Le ministre des Affaires étrangères tchèque, allié d’Israël, condamne l’annexion
Rechercher

Le ministre des Affaires étrangères tchèque, allié d’Israël, condamne l’annexion

Le président du pays et le Premier ministre ont dénoncé une tribune écrite par Tomáš Petříček et un ex-diplomate s'inquiétant de l'avenir d'Israël en tant que démocratie

Raphael Ahren est le correspondant diplomatique du Times of Israël

Le ministre des Affaires étrangères de la république tchèque Tomas Petricek parle aux médias lors de son arrivée pour une réunion des ministres des Affaires étrangères de l'UE à Bruxelles, le 20 janvier 2020 (Crédit : AP Photo/Virginia Mayo)
Le ministre des Affaires étrangères de la république tchèque Tomas Petricek parle aux médias lors de son arrivée pour une réunion des ministres des Affaires étrangères de l'UE à Bruxelles, le 20 janvier 2020 (Crédit : AP Photo/Virginia Mayo)

Le ministre des Affaires étrangères de la République tchèque, samedi, s’en est pris à l’intention déclarée du Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu de procéder à une annexion unilatérale de certains secteurs de Cisjordanie. Il a été réprimandé par le Premier ministre et le président du pays, qui ont indiqué qu’il ne représentait pas le point de vue du gouvernement.

Dans une lettre ouverte qui a été publiée dans le quotidien Pravo, le ministre des Affaires étrangères Tomáš Petříček, le ministre de la Culture Lubomír Zaorálek et un membre éminent du parlement, Karel Schwarzenberg, ont réaffirmé la force de l’alliance unissant leur pays avec l’Etat juif, tout en estimant que le plan d’annexion du nouveau gouvernement de Jérusalem n’était pas seulement une violation grave et inacceptable du droit international mais qu’il posait également des questionnements sérieux sur l’avenir d’Israël en tant que démocratie.

Peu après la parution de cet article de 900 mots, le Premier ministre tchèque, Andrej Babis, a pris ses distances, disant qu’il n’avait pas été consulté avant cette parution.

La détermination de la politique étrangère est une prérogative du gouvernement tout entier et il a donc été « inacceptable » que Petříček et Zaorálek se permettent d’exprimer une opinion sur un dossier d’une telle importance sans en avoir débattu de prime abord avec leurs collègues, a-t-il dit aux journalistes.

Le président tchèque Milos Zeman lors d’une réception en l’honneur du 70ème anniversaire d’Israël à Prague, le 25 avril 2018 (Crédit : Facebook)

Le président tchèque Milos Zeman – connu pour être un soutien fervent des anciens gouvernements de droite au sein de l’Etat juif – s’est, pour sa part, fendu d’un communiqué officiel dans lequel il a déclaré que la tribune parue dans le journal venait « perturber » les relations entretenues par Prague avec Jérusalem et Washington.

« Cet article est un déni de la politique étrangère actuellement mise en oeuvre par la République tchèque à l’égard de l’Etat d’Israël », a commenté son porte-parole Jiří Ovčáček.

Cela fait longtemps que la République tchèque est l’un des plus proches soutiens d’Israël en Europe. Au mois de novembre 2011, la République tchèque avait été le seul pays européen à voter contre la délivrance du statut d’Etat non-membre en faveur de la « Palestine » lors de l’Assemblée générale des Nations unies.

Au mois de novembre 2018, Zeman avait ouvert la dite Maison tchèque de Jérusalem avec cérémonie – un institut qualifié par Prague de « premier pas » vers la relocalisation de l’ambassade du pays, actuellement à Tel Aviv, dans la ville sainte.

Dans la lettre ouverte, les auteurs rendent hommage à l’amitié historique unissant les deux pays ainsi qu’au « partenariat stratégique » entre la République tchèque et l’Etat juif, tout en soulignant qu’il relève de leur « responsabilité politique et civique » d’établir clairement leur « positionnement explicite et critique » face à l’annexion.

Jusqu’à présent, le pays n’a pas officiellement exprimé son point de vue sur le plan d’annexion israélien, qui a été par ailleurs âprement rejeté par plusieurs autres pays israéliens.

Sous les termes d’un accord de coalition conclu entre le Likud de Netanyahu et le ministre de la Défense Benny Gantz, le nouveau gouvernement de Jérusalem pourra commencer à avancer dès le 1er juillet vers l’annexion des implantations de la Cisjordanie et de la Vallée du Jourdain toute entière selon les directives établies dans le plan de paix proposé par les Américains.

Rencontre entre le ministre tchèque des Affaires Etrangères, Lubomir Zaoralek, et le Premier ministre Binyamin Netanyahu, le 8 juin 2015 à Jérusalem. (Crédit photo: Amos Ben Gershom, GPO)

Petříček est à la tête du ministère des Affaires étrangères à Prague depuis 2018, Schwarzenberg a été ministre des Affaires étrangères de 2010 à 2013 et Zaorálek a assumé cette fonction de 2014 à 2017.

Dans l’article de samedi, les trois auteurs notent que la communauté internationale, notamment la République tchèque et les Etats-Unis, ont longtemps affirmé « le caractère inévitable d’une solution à deux Etats au conflit israélo-palestinien ».

Mais la proposition de paix soumise par la Maison Blanche, au début de l’année, semble avoir pris « une direction différente », écrivent-ils. Les concessions territoriales présentées dans ce qui a été appelé le « deal du siècle » rendraient la formation d’un Etat palestinien pratiquement impossible, précisent les trois hommes.

L’Ambassadeur d’Israël à Prague, Daniel Meron, à gauche, accompagne le ministre tchèque des Affaires étrangères, Tomáš Petříček, au mur Occidental à Jérusalem, le 13 novembre 2018 (Crédit : Twitter)

« C’est une question de principe : L’acquisition d’un territoire par la force est explicitement interdite dans la charte des Nations unies… Les droits de l’Homme et les implications humanitaires de l’annexion prévue semblent être également en jeu, et cela pourrait s’avérer très lourd », poursuivent-ils dans la lettre ouverte.

Tandis que le plan envisage des négociations sur la formation d’un Etat palestinien ou d’une autre entité politique sur 70 % environ de la Cisjordanie et dans la bande de Gaza, les Palestiniens ont refusé toute discussion.

Ni Israël, ni les Etats-Unis n’ont encore expliqué quel serait le statut des territoires qui intégreraient l’Etat juif ou celui de ceux qui resteront aux Palestiniens – qui, ont clamé les auteurs, devront abandonner définitivement tout espoir d’avoir, un jour, leur futur Etat.

« Qu’arrivera-t-il à la démocratie d’Israël si l’Etat comprend des habitants de première catégorie d’une part et de seconde catégorie d’autre part ? », interrogent-ils.

Karel Schwarzenberg à Yad Vashem en 2008. (Crédit: Kobi Gideon/Flash90)

Les trois hommes – deux sont issus du bloc social-démocrate et l’autre du centre-droit – reconnaissent qu’il y a « des problèmes du côté palestinien également », comme le fait que la bande de Gaza soit placée sous l’autorité de l’organisation terroriste du Hamas.

« Nous avons toujours appelé les leaders palestiniens à se montrer actifs et constructifs dans les négociations de paix. Et pourtant, actuellement, ce ne sont pas les Palestiniens qui réfléchissent à une initiative unilatérale qui contrevient gravement au droit international », notent-ils.

Israël est « un exemple rare de démocratie au Moyen-Orient » mais les Palestiniens de Cisjordanie ne profitent pas de cette démocratie, affirment-ils. Les autorités de Ramallah ont manqué les chances qui leur étaient offertes de conclure un accord de paix avec Israël, ce qui ne signifie pas par ailleurs qu’ils puissent dorénavant « être privés de terres fertiles – qui sont déterminantes dans l’établissement d’un Etat palestinien futur, quelle que soit sa forme ».

La nécessité de respecter le droit international n’est pas seulement un sujet de débat universitaire ou de conversations dans les bistrots, poursuivent les trois politiciens. Et ce respect est éminemment important « pour la sécurité et pour garantir l’existence même des Etats, en particulier des Etats plus petits comme l’est la République tchèque », estiment-ils, notant l’histoire de l’occupation de cette dernière (d’abord par les nazis et, plus tard, par les Soviétiques).

« Les principes et valeurs en question ne peuvent pas simplement être ignorés selon celui à qui ils s’appliquent », écrivent-ils enfin. « Ils doivent s’appliquer à tout le monde, strictement de la même manière ».

Contacté, l’ambassadeur israélien à Prague, Daniel Meron, a refusé tout commentaire pour cet article.

En savoir plus sur :
C’est vous qui le dites...