Tel Aviv : Manifestation contre le projet d’annexion, « un crime de guerre »
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Tel Aviv : Manifestation contre le projet d’annexion, « un crime de guerre »

Un député du Meretz et le chef de la Liste arabe unie évoquent un futur "apartheid" ; la police a arrêté un photographe et quatre manifestants

Jacob Magid est le correspondant pour les questions liées aux implantations pour le Times of Israël

  • Des milliers d'Israéliens lors d'une manifestation contre le plan d'annexion de la Cisjordanie du Premier ministre Benjamin Netanyahu, place Rabin à Tel Aviv, le 6 juin 2020 (Crédit :  Avshalom Sassoni/Flash90)
    Des milliers d'Israéliens lors d'une manifestation contre le plan d'annexion de la Cisjordanie du Premier ministre Benjamin Netanyahu, place Rabin à Tel Aviv, le 6 juin 2020 (Crédit : Avshalom Sassoni/Flash90)
  • Des manifestants réunis sur la place Rabin, à Tel Aviv, contre le plan israélien d'annexion de la Cisjordanie (Crédit : JACK GUEZ / AFP)
    Des manifestants réunis sur la place Rabin, à Tel Aviv, contre le plan israélien d'annexion de la Cisjordanie (Crédit : JACK GUEZ / AFP)
  • Un manifestant brandit un panneau sur lequel est écrit "Non à l'annexion" pour dénoncer le projet israélien d'annexion de la Cisjordanie sur la place Rabin de Tel Aviv, le 6 juin 2020 (Crédit : JACK GUEZ / AFP)
    Un manifestant brandit un panneau sur lequel est écrit "Non à l'annexion" pour dénoncer le projet israélien d'annexion de la Cisjordanie sur la place Rabin de Tel Aviv, le 6 juin 2020 (Crédit : JACK GUEZ / AFP)
  • Des manifestants réunis sur la place Rabin, à Tel Aviv, contre le plan israélien d'annexion de la Cisjordanie (Crédit : JACK GUEZ / AFP)
    Des manifestants réunis sur la place Rabin, à Tel Aviv, contre le plan israélien d'annexion de la Cisjordanie (Crédit : JACK GUEZ / AFP)
  • Un manifestant avec le drapeau israélien pendant une manifestation pour dénoncer le projet d'annexion de la Cisjordanie, place Rabin à Tel Aviv, le 6 juin 2020 (Crédit : JACK GUEZ / AFP)
    Un manifestant avec le drapeau israélien pendant une manifestation pour dénoncer le projet d'annexion de la Cisjordanie, place Rabin à Tel Aviv, le 6 juin 2020 (Crédit : JACK GUEZ / AFP)
  • Des milliers d'Israéliens lors d'une manifestation contre le plan d'annexion de la Cisjordanie du Premier ministre Benjamin Netanyahu, place Rabin à Tel Aviv, le 6 juin 2020 (Crédit :  Avshalom Sassoni/Flash90)
    Des milliers d'Israéliens lors d'une manifestation contre le plan d'annexion de la Cisjordanie du Premier ministre Benjamin Netanyahu, place Rabin à Tel Aviv, le 6 juin 2020 (Crédit : Avshalom Sassoni/Flash90)

Des milliers d’Israéliens se sont rassemblés samedi soir à Tel Aviv pour protester contre la promesse faite par le Premier ministre Benjamin Netanyahu de lancer son initiative d’annexion de certains secteurs de la Cisjordanie à partir du 1er juillet.

La police avait initialement cherché à interdire ce rassemblement mais elle est revenue sur sa décision vendredi après avoir rencontré les organisateurs, qui ont sommé les participants de se plier au port du masque et au respect des mesures de distanciation physique.

Des douzaines d’agents ont été chargés d’assurer la sécurité pendant la manifestation après la limitation de la participation à 2 000 personnes.

Pour sa part, le quotidien Haaretz a estimé que 6 000 personnes avaient pris part à l’événement qui aurait été le plus important mouvement de protestation depuis le début de la pandémie de coronavirus.

Ce sont le parti de gauche du Meretz, la faction communiste de la Liste arabe unie Hadash et d’autres groupes de défense des droits de l’Homme qui ont été à l’origine du rassemblement.

Le député Nitzan Horowitz, chef du Meretz, a déclaré aux personnes présentes que l’annexion constituerait « un crime de guerre » et qu’elle coûterait à Israël des millions à un moment où l’économie chancelle dans le sillage de l’épidémie de coronavirus.

« Nous ne pouvons pas remplacer une occupation qui a duré des douzaines d’années par un apartheid qui durera pour l’éternité », a crié d’une voix rauque Horowitz. « Oui à deux Etats et à deux peuples, non à la violence et au bain de sang », a-t-il continué.

« Non à l’annexion, oui à la paix », a-t-il clamé.

Horowitz a ajouté que « l’annexion est un crime de guerre, un crime contre la paix, un crime contre l’humanité, un crime qui entraînera une hécatombe ».

Il a interpellé le ministre de la Défense Benny Gantz, le ministre des Affaires étrangères Gabi Ashkenazi et le ministre de l’Economie Amir Peretz qui, selon lui, « ont rendu les armes en rampant » du côté des parties favorables à l’annexion.

Les trois députés de centre-gauche avaient promis de ne jamais intégrer un gouvernement placé sous l’autorité de Netanyahu en évoquant ses mises en examen pour corruption. Ils ont fait volte-face à l’issue du troisième scrutin non-concluant qui avait été organisé dans le pays, au mois de mars, se ralliant à l’homme fort du Likud dans le cadre d’une coalition.

L’accord de coalition qui a été signé entre le parti du Likud de Netanyahu et Kakhol lavan, de Benny Gantz, autorise le Premier ministre à lancer l’initiative d’annexion en date du 1er juillet. Les parties de la Cisjordanie où Israël devrait élargir sa souveraineté ont été prédéfinies dans le plan de paix ourdi par l’administration américaine du président Donald Trump.

« Vous n’avez pas de mandat pour approuver cet apartheid. Vous n’avez pas de mandat pour enterrer la paix », s’est exclamé Horowitz, rugissant.

Le chef du Meretz a affirmé que Netanyahu était poussé à lancer ce projet controversé par une administration Trump « messianique ».

« Faites du bruit pour que personne ne puisse penser que nous ne sommes qu’un groupe d’intellos silencieux », a hurlé l’animateur de la manifestation après le discours prononcé par Horowitz.

Des milliers d’Israéliens lors d’une manifestation contre le plan d’annexion de la Cisjordanie du Premier ministre Benjamin Netanyahu, place Rabin à Tel Aviv, le 6 juin 2020 (Crédit : Avshalom Sassoni/Flash90)

Tamar Zandberg, députée du Meretz, a évoqué le plan américain, « un accord maudit entre un homme qui tente de remporter une élection et un autre qui s’efforce d’échapper à un procès pour corruption », se référant respectivement au président américain et à Netanyahu.

« Trump n’est pas un ami d’Israël. Bibi [Netanyahu] n’est pas bon pour Israël », a-t-elle déclaré, reprenant ironiquement les propos des chefs d’implantation qui s’opposent au plan américain parce qu’il soutient la fondation d’un État palestinien. « Cet accord de paix n’a rien à voir avec ce qui est bon pour nous, Israéliens et Palestiniens qui vivons ici, au Moyen-Orient ».

Elle a poursuivi en affirmant que l’accord « fera officiellement d’Israël un État d’apartheid… Elargir la souveraineté en Cisjordanie sans accorder la citoyenneté aux Palestiniens, c’est de l’apartheid », a-t-elle martelé.

Prenant aussi la parole lors du rassemblement, le numéro un de la Liste arabe unie, Ayman Odeh, qui s’est exprimé par vidéo depuis son domicile  alors qu’il est actuellement placé en quatorzaine suite à la contamination à la COVID-19 de l’un des membres de son parti. Odeh a clamé que tous les Juifs et Arabes en quête de paix et de justice devaient s’opposer au plan de Netanyahu, qui prévoit de faire appliquer la souveraineté israélienne dans plus de 30 % de la Cisjordanie.

« L’annexion, c’est l’apartheid », a dit Odeh aux participants sous les acclamations.

Odeh a comparé le mouvement contre l’annexion à celui des Quatre mères, à la fin des années 1990, qui avait pressé le gouvernement de retirer les troupes israéliennes du sud du Liban.

Des milliers d’Israéliens lors d’une manifestation contre le plan d’annexion de la Cisjordanie du Premier ministre Benjamin Netanyahu, place Rabin à Tel Aviv, le 6 juin 2020 (Crédit : Avshalom Sassoni/Flash90)

La députée Travailliste Merav Michaeli, qui s’était opposée à la décision de son parti de rejoindre le nouveau gouvernement, a déclaré aux manifestants qu’elle était venue place Rabin comme représentante de sa faction de centre-gauche opposée à l’annexion.

Michaeli a expliqué que cette initiative nuirait aux relations avec la Jordanie qui, avec l’Egypte, est le seul pays arabe à entretenir des pleins liens diplomatiques avec Israël, ainsi qu’avec d’autres partenaires commerciaux importants en Europe.

Elle a aussi critiqué Gantz pour avoir accepté d’intégrer un gouvernement à l’origine d’un tel projet.

Le sénateur du Vermont et ancien candidat démocrate à la présidentielle américaine, Bernie Sanders, s’est adressé à la foule via un message vidéo depuis les Etats-Unis.

« Cela me fait extrêmement chaud au cœur de voir un si grand nombre d’entre vous, Arabes et Juifs, vous dresser pour la paix, pour la justice et pour la démocratie », a déclaré le démocrate socialiste autoproclamé.

Il a ajouté que « les plans d’annexion de la Cisjordanie, quels qu’ils soient, doivent être stoppés. L’occupation doit s’arrêter et nous devons œuvrer tous ensemble à mettre en place un avenir d’égalité et de dignité pour tous, en Israël et en Palestine ».

De nombreux manifestants ont brandi des drapeaux israéliens et palestiniens, et plusieurs douzaines ont montré des photos d’Iyad Halak, un Palestinien atteint de troubles du spectre autistique abattu par la police dans la Vieille Ville de Jérusalem, la semaine dernière. Les agents ont expliqué avoir cru que Halak était armé. Mais il ne tenait que son téléphone cellulaire à la main et il n’avait apparemment pas compris les ordres donnés par les forces de l’ordre de s’arrêter.

Rendant hommage aux rassemblements organisés aux Etats-Unis, le directeur de La Paix maintenant, Shaked Morag, a demandé à l’assistance de ployer le genou « en mémoire de George Floyd. En mémoire d’Iyad Halak. En mémoire de toutes les victimes du conflit israélo-palestinien ».

Après la fin de la manifestation, la police a dispersé un groupe de manifestants qui bloquaient illégalement la longue artère Ibn Gabirol, une artère majeure de circulation dans la ville qui longe la place Rabin.

La police a par ailleurs indiqué que cinq personnes avaient été arrêtées, dont un photographe de Haaretz qui couvrait l’événement.

Un rédacteur du quotidien a écrit sur Twitter que le photographe s’était présenté comme étant un journaliste mais qu’il avait été appréhendé avec vigueur par les agents.

Avant ce rassemblement, le leader de l’opposition, Yair Lapid, avait rejeté le plan d’annexion de Netanyahu, évoquant une « pirouette » dont l’objectif était de détourner l’attention de son procès pour corruption et de la crise économique entraînée par la pandémie.

« Je pense que c’est encore une pirouette de Netanyahu qui tente de faire oublier la débâcle économique, avec notamment l’effondrement des entreprises indépendantes ainsi que son procès criminel », a-t-il commenté dans un entretien accordé à la Douzième chaîne.

« Je soutiens le plan de Trump. Je m’oppose à l’annexion unilatérale », a-t-il ajouté.

Ce rassemblement organisé samedi survient dans un contexte de critiques régionales et internationales de l’annexion programmée en Israël de différentes zones de la Cisjordanie dans le cadre du plan de paix présenté par l’administration Trump aux Etats-Unis.

Une grande partie de la communauté internationale a déjà fait part de sa vive opposition à cette initiative et les Etats-Unis ont également récemment déclaré qu’ils attendaient un ralentissement de la part de l’Etat juif.

Les Palestiniens ont clairement fait part de leur opposition au plan de Trump qui accorde le feu vert à Israël concernant l’annexion des implantations de Cisjordanie et la vallée du Jourdain, dans ce qui devait initialement être mis en place dans un contexte de négociations mais qui pourrait bien finalement être décrété de manière unilatérale.

L’équipe du Times of Israel et l’AFP ont contribué à cet article.

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