Les perspectives d’un Israélien inquiet au sujet du combat pour la présidentielle aux États-Unis
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Opinion

Les perspectives d’un Israélien inquiet au sujet du combat pour la présidentielle aux États-Unis

"J'ai toujours pensé que notre démocratie était menacée, avec ses franges extrémistes et ses médias corrompus. Et puis il y a eu Donald Trump"

David est le fondateur et le rédacteur en chef du Times of Israel. Il était auparavant rédacteur en chef du Jerusalem Post et du Jerusalem Report. Il est l’auteur de « Un peu trop près de Dieu : les frissons et la panique d’une vie en Israël » (2000) et « Nature morte avec les poseurs de bombes : Israël à l’ère du terrorisme » (2004).

NEWARK, New Jersey – Venant d’une nation dont la cause est désespérée, à la démocratie perpétuellement menacée, aux nombreux populistes qui remettent en cause notre système politique et juridique, et aux médias criards, superficiels et indignes de confiance, j’ai l’habitude de me rendre dans une Amérique stable, fiable.

Mais alors là, c’est le monde à l’envers dans toute sa splendeur.

Notre Premier ministre a été fustigé par notre président après nos dernières élections il y a moins deux ans, pour racisme ostensible parce qu’il avait mis en garde au sujet de l’affluence des Arabes israéliens aux urnes. Cette remarque, (pour laquelle Benjamin Netanyahu s’est platement excusé une fois qu’il a remporté l’élection), a été jugée indigne par le corps dirigeant des États-Unis d’Amérique.

Mais si l’on compare cet incident à ce qui se passe aujourd’hui aux États-Unis, c’est une bagatelle. Les États-Unis affichent aujourd’hui un candidat à la présidence qui se plaint sans cesse des minorités, des étrangers, et des pratiquants d’une religion entière, parfois incitant une hostilité à leur égard.

Dans les dernières décennies, de nombreux débats (non prouvés) font rage, à propos des traitements de faveur de certains candidats politiques par les autorités de poursuite de l’État ; des prétendus libéraux jugés indulgents à l’égard du Premier ministre Ariel Sharon, par les critiques de droite.

Le directeur du FBI James Comey à une audition de la commission de la sécurité intérieure au Capitole 14 juillet 2016 Washington, DC. (Crédit : Brendan Smialowski/AFP)
Le directeur du FBI James Comey à une audition de la commission de la sécurité intérieure au Capitole 14 juillet 2016 Washington, DC. (Crédit : Brendan Smialowski/AFP)

Selon les critiques, Sharon aurait dû être poursuivi pour de nombreux crimes mais y a échappé parce que l’establishment de gauche avait besoin de lui au pouvoir et de son approche de colombe qui a caractérisé la fin de sa carrière.

Mais tout cela est symbolique, comparé à la campagne qui fait rage aux États-Unis, dans laquelle le directeur du FBI (éternel républicain) James Comey semble vouloir à tout prix entacher Hillary Clinton jusqu’aux derniers jours.

Nous avons un éminent journaliste israélien, Ari Shavit, qui a démissionné de la rédaction de son journal et qui a quitté les fonctions qu’il occupait dans des médias et autres organes journalistiques, après avoir fait l’objet de deux allégations d’abus sexuels et de harcèlement. L’Amérique a un candidat qui circule en toute impunité malgré des dizaines d’allégations du même genre.

Plus d’un quart des 120 membres de la Knesset sont actuellement des femmes. Nous avons eu plusieurs femmes au poste de chefs de parti. Nous avons eu une femme Première ministre, du nom de Golda Meir, de 1969 à 1974. Ça ne s’est pas très bien passé, mais là n’est pas la question. Pourquoi tant d’animosité à l’égard de celle qui sera peut-être la première présidente, Hillary Clinton ?

Non, elle n’est pas une candidate convaincante, elle est mystérieuse, et elle est la figure de proue d’un establishment haï, diabolisé par des allégations de malhonnêteté. Mais l’hostilité dont elle fait l’objet, pour le seul crime que celui d’être née femme, est assez ahurissant.

Netanyahu est actuellement en mode « guerre des médias ». Il tente d’empêcher la mise en place d’une nouvelle autorité de radiodiffusion publique qui ne l’aimera peut-être pas autant que le quotidien Israel Hayom, financé par Sheldon Adelson.

Nous avons une presse écrite qui couvre l’ensemble du spectre politique, parce que l’on est en démocratie. Mais si vous regardez le journal télévisé du soir sur la Première, la Dixième ou la Vingt-deuxième chaîne en Israël, vous pourrez vous faire une idée de l’actualité.

Vous n’avez pas besoin de passer en revue une demi-douzaine de sources d’informations pour tenter de vous y retrouver au milieu d’une couverture médiatique déformée uniquement dans le but de forger un récit crédible. C’est loin d’être le cas de la télévision américaine. En effet, elle propose une variété de chaines partisanes qui semblent avoir oublié la nécessité et l’obligation d’informer en premier lieu les téléspectateurs de ce qui se passe réellement avant de donner la parole aux faiseurs d’opinion.

Une démocratie malmenée

Je m’inquiète pour les États-Unis, et puisqu’Israël dépend lourdement des États-Unis, je m’inquiète un peu aussi pour Israël, qui a besoin d’une Amérique crédible, stable et fiable derrière elle.

Je crains que nous soyons en train de voir une grande démocratie se faire malmener sous nos yeux, en train d’assister à un concours pour la présidence mené sans pitié ni respect, avec les normes et les limites brouillées, la propriété et la décence piétinées.

La candidate démocrate à la présidentielle américaine Hillary Clinton pendant le premier débat de la campagne, à New York, le 26 septembre 2016. (Crédit : capture d'écran YouTube/RBC NETWORK BROADCASTING)
La candidate démocrate à la présidentielle américaine Hillary Clinton pendant le premier débat de la campagne, à New York, le 26 septembre 2016. (Crédit : capture d’écran YouTube/RBC NETWORK BROADCASTING)

Et, pour en revenir à l’expérience israélienne, il y a de quoi s’inquiéter, au regard de la méchanceté et de la diabolisation qui caractérisent la course à la présidence. Dans les années 1990, l’opposition dirigée par Netanyahu, qui a gagné contre Yitzhak Rabin, a cherché à discréditer le Premier ministre. Un groupuscule d’extrême droite y a vu un signe et est allé jusqu’à l’assassiner.

Si Donald Trump remporte l’élection de la semaine prochaine, l’Amérique aura choisi un leader égocentrique, misogyne, démagogue, dont les fanfaronnades auraient dû lui coûter sa candidature – dès le départ. Les talents requis pour réussir dans des émissions de téléréalité se confondront avec les talents requis pour réussir dans la réalité.

Et s’il perd, après avoir râlé que tout le système est en lambeaux, après avoir déclaré que sa rivale devrait être enfermée, après avoir accusé qu’une abominable conspiration financière à l’échelle internationale complotait pour la chute du pays, l’amertume et la frustration qu’il accumule ne se dissipera pas facilement.

La plupart de ses sympathisants reconnaîtront qu’il s’agissait d’électoralisme, d’un électoralisme pitoyable certes, mais d’un électoralisme quand même. L’Amérique devra alors s’inquiéter de la minorité qui le prend au mot.

Après des mois sous les feux de la rampe, Donald Trump n’a pas manifesté la moindre connaissance, le tempérament ou la sagesse indispensables au dirigeant de la superpuissance. Le président Trump causera un tort désastreux à la mosaïque fragile des relations internes des États-Unis, et on ne peut pas compter sur lui en tant que leader à l’échelle internationale. Mais le candidat vaincu Trump risque de ne pas être tellement moins préjudiciable au pays.

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