Les Palestiniens ont soumis au Quartet une « contre-proposition » au plan de Trump
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Les Palestiniens ont soumis au Quartet une « contre-proposition » au plan de Trump

Les "quatre pages et demie" proposent la création d'un "Etat palestinien souverain, indépendant et démilitarisé" et Jérusalem est comme capitale

Le Premier ministre de l'Autorité palestinienne, Mohammed Shtayyeh, préside une réunion du cabinet dans le village de Fasayil, dans la vallée du Jourdain, le 16 septembre 2019. (Crédit : Majdi Mohammed/AP)
Le Premier ministre de l'Autorité palestinienne, Mohammed Shtayyeh, préside une réunion du cabinet dans le village de Fasayil, dans la vallée du Jourdain, le 16 septembre 2019. (Crédit : Majdi Mohammed/AP)

Les Palestiniens ont soumis une « contre-proposition » au plan américain pour le Proche-Orient, qui prévoit notamment l’annexion de pans de la Cisjordanie par Israël, a affirmé mardi le Premier ministre de l’Autorité palestinienne (AP) Mohammed Shtayyeh.

« Nous avons soumis une contre-proposition au Quartet [Union européenne, ONU, Russie et Etats-Unis, NDLR] il y a quelques jours », a déclaré M. Shtayyeh, précisant que ce texte de « quatre pages et demie » proposait la création d’un « Etat palestinien souverain, indépendant et démilitarisé » et des « modifications au tracé de frontières lorsque nécessaire ».

Le texte propose aussi des « mineures modifications au tracé de frontières lorsque nécessaire », a-t-il indiqué lors d’une rencontre avec des journalistes étrangers à Ramallah, siège de l’AP, précisant que le transfert de territoires proposé se fera d’ « égal à égal » en termes de « taille et valeur ».

« Nous souhaitons qu’Israël ressente la pression internationale (…) Pour la première fois, les alliés politiques européens discutent de sanctions contre Israël car nous leur avons demandé », a affirmé M. Shtayyeh mardi.

« La reconnaissance [d’un Etat palestinien, NDLR] est une mesure préventive contre l’annexion et les sanctions en sont une autre, additionnelle », a-t-il ajouté.

« La colère est là, l’insatisfaction est là, la frustration est là et tout ça est une recette pour plus de problèmes », a estimé M. Shtayyeh, assurant toutefois que l’AP souhaite éviter le « chaos ».

Ces derniers jours, des manifestations se sont multipliées en Cisjordanie mais aussi en Israël contre le projet d’annexion, sans toutefois rallier jusqu’à présent de vastes foules côté palestinien.

Des milliers d’Israéliens lors d’une manifestation contre le plan d’annexion de la Cisjordanie du Premier ministre Benjamin Netanyahu, place Rabin à Tel Aviv, le 6 juin 2020 (Crédit : Avshalom Sassoni/Flash90)

Le secrétaire général de l’Organisation de libération de la Palestine (OLP), Saëb Erakat, a précisé mardi qu’il avait rencontré des représentants de la Russie, de l’Union européenne (UE) et de l’ONU pour discuter du projet d’annexion, mais pas des Etats-Unis, les Palestiniens ayant coupé les ponts politiques avec Washington depuis sa reconnaissance en décembre 2017 de Jérusalem comme capitale d’Israël.

Erakat a indiqué avoir remis à ces membres du Quartet une lettre d’Abbas « exigeant la formation d’une coalition internationale contre l’annexion et une réunion de tous les pays qui s’y opposent ».

Erakat avait déclaré lundi que l’AP allait s’effondrer si des parties de la Cisjordanie étaient annexées. Selon lui, Israël devra y gérer tous les Israéliens et tous les Palestiniens. « Si vous annexez un mètre de Cisjordanie, vous serez responsables pour tout entre le Jourdain et la mer Méditerranée », avait déclaré Erekat à la Douzième chaîne. « Si l’annexion est appliquée, l’Autorité palestinienne n’y survivra pas. Netanyahu veut que l’AP soit détruite et que le Hamas reste dans la bande de Gaza », avait-il lancé.

Le négociateur palestinien Saeb Erekat lors d’une conférence de presse suite à une réunion d’urgence au siège de la Ligue arabe au Caire, Egypte, le 11 août 2014. (AP/Amr Nabil)

L’AP prévoit de passer vers le statut d’État

L’AP passera d’ « une autorité temporaire » à « l’imposition d’un État sur le terrain, et la Palestine sera un État le long des frontières de 1967 et sa capitale sera Jérusalem-Est », a encore annoncé Mohammed Shtayyeh dans ses remarques faites à l’Association de la presse étrangère à Ramallah.

Ses commentaires font écho aux déclarations qu’il a faites lundi soir à la télévision palestinienne, lorsqu’il a promis de « faire avancer tout ce qui est lié à la question de la transition de l’Autorité politiquement et légalement en un État, si Israël continue sur cette voie ».

Si Israël devait annexer de grandes parties de la Cisjordanie et de la vallée du Jourdain le 1er juillet, a averti Mohammed Shtayyeh, l’AP procéderait à une « annonce constitutionnelle » et établirait une « assemblée constituante ».

Ce n’est pas la première fois que les responsables de l’AP annoncent une date limite pour une déclaration unilatérale d’indépendance. En 2011, l’AP est devenue un membre non-étatique de l’Assemblée générale des Nations unies après une poussée unilatérale en faveur de la reconnaissance internationale. Au cours de la même période, le Premier ministre de l’AP de l’époque, Salam Fayyad, avait martelé que son gouvernement avait l’intention de procéder à la proclamation de son État, avec ou sans le consentement d’Israël.

L’AP n’a cependant jamais donné suite à ces menaces, préférant revenir à des négociations bilatérales avec Israël sous la médiation du secrétaire d’État américain John Kerry de l’époque.

Palestinian Authority Prime Minister Salam Fayyad (left) with Palestinian Authority President Mahmoud Abbas (photo credit: Issam Rimawi/Flash90)
Le Premier ministre de l’Autorité palestinienne Salam Fayyad (à gauche) avec le président de l’Autorité palestinienne Mahmoud Abbas (Crédit : Issam Rimawi / Flash90)

Néanmoins, l’annonce de Mohammed Shtayyeh intervient à un moment beaucoup plus délicat – et avec un calendrier beaucoup plus serré. Alors que Salam Fayyad avait indiqué que des mois ou des années pourraient s’écouler avant que Ramallah ne se déclare indépendant, il reste moins d’un mois avant que Netanyahu ne puisse commencer à annexer des parties de la Cisjordanie selon les termes de son accord de coalition avec son partenaire rival Benny Gantz, l’actuel ministre de la Défense.

À l’époque, Ramallah avait un allié plus proche en la personne du président américain Barack Obama, qui appelait à un retour aux négociations et à une solution à deux États. L’administration Trump, en revanche, soutient le principe de l’annexion, son plan de paix constituant la base de la démarche prévue par Israël.

Il n’est pas certain que « l’annonce constitutionnelle » proposée par Mohammed Shtayyeh entraîne de véritables changements dans le fonctionnement de l’AP.

Dans les médias palestiniens, peu après ses remarques mardi, des articles ont fait état de l’incapacité de l’AP à payer les salaires mensuels des fonctionnaires, la menace du Premier ministre étant reléguée aux derniers paragraphes.

Le ministre des Affairs étrangères allemand Heiko Maas à Berlin le 31 juillet 2019. (Crédit : AP Photo/Michael Sohn)

Le chef de la diplomatie allemande Heiko Maas est attendu mercredi à Jérusalem pour la première visite d’un dignitaire étranger auprès du nouveau gouvernement israélien, qui cherche à atténuer la réaction de l’Europe à son projet controversé d’annexion de pans de la Cisjordanie.

Le 1er juillet, jour où l’Allemagne prendra la présidence tournante du Conseil de l’Union européenne (UE), le gouvernement du Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu pourrait dévoiler sa feuille de route pour mettre en oeuvre le « plan Trump ».

Si Washington est le premier allié de l’Etat hébreu, Bruxelles est son premier partenaire d’affaires, avec des échanges commerciaux ayant dépassé les 30 milliards d’euros l’an dernier, selon les données européennes.

« C’est la première visite depuis que le nouveau gouvernement est entré en fonction (mi-mai). C’est un symbole de la relation forte et unique entre Israël et l’Allemagne, et un symbole de l’amitié personnelle entre Heiko Maas et Israël », souligne Avi Nir, chef de la section Europe aux Affaires étrangères israéliennes.

Si l’Etat hébreu annexe les implantations de Cisjordanie, où vivent 450 000 Israéliens auprès de plus de 2,7 millions de Palestiniens, que feront les pays européens ? Imposer des sanctions à Israël ? Reconnaître une Palestine indépendante? Ou temporiser ?

A LIRE : Comment le monde va-t-il réagir à l’annexion de la Cisjordanie ?

« Une telle décision ne pourrait rester sans réponse », avait prévenu le 26 mai le chef de la diplomatie française Jean-Yves Le Drian, sans épiloguer sur la stratégie de Paris.

« Nous croyons que certains pays au sein de l’Union européenne envisagent la reconnaissance d’un Etat palestinien (…) mais nous pensons aussi que l’Allemagne, même en cas d’annexion, ne reconnaîtra pas un Etat palestinien et ne soutiendra pas des sanctions contre Israël », note un responsable israélien. Une annexion « affectera fort probablement les relations Allemagne-Israël, au moins à court terme mais (…) il est important de garder des canaux de communication ouverts », précise-t-il.

Pour sa première visite hors d’Europe depuis le début de la pandémie de Covid-19, Heiko Maas rencontrera son homologue Gabi Ashkenazi, puis Netanyahu et Gantz.

Il prendra ensuite l’avion pour la Jordanie, sans passer par Ramallah, siège de l’Autorité palestinienne, en raison du « peu de temps » pour sa visite et des mesures anti-coronavirus, dit-on à Berlin et Jérusalem. M. Shtayyeh a lui estimé mardi qu’Israël avait « empêché » une visite du ministre allemand à Ramallah, ce qu’a nié l’Etat hébreu.

Il s’entretiendra par visioconférence avec Shtayyeh depuis Amman, où il rencontrera le ministre jordanien des Affaires étrangères Ayman Safadi, qui a déjà mis en garde contre l’annexion.

Ayman Safadi, le ministre jordanien des Affaires étrangères, le 25 juillet 2017 (Crédit : AFP/Khalil Mazraawi)

Par ailleurs, Hussein al-Sheikh, un haut fonctionnaire palestinien et proche conseiller du président de l’AP Mahmoud Abbas, a déclaré lundi au New York Times que le gouvernement palestinien à Ramallah ne continuera pas à assurer la fonction publique si l’annexion prévue par Israël de grandes parties de la Cisjordanie se poursuit. Al-Sheikh a déclaré que l’AP bloquait également les 105 millions de dollars qu’elle envoie chaque mois dans la bande de Gaza, dont une grande partie est également utilisée pour payer les salaires des employés du secteur public. Toutes ces mesures, a indiqué Al-Sheikh, font partie d’une stratégie visant à exercer une pression sur Israël et à le forcer à renoncer à l’annexion.

« Soit ils reviennent sur l’annexion et les choses redeviennent comme avant, soit ils poursuivent l’annexion et redeviennent la puissance occupante dans toute la Cisjordanie », a déclaré M. al-Sheikh. « Je n’accepterai pas que mon rôle soit celui d’un prestataire de services. Je ne suis pas une municipalité ou une organisation caritative ».

Yoav Mordechai, dirigeant du COGAT, et Hussein al-Sheikh, ministre des Affaires civiles de l’Autorité palestinienne, après la signature d’un accord de coopération sur l’eau, le 15 janvier 2017. (Crédit : COGAT)

L’AP a déjà commencé à freiner sa coopération avec Israël, ce qui inclut la délivrance de permis aux Palestiniens pour qu’ils puissent recevoir un traitement médical dans les installations mieux équipées d’Israël ou pour qu’ils puissent entrer en Israël pour d’autres raisons, a déclaré M. al-Sheikh. Le mois dernier, l’AP a déclaré qu’elle mettait fin à sa coopération avec Israël en matière de sécurité.

L’annexion pourrait ramener toutes les parties à la situation qui a précédé les accords d’Oslo de 1993, lorsque le président de l’Organisation de libération de la Palestine (OLP) Yasser Arafat a reconnu le droit d’Israël à exister, a déclaré samedi le Premier ministre de l’AP Mohammad Shtayyeh.

« En cas d’annexion, le retrait de notre reconnaissance d’Israël sera sur la table », a déclaré M. Shtayyeh.

Si l’annexion est peut-être à l’origine de la crise actuelle, l’AP a une autre raison de réduire ses dépenses dans la fonction publique : une crise budgétaire qui s’est aggravée et qui pourrait l’avoir empêchée de payer ses employés.

Dans une interview à la télévision palestinienne samedi soir, Shtayyeh a déclaré que le ministère des Finances de l’AP n’avait pas déterminé si l’AP avait assez d’argent pour continuer à distribuer les salaires du gouvernement.

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