Les pionniers accidentels du désert du Néguev
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Les pionniers accidentels du désert du Néguev

Les Klinger pensaient quitter leurs professions urbaines pour l’agriculture dans le Golan. A la place ils ont construit une fontaine de jouvence sur l’ancienne route nabatéenne du Néguev

Jessica Steinberg est responsable notre rubrique « Culture & Art de vivre »

  • La principale cabine des Klinger, sur les hauteurs d'une colline, avec de multiples portes coulissantes pour la vue et un jacuzzi dans le jardin. (autorisation Aviad Bar-Ness)
    La principale cabine des Klinger, sur les hauteurs d'une colline, avec de multiples portes coulissantes pour la vue et un jacuzzi dans le jardin. (autorisation Aviad Bar-Ness)
  • L'une des multiples vues sur la fontaine de jouvence des Klinger, leur lac artificiel au centre du ranch. (autorisation Aviad Bar-Ness)
    L'une des multiples vues sur la fontaine de jouvence des Klinger, leur lac artificiel au centre du ranch. (autorisation Aviad Bar-Ness)
  • Le lac de la Fontaine de Jouvence est utilisée pour nager pendant la majorité de l'année et est un point de rencontre pour la faune locale. (autorisation Aviad Bar-Ness)
    Le lac de la Fontaine de Jouvence est utilisée pour nager pendant la majorité de l'année et est un point de rencontre pour la faune locale. (autorisation Aviad Bar-Ness)
  • La première cabine, une ancienne caravane, dans laquelle David, Tchia et leur plus jeune fils, Guy, ont vécu pendant leur première année au ranch. (autorisation Aviad Bar-Ness)
    La première cabine, une ancienne caravane, dans laquelle David, Tchia et leur plus jeune fils, Guy, ont vécu pendant leur première année au ranch. (autorisation Aviad Bar-Ness)
  • Les Klinger ont construit leur propre synagogue quand leur dernier fils, Guy, a célébré sa bar mitsvah. (autorisation Aviad Bar-Ness)
    Les Klinger ont construit leur propre synagogue quand leur dernier fils, Guy, a célébré sa bar mitsvah. (autorisation Aviad Bar-Ness)

LE RANCH DE LA FONTAINE DE JOUVENCE – La route caillouteuse qui mène de l’autoroute à une voie à la porte fermée par une chaîne du ranch de la fontaine de jouvence dans la région du Néguev était noire à 20h00, la seule source de lumière émanait du ciel d’étoiles et de la lune argentée brillant dans le ciel au-dessus du vaste désert.

Mais une fois que nous nous sommes assis dans la cabine isolée et chaude au sommet de la colline, la baie vitrée surplombant un lac artificiel, il était évident que nous avions trouvé une oasis.

Ce refuge a été créé par la famille Klinger, qui a emménagé dans le désert il y a 11 ans depuis Ramat Hasharon, une enclave urbaine du nord de Tel Aviv.

Les parents travaillaient tous les deux ; elle était avocate dans une compagnie de Tel Aviv et il aidait à gérer le commerce d’aluminium familial. Ils avaient cinq fils, avec 20 ans d’écart entre l’aîné et le benjamin. Quand ils ont déménagé dans le sud, seul le plus jeune vivait toujours à la maison.

Le Néguev ne faisait pas partie de leur projet originel. Les Klinger voulaient être des pionniers de la sorte et avoir une connexion proche avec la nature – mais sur le plateau du Golan, à l’extrémité nord d’Israël. Au moment où ils étaient prêts à devenir des pionniers, cependant, le Golan était envahi d’agriculteurs et d’initiatives touristiques. Alors ils ont décidé d’essayer le désert.

« Nous sommes ici parce que Dieu nous a amenés ici”, a déclaré Tchia Efron Klinger, une femme de 58 ans, mince et musclée qui monte son cheval quotidiennement et porte un pistolet à l’avant de son Jodhpur. « Je crois en Dieu ; Dieu est tout pour moi, c’est ma nature, ma conversation avec mes chevaux, ma relation avec Dudu », son mari depuis 41 ans.

Dieu – et le gouvernement, qui a sonné des parcelles de terrain aux Israéliens voulant s’installer sur cette terre stérile qui était autrefois une ancienne rue nabatéenne appelée la route du vin, pour faire pousser des raisons, planter des oliviers ou faire du fromage de chèvre.

Les Klinger font partie d’un projet de 30 fermes familiales qui a débuté au début des années 1990. Le projet était de soutenir les implantations dans le Néguev, selon la vision du père fondateur David Ben Gurion. Des annonces dans les journaux ont recherché des familles intéressées par une ferme, et le projet a été rejoint par l’autorité des parcs nationaux, qui a désigné 30 sites, ainsi que par le conseil régional local de Ramat Néguev.

Les Klinger ont été acceptés après un long processus de candidature, a déclaré Efron Klinger, et maintenant loue le terrain au gouvernement pour un montant annuel.

Tchia Efron Klinger, propriétaire d'un ranch dans le Néguev, avec son jodhpur et son pistolet. (Crédit : Jessica Steinberg/Times of Israel)
Tchia Efron Klinger, propriétaire d’un ranch dans le Néguev, avec son jodhpur et son pistolet. (Crédit : Jessica Steinberg/Times of Israel)

Efron Klinger n’est pas religieuse, son mari David – surnommé Dudu – et leurs fils non plus. Ils sont des Israéliens laïcs d’un certain type – visible dans leur manière de parler de leur terre, dans l’installation de drapeaux israéliens sur les hauteurs de leur terrain de 600 000 m², et dans l’énorme ménorah à huile installée sur l’une des collines, allumée chaque soir pendant les huit jours de Hanoukka pour que toute la communauté environnante la voie.

Ils ont construit une synagogue sur leur terrain pour la bar-mitsvah de leur plus jeune fils, creusant une grotte profonde dans l’une des collines, le ciel bleu étant visible depuis un dôme de verre. Un grand piano et une arche tenant un rouleau de la Torah reposent sur le sol de pierre, qui compte des mosaïques posées à la main et représentant certaines des sept espèces.

Mais ils ont d’abord posé une barrière en fil barbelé autour du périmètre de leur ranch, pour éloigner les moutons de leurs voisins, des Bédouins nomades, et installé un tuyau apportant l’eau de la carrière voisine jusqu’à leur ranch, le lac artificiel, et les cabines.

Ils ont passé la première année à vivre dans une caravane, avec de l’électricité pendant quelques heures par jour, en utilisant l’eau qu’ils avaient été chercher.

Les croyants

Ce sont des personnes dévouées à leur mission, qui ont dédié tant de sueur et d’énergie à construire leurs rêves dans cet immense désert.

« Nous sommes croyants, a dit Efron Klinger. Je vois cet endroit, à quoi cela va ressembler dans quatre ou cinq générations. Avec l’aide de Dieu, nous allons avoir 20 000 arbres. »

« Ici », dit-elle, pointant ses collines depuis la large véranda de leur maison dans le ranch, simple et robuste, « cela sera couvert d’arbres, des oliviers ou des caroubiers, tout ce qui pousse avec une eau saumâtre. »

Les collines sont déjà recouvertes d’un léger trait vert sapin, et il y a des bosquets d’eucalyptus et d’oliviers dans tout le ranch. Il y a également des limans – des formations boueuses remplies d’eau saumâtre qui apportent de l’humidité à la flore qu’ils ont plantée.

Le projet des Klinger est de verdir toute la parcelle et de « changer le micro-climat », a-t-elle expliqué.

Le lac artificiel, un ajout précoce, est un facteur important de ce projet. C’est une mare spacieuse faite pour nager et se relaxer ainsi qu’une source d’eau pour la ferme, avec une grande zone herbeuse autour d’elle. Les Klinger ont utilisé cet endroit pour des mariages et des bar-mitsvah, y compris le mariage de leurs propres fils.

La plupart des matins, c’est cependant une attraction pour les animaux et la vie sauvage de la région, les lapins sautillent sur ses bords, parfois rejoints par des renards et les quatre chevaux des Klinger, qui se promènent autour librement pendant une bonne partie de la journée.

Il y a également un âne dans le ranch, qui passe la plupart de son temps avec ce que Ben Klinger, le fils cadet, appelle une « amie » d’un ranch voisin, ainsi que les neufs chiens des Klinger et de nombreux chats.

Ben Klinger, le fils cadet, est un designeur industriel, un enseignant au jardin d'enfants et un consultant en innovation à la ville de Tel Aviv - Jaffa, qui vit dans le même pâté de maison à Tel Aviv que deux des ses frères. Il emmène souvent ses deux chiens au ranch. (Crédit : Jessica Steinberg/Times of Israel)
Ben Klinger, le fils cadet, est un designeur industriel, un enseignant au jardin d’enfants et un consultant en innovation à la ville de Tel Aviv – Jaffa, qui vit dans le même pâté de maison à Tel Aviv que deux des ses frères. Il emmène souvent ses deux chiens au ranch. (Crédit : Jessica Steinberg/Times of Israel)

Le lac est la raison pour laquelle ils ont appelé leur ranch Fontaine de jouvence, Maayan HeNeurim en hébreu. Un groupe de jeunes hommes qui a travaillé sur le ranch l’a appelé le printemps entremetteur, parce que beaucoup d’entre eux ont noué de longues relations avec des jeunes femmes qu’ils ont rencontrées dans la région.

Ce sont des jeunes hommes sortis de l’armée, avec les fils Klinger – dont trois vivent actuellement dans le même pâté de maisons de tel Aviv alors que deux autres vivent sur le ranch – qui ont aidé à concevoir, modeler et construire le ranch. Ben Klinger vient toujours plusieurs fois par semaine aider ses parents sur divers aspects de leur affaire.

Cabines, savons, huile et miel

Pour l’instant, l’une de leurs sources principales de revenus provient de la location des deux cabines – qui ne sont pas des tzimmers souligne Efron Klinger, qui n’aime pas le terme allemand communément utilisé pour ces cabines en bois construites pour être des bed and breakfast louées pour des vacances et parsemées dans tout le pays.

Chaque morceau de bois, chaque prise électrique, et même le parquet de la salle de bains, a été construit et installé par Ben et son père.

Cela aide que Ben Klinger, qui a une formation de conception industrielle, ait apporté ses compétences à la tâche. Il est un genre d’homme exigeant, un dont le goût pour la créativité et l’excentricité apparait dans chaque recoin de la cabine, de la structure de l’ampoule et du luminaire utilisé comme tables de nuit à sa propre horloge de Manifold accrochée dans la pièce.

Il y a une esthétique propre à l’espace, avec ses tons de bois et de blanc, depuis le confortable canapé en L et les chaises longues aux bouteilles de porcelaine utilisées pour le shampooing et l’après-shampooing dans la salle de bains en bois, remplie de piles de serviettes et de peignoirs blancs.

La cabine n’est cependant qu’une petite partie de ce ranch du Néguev. Atteindre la bouteille d’huile d’olive pour en parsemer des tomates et des concombres gardées dans le frigidaire et vous remarquerez qu’elle est faite à partir des olives de la colline. Les Klinger font également leurs propres savons à l’huile d’olive, parfumée à la lavande ou au romarin, et il y a des tonneaux de miel dans leur véranda, qui provient de leurs propres abeilles.

Ils prévoient de construire un pressoir moderne, visible par les touristes, pour leur huile d’olive, et d’inclure la représentation d’un ancien pressoir.

L'un des quatre chevaux des Klinger dans leur ranch du Néguev. (Crédit : Jessica Steinberg/Times of Israel)
L’un des quatre chevaux des Klinger dans leur ranch du Néguev. (Crédit : Jessica Steinberg/Times of Israel)

Apprendre de leurs erreurs

Il y a plus qu’une similarité passante entre la famille Robinson suisse ou les Waltons et cette famille, alors que ce clan autrefois suburbain trouve comment vivre à la frontière du désert. Comme tous les pionniers, ils ont fait plus que leur part d’erreurs, a déclaré Dudu Klinger, riant quand on lui demande des exemples.

« Vous apprenez de vos erreurs. Nous avions tous ces conseillers et ces consultants. Vous savez, ils disent ‘Vous voyez cet arbre ? Il ne grandit pas parce que vous ne lui donnez pas assez d’eau’ », a-t-il expliqué, en roulant des yeux à cette idée.

« Ils ont toujours réponse à tout, a-t-il dit. Mais après tout, vous êtes responsables d’apprendre des erreurs. Ce n’est pas aller dans l’espace, vous observez et voyez et apprenez. »

Il y a également eu de plus grosses erreurs. Les Klinger prévoyaient initialement de faire des oliviers leur source principale de revenu. Quand ils ont réalisé qu’ils ne gagneraient pas assez avec les olives, ils ont étudié d’autres options, y compris proposer leur espace pour accueillir des serveurs de données – la ferme de serveurs : une idée résolument post-sioniste du Néguev.

La ferme de serveurs n’a pas marché, et à la place ils se sont tournés vers le tourisme classique avec leurs cabines. (Ils ont aussi loué leur terrain pour une fête électronique de deux nuits dans le désert.) Quand ils ont eu besoin de récolter de l’argent pour construire les cabines, Ben Klinger a suggéré de récolter des fonds via un financement participatif, ce qu’il avait déjà fait avec succès pour plusieurs produits de design industriel.

« Je n’avais pas à convaincre mes parents de s’intéresser au financement participatif, mais plutôt leur expliquer le processus complet », a-t-il déclaré.

Après avoir lancé un appel sur Headstart – qui a été souscrit à 178 % (176 000 shekels récoltés) – pour le financement, ses parents ont appelé presque tous les jours, racontant à Ben comment un autre vieil ami qui avait vu leur projet les avait contactés.

« Au final, l’idée de base derrière le financement participatif est de joindre des personnes et de partager votre histoire », a-t-il dit.

Le concept est également emblématique de la région du Néguev, qui bien que grande et dispersée repose sur le comportement et les relations entre voisins pour soutenir les gens dans les caprices de la vie.

Il y a eu d’énormes changements ces dix dernières années, a déclaré Efron Klinger. Beaucoup de jeunes gens sont venus s’installer dans le Néguev, certains mettant en place des programmes ou des écoles, d’autres s’intégrant dans des communautés et de nouvelles implantations, laïques et religieuses en même temps, comme Shazif, Sansana et Karmit.

« Ceux qui viennent ici complémentent la région, a-t-elle expliqué. Ils veulent faire partie de la région, ils ne font pas une copie de Tel Aviv dans le désert, mais c’est un mode de vie différent. Ce sont de très bonnes personnes. »

En ce qui la concerne, elle compte sur les générations futures de sa famille pour s’installer ici.

« Je veux que mes enfants fassent ce qu’ils veulent, mais je n’ai absolument aucun doute sur le fait que mes petits-enfants et arrière-petits-enfants finiront ici, et pas dans la Silicon Valley », a-t-elle déclaré.

De sa bouche, aux oreilles de Ben Gurion.

Les cabines du lac dans le Néguev, Fontaine de Jouvance, Negev, route 40.

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