Les Palestiniens de la vallée du Jourdain annexée ne deviendront pas Israéliens
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Les Palestiniens de la vallée du Jourdain annexée ne deviendront pas Israéliens

Netanyahu a affirmé que son plan d'annexion ne mentionnera pas d'État palestinien et que tout gel des implantations s'appliquera également aux Palestiniens de la zone C

Le premier ministre Benjamin Netanyahu, (à gauche), l'ambassadeur américain en Israël David Friedman (au centre) et le ministre du Tourisme Yariv Levin lors d'une réunion pour discuter de l'extension de la cartographie de la souveraineté israélienne à des zones de la Cisjordanie, dans l'implantation d'Ariel, le 24 février 2020. (Crédit : David Azagury/Ambassade des Etats-Unis à Jérusalem)
Le premier ministre Benjamin Netanyahu, (à gauche), l'ambassadeur américain en Israël David Friedman (au centre) et le ministre du Tourisme Yariv Levin lors d'une réunion pour discuter de l'extension de la cartographie de la souveraineté israélienne à des zones de la Cisjordanie, dans l'implantation d'Ariel, le 24 février 2020. (Crédit : David Azagury/Ambassade des Etats-Unis à Jérusalem)

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu a déclaré dans une interview jeudi que les Palestiniens vivant dans une vallée du Jourdain annexée n’obtiendraient pas la citoyenneté israélienne.

Les villes et villages palestiniens de la région resteront des « enclaves palestiniennes » sous domination palestinienne mais sous contrôle de sécurité israélien, a-t-il expliqué.

Ces zones habitées par les Palestiniens, qui, selon certaines estimations, abritent entre 50 000 et 65 000 Palestiniens, « resteront des enclaves palestiniennes », a-t-il déclaré au journal pro-Netanyahu Israel Hayom. « Nous n’annexerons pas [la ville palestinienne de] Jéricho [qui compte environ 20 000 habitants]. Il y a un ou deux groupes [de zones résidentielles palestiniennes] où nous n’étendrons pas notre souveraineté ; [leurs résidents] resteront des sujets palestiniens, mais le contrôle de sécurité [global israélien] s’y appliquera », a-t-il déclaré.

Dans une interview distincte jeudi, Netanyahu a rejeté les craintes de plus en plus exprimées par les dirigeants des implantations concernant la vision du plan de paix américain pour la Cisjordanie, en expliquant que le processus de cartographie est en cours et qu’ils critiquaient des éléments du plan qui n’ont toujours pas été déterminés et publiés.

Carte conceptuelle de la Vision pour la paix, publiée par l’administration Trump le 28 janvier 2020.

S’adressant au journal de droite Makor Rishon, Netanyahu a déclaré qu’il ne pensait pas que la Jordanie annulerait l’accord de paix si Israël allait de l’avant avec son plan déclaré d’annexion de certaines terres de Cisjordanie, y compris la vallée du Jourdain, et a déclaré que tout gel de la construction d’implantations dans le cadre du plan Trump s’appliquerait également aux Palestiniens de la zone C – qui est contrôlée par Israël.

M. Netanyahu a déclaré qu’il était déterminé à étendre la souveraineté israélienne à certaines parties de la Cisjordanie en juillet, après qu’une équipe conjointe israélo-américaine a achevé un processus de cartographie de la vision exacte de l’avenir du territoire basé sur une carte conceptuelle publiée par l’administration du président américain Donald Trump en début d’année.

De nombreux dirigeants des implantations ont exprimé leur inquiétude quant à l’inclusion d’un État palestinien dans le plan Trump, même si celui-ci énonce de nombreuses conditions pour cet État, auxquelles s’oppose avec véhémence l’Autorité palestinienne, qui a rejeté catégoriquement le plan, le qualifiant de biaisé en faveur d’Israël.

Ils sont également choqués par le fait qu’initialement, Netanyahu avait indiqué que Washington reconnaîtrait immédiatement la souveraineté israélienne dans toutes les implantations israéliennes et dans la vallée stratégique du Jourdain dans les jours suivant l’annonce du plan, avant que l’administration ne précise que le processus prendrait de nombreux mois.

Les dirigeants des implantations ont dessiné leur propre carte, mais cela n’aurait pas influencé le travail de la commission, ce qui a provoqué un tollé et des dissensions internes.

M. Netanyahu a indiqué que la déclaration d’annexion ne contiendra pas un mot sur l’acceptation d’un futur État palestinien, comme le craignent certains membres de la droite : « La question est distincte. Il ne devrait pas y avoir de décision du cabinet sur la question. »

Dans sa conversation avec Makor Rishon, Netanyahu a affirmé que la carte conceptuelle pour l’annexion « donnait une idée générale qui doit être décomposée en détails, et c’est exactement ce que nous faisons en ce moment. Nous allons, bien sûr, la montrer aux résidents des implantations ».

Le Premier ministre a répété que la partie importante du plan était le changement de paradigme dans lequel « jusqu’à présent, Israël a toujours été celui qui devait faire des compromis, abandonner et se retirer. C’était l’idée de base de tous les accords de paix qui nous ont été proposés. Aujourd’hui, le président Trump et son peuple changent de direction. Ils disent qu’Israël n’a pas besoin de faire des compromis, ce sont les Palestiniens qui doivent en faire ».

Le plan Trump prévoit également le gel pendant au moins quatre ans de toute construction d’implantations en dehors de celles existantes dans la zone C – qui représente environ 60 % de la Cisjordanie sous contrôle civil et militaire total d’Israël, où quelque 450 000 Juifs vivent aux côtés d’environ 240 000 Palestiniens.

Netanyahu a indiqué à Makor Rishon que tout gel de ce type s’appliquerait aux « deux côtés », c’est-à-dire aussi aux constructions palestiniennes dans la zone C. Il a dit que cela était écrit dans le plan, même si le journaliste a noté que ce n’était pas écrit dans ses parties rendues publiques.

Photo d’illustration : Des travaux de construction dans le quartier de Dagan, dans l’implantation d’Efrat, en Cisjordanie, le 22 juillet 2019. (Crédit : Gershon Elinson/Flash90)

Le Premier ministre a rejeté les craintes que certaines implantations isolées ne restent des enclaves à l’intérieur des zones contrôlées par les Palestiniens, en disant que les résidents juifs circulent déjà régulièrement sur de nombreuses routes de Cisjordanie entourées des deux côtés par l’Autorité palestinienne.

« Les gens parlent du plan sans le connaître », a déclaré M. Netanyahu. « Ce que dit ce plan, c’est qu’Israël et ses forces de sécurité contrôleront militairement tout le territoire à l’ouest du Jourdain. J’insiste : tout le territoire, sans exception. Dites-moi, quand y a-t-il déjà eu une telle approche américaine ? Ils nous permettaient, tout au plus, de procéder à des poursuites urgentes de terroristes. Maintenant, il y a un profond changement de paradigme. »

Netanyahu a insinué que les responsables de droite qui ont rejeté le plan Trump étaient semblables aux dirigeants palestiniens qui, dans le passé, ont rejeté les offres de paix « parce qu’ils voulaient tout, y compris Jaffa et Kfar Saba ».

Il a également écarté les craintes que l’annexion n’entraîne de fortes représailles de la part des Palestiniens et des pays arabes et européens. Il s’est dit convaincu que le traité de paix de 1994 avec la Jordanie ne serait pas affecté, malgré les menaces croissantes d’Amman de l’annuler ou de le rétrograder.

« La paix avec la Jordanie est un intérêt vital non seulement pour l’État d’Israël mais aussi pour la Jordanie », a déclaré M. Netanyahu. « Je ne pense pas que cela va changer. Cependant, il est naturel que de telles démarches suscitent des inquiétudes. »

En dehors de la volonté d’annexion, Netanyahu a également poursuivi ses attaques contre le système judiciaire et les médias après l’ouverture cette semaine de son procès pour corruption.

« Ils pensaient que je me présenterais au tribunal honteux et déshonoré, mais je suis venu plein de cran et de force », s’est-il vanté, se référant à son discours enflammé avant l’audience dans lequel il a affirmé que « toute la droite » était en procès à cause d’une conspiration d’un système juridique corrompu et de gauche, ainsi que de la police et des médias.

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu fait une déclaration avant d’entrer dans une salle d’audience du tribunal de district de Jérusalem le 24 mai 2020, pour le début de son procès pour corruption. Parmi ceux qui l’accompagnent, on trouve les députés du Likud et les ministres Gadi Yevarkan, Amir Ohana, Miri Regev, Nir Barkat, Israel Katz, Tzachi Hanegbi, Yoav Gallant et David Amsalem. (Crédit : Yonathan SINDEL / POOL / AFP)

Il a rejeté les accusations selon lesquelles il inciterait à la violence contre les forces de l’ordre et pousserait à une guerre civile : « Il n’y aura pas de guerre civile, mais il y a un débat très fondamental. La critique n’est pas une attaque et n’est pas une incitation – c’est le cœur battant de la démocratie. Il est impossible que dans une démocratie on ne puisse pas exprimer de critiques. »

Le Premier ministre a également reproché à la Cour pénale internationale d’ouvrir une enquête sur les crimes de guerre en Israël à la demande de l’AP.

« C’est un corps archaïque et anarchiste formé il y a des décennies qui vise à fabriquer des condamnations pour crimes de guerre des soldats de Tsahal et de l’État d’Israël », a-t-il déclaré. Il a ajouté qu’Israël a pris des mesures contre le président de l’AP Mahmoud Abbas pour avoir déposé une plainte au tribunal, mais n’a pas donné de détails.

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