du parti en février pour avoir utilisé le terme antisémite « Zio » et s’être moqué de l’expression « solution finale ».

Dimanche, Corbyn a insisté sur le fait qu’il n’était pas antisémite, mais a refusé de s’excuser pour une série d’incidents l’impliquant lui et d’autres membres du parti, qui ont été accusés d’antisémitisme et de sentiment anti-israélien.

Dans une interview accordée à Andrew Marr, animateur de la BBC, en prévision de la conférence annuelle du parti, Corbyn a défendu sa propre ligne de conduite et ses agissements dans certains scandales qui ont secoué le parti d’opposition ces derniers mois.

Quand Marr lui a demandé s’il souhaitait « exprimer des remords personnels » sur la crise actuelle, Corbyn a répondu : « Je dirai simplement ceci : je suis un anti-raciste et je mourrai anti-raciste. L’antisémitisme est un fléau dans toute société. Je m’y suis opposé toute ma vie et je continuerai à m’y opposer toute ma vie. »

Corbyn a insisté auprès de Marr sur le fait qu’il n’était « absolument » pas antisémite, tout en défendant l’une de ses précédentes remarques – selon laquelle les sionistes britanniques ne comprenaient pas l’ironie –, sa présence à une cérémonie pour les terroristes palestiniens et sa réticence à adopter la définition d’antisémitisme de l’IHRA. S’il l’a finalement adoptée au début du mois, il a sans succès tenté d’y intégrer une mention affirmant que le fait de juger Israël de comportement raciste n’était pas antisémite.

Le dirigeant du Parti travailliste britannique, Jeremy Corbyn, durant un discours lors de la conférence du parti à Liverpool, en Angleterre, le 23 septembre 2018. (AFP PHOTO / Paul ELLIS)

Alors que des allégations d’antisémitisme pèsent sur Corbyn depuis qu’il est devenu le dirigeant du parti il y a trois ans, la polémique a pris de l’ampleur depuis mars.

Si Corbyn a défendu la manifestation anti-raciste « Enough is enough » organisée par la communauté juive sur la place du Parlement, il a ensuite refusé que son parti adopte intégralement la définition d’antisémitisme établie par l’IHRA. En outre, au cours de l’été, des liens entre Corbyn et des terroristes, des antisémites et des négationnistes de la Shoah ont été révélés. L’ancien grand rabbin britannique Lord (Jonathan) Sacks avait alors qualifié le mois dernier Corbyn de dangereux antisémite.

Cette polémique au sujet de l’antisémitisme au sein du Parti travailliste a provoqué un schisme majeur dans ses rangs, conduisant certains Juifs britanniques à faire part de leurs craintes quant à leur avenir dans le pays.

Selon un récent sondage réalisé pour The Jewish Chronicle, près de 40 % des Juifs britanniques envisageraient sérieusement d’émigrer si Corbyn devenait Premier ministre.

JTA a contribué à cet article.

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