Annexion : « une telle décision ne pourrait rester sans réponse », avertit Paris
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Annexion : « une telle décision ne pourrait rester sans réponse », avertit Paris

Le chef de la diplomatie française s'entretiendra dimanche avec son nouvel homologue israélien, Gabi Ashkenazi

Jean-Yves Le Drian (Crédit : Pymouss/Wikimedia commons/CC BY SA 3.0)
Jean-Yves Le Drian (Crédit : Pymouss/Wikimedia commons/CC BY SA 3.0)

La France a appelé mardi le nouveau gouvernement israélien à renoncer à ses plans d’annexion de territoires en Cisjordanie et a promis qu’une telle décision ne « pourrait rester sans réponse ».

« Nous appelons le gouvernement israélien à s’abstenir de toute mesure unilatérale, en particulier l’annexion », a déclaré le chef de la diplomatie française Jean-Yves Le Drian à l’Assemblée nationale, la chambre basse du Parlement.

« Une telle décision ne pourrait rester sans réponse », a-t-il ajouté, sans plus de précisions.

Israël projette l’annexion des plus de 130 implantations en Cisjordanie et de la vallée du Jourdain, langue de terre s’étirant entre le lac de Tibériade et la mer Morte, qui serait intégrée à sa frontière orientale avec la Jordanie.

Le ministre français des Affaires étrangères était interpellé par un député communiste, Jean-Paul Lecoq, qui l’a exhorté à agir « tout de suite », insistant sur sa « responsabilité historique ». (L’intervention intégrale de Jean-Paul Lecoq est disponible en fin d’article.)

« Arrêtons d’être forts avec les faibles et faibles avec les forts », a lancé le député du Havre et adversaire du Premier ministre Edouard Philippe au second tour des municipales dans cette ville du nord-ouest.

« Vous avez condamné avec des mots (ce projet d’annexion, ndlr), il est temps de le faire avec des actes », a-t-il dit.

Parmi les ripostes possibles, « le premier acte symbolique, mais ô combien important, serait de reconnaître immédiatement l’Etat palestinien », a souligné le député.

Il a aussi cité, parmi les mesures de riposte possibles, l’interdiction de l’importation des produits des implantations israéliennes en France et, plus largement, dans l’Union européenne, ainsi que la suspension de l’accord d’association entre Israël et l’UE et des accords de coopération franco-israéliens, notamment de défense.

« Il faut faire comprendre par tous les moyens qu’il n’est plus possible de coopérer avec un Etat qui met en cage Gaza, qui vote des lois d’apartheid et qui tire à balles réelles sur de jeunes manifestants », a lancé le député communiste.

La France tente de son côté d’agir de concert avec plusieurs autres pays européens dont l’Allemagne, l’Italie et l’Espagne, et arabes, pour tenter de dissuader l’Etat hébreu d’opérer cette annexion et prendre si nécessaire des mesures de riposte.

Le chef de la diplomatie française a à cet égard souligné qu’il s’entretiendrait dimanche avec son nouvel homologue israélien, Gabi Ashkenazi.

Les mises en garde se multiplient face au projet du gouvernement d’union d’annexer la Vallée du Jourdain et certaines implantations d’ici juillet prochain.

Le président turc Recep Tayyip Erdogan a lui menacé Israël à la suite du projet du nouveau gouvernement d’annexer certains secteurs de la Cisjordanie.

Lutter pour « la libération de la Palestine » est un « devoir islamique », a de son coté déclaré vendredi le guide suprême iranien, l’ayatollah Ali Khamenei, après une escalade verbale avec le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu. « Le but de cette lutte est la libération de toutes les terres palestiniennes » et « le retour de tous les Palestiniens dans leur pays », a affirmé l’ayatollah Khamenei, dans son tout premier discours marquant la « Journée d’Al-Qods » (Jérusalem en arabe).

Le ministre des Affaires étrangères de la République tchèque, samedi, s’en est pris à l’intention déclarée du Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu de procéder à une annexion unilatérale de certains secteurs de Cisjordanie. Il a été réprimandé par le Premier ministre et le président du pays, qui ont indiqué qu’il ne représentait pas le point de vue du gouvernement.

Un haut-responsable russe a indiqué samedi que Moscou était prêt à organiser une rencontre entre le Premier ministre Benjamin Netanyahu et le président de l’Autorité palestinienne (AP) Mahmoud Abbas dans un contexte de tensions accrues entre l’Etat juif et l’AP.

Dans une lettre aux dirigeants d’Israël, un groupe de 18 sénateurs démocrates a mis en garde contre les conséquences néfastes qu’aurait l’annexion par Israël de certaines parties de la Cisjordanie sur la « relation bilatérale et bipartite » de l’État juif avec les États-Unis.

Les sénateurs, parmi lesquels Bernie Sanders, Elizabeth Warren, Dick Durbin et Tim Kaine, ont exprimé leur « grave préoccupation » à la perspective de l’annexion par Israël de ses implantations et de la vallée du Jourdain, déclarant que cela « aurait un impact évident sur l’avenir d’Israël et sur nos relations bilatérales et bipartites vitales ».

La lettre a été adressée au Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu et au nouveau Premier ministre d’alternance Benny Gantz.

L’Arabie saoudite a exprimé, jeudi, son opposition aux nouveaux plans du gouvernement israélien d’annexer des zones de la Cisjordanie.


Intervention intégrale du député communiste Jean-Paul Lecoq mardi à l’Assemblée nationale :

« L’accord signé par les deux dirigeants israéliens, Benny Gantz et Benjamin Netanyahu, pour conduire les affaires de leur pays ne peut pas nous laisser indifférent.

« Leur programme ne mentionne que deux choses : la gestion de la crise sanitaire actuelle et l’invasion de la Cisjordanie, violant délibérément le droit international, le droit du peuple palestinien à vivre sur ses propres terres. Vous avez déjà, monsieur le ministre, condamné avec des mots cet accord. Il est temps de le faire avec des actes.

« Le premier acte symbolique mais ô combien important serait de reconnaître immédiatement l’État palestinien. Vous pourriez aussi et sans délai interdire les produits des colonies israéliennes sur le territoire français, tout en travaillant à faire de même à l’échelle de l’Union européenne. Cela permettrait par la même occasion à la France de se remettre enfin en conformité avec les Conventions de Genève. L’accord d’association entre Israël et l’Union européenne pourrait aussi être suspendu temporairement. En parallèle, la suspension temporaire des accords de coopération bilatéraux franco-israéliens serait une mesure de rétorsion adaptée et rapide. Vous pourriez également mettre fin temporairement à la coopération militaire et sécuritaire avec l’État d’Israël.

« Il faut faire comprendre par tous les moyens qu’il n’est plus possible de coopérer avec un État qui met en cage Gaza, qui vote des lois d’apartheid et qui tire à balles réelles sur de jeunes manifestants. Enfin, la France pourrait soutenir plus fermement et publiquement la Cour pénale internationale dans son intention d’ouvrir une enquête sur les crimes de guerre commis en Palestine par Israël.

« Monsieur le ministre, arrêtons d’être forts avec les faibles, et faibles avec les forts. C’est l’impunité d’Israël qui pousse son gouvernement à aller toujours plus loin dans la violation des droits humains et du droit international. Agissez tout de suite. Vous en avez la responsabilité historique. »

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