Les tuyaux de l’envoyé indien en Israël pour travailler avec le géant asiatique
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Les tuyaux de l’envoyé indien en Israël pour travailler avec le géant asiatique

Les possibilités sont immenses mais une approche uniforme ne fonctionnera pas, explique Sanjeev Singla ; trouver le 'point idéal' du prix est aussi nécessaire

L'ambassadeur indien en Israël Sanjeev Singla, en février 2021. (Crédit : Ambassade d'Inde)
L'ambassadeur indien en Israël Sanjeev Singla, en février 2021. (Crédit : Ambassade d'Inde)

L’ambassadeur indien en Israël Sanjeev Singla a pris son poste à Tel Aviv au mois d’octobre 2019 – pas très longtemps avant que la pandémie ne commence à balayer le monde. C’est son second poste en Israël – il a été conseiller au sein de l’ambassade pendant huit mois, une fonction qu’il a quittée au mois de juillet 2014 pour retourner en Inde où il a tenu le rôle de secrétaire privé du Premier ministre Narendra Modi pendant cinq ans.

Aujourd’hui, alors qu’il est à la barre de l’ambassade locale, il livre de nombreux efforts pour resserrer les liens déjà étroits entre le géant asiatique et la Startup Nation. Toutefois, les confinements et l’incapacité à organiser des réunions en présentiel ont entravé les progrès dans les négociations portant sur un accord préférentiel de libre-échange entre les deux pays et il n’a pas vu son épouse, Nandini Singla, elle aussi diplomate en poste au Haut-commissariat indien à l’île Maurice, depuis le mois de novembre à cause de la pandémie.

Dans une interview-fleuve, l’ambassadeur Singla parle des liens chaleureux entre les deux nations et des collaborations commerciales qui s’élargissent et qui s’aventurent dorénavant au-delà des champs traditionnels de l’eau, de l’agriculture et de la Défense.

« Nous construisons des fondations fortes débouchant sur des collaborations dans des secteurs intéressants qui ne peuvent que se développer à l’avenir », explique, au début du mois, Singla, costume gris et cravate violette, lors de notre entretien qui a lieu à l’ambassade. « Nous voyons un potentiel de coopération immense dans des secteurs tels que les technologies financières, la cybersécurité, les télécommunications et la santé ».

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu (à droite) et son homologue indien Narendra Modi visitent l’usine de dessalement de l’eau de la plage d’Olga le 6 juillet 2017 (Kobi Gideon / GPO / Flash90)

Le Premier ministre indien Narendra Modi avait fait une visite de trois jours au sein de l’Etat juif en 2017 – la toute première d’un chef du gouvernement indien à l’occasion du 25e anniversaire de l’établissement de liens diplomatiques entre les deux nations. En 1992, quand les liens avaient été établis, le commerce bilatéral pesait environ 200 millions de dollars. Aujourd’hui, il représente environ 5 milliards de dollars, une grande partie consistant en exportations israéliennes dans le secteur de la Défense.

Depuis la visite – rendue par le Premier ministre Benjamin Netanyahu en 2018 – les deux pays ont établi un Fonds d’innovation technologique et de Recherche et Développement industriel d’une valeur de 40 millions de dollars qui se concentre sur les collaborations entre les start-ups indiennes et israéliennes dans les domaines de l’eau, de l’agriculture, de l’énergie, de la santé et dans les technologies de l’information et des communications. Il a financé plus de onze projets impliquant 22 entités israéliennes et indiennes, et deux de ces entreprises en sont dorénavant au « stade critique de la commercialisation », dit Singla.

Un accélérateur de start-up israélo-indien établi par Start-Up Nation Central et iCreate, en Inde, lance actuellement sa première promotion de firmes israéliennes intéressées à l’idée de travailler avec des corporations indiennes dans les domaines des véhicules électriques, du dessalement de l’eau, des instruments analytiques de laboratoire, de l’intelligence artificielle et des solutions issues de l’apprentissage automatique pour la sécurité des conducteurs, ainsi que dans la gestion des centres de données.

Ces start-ups sont en train de suivre un programme virtuel d’accélération de six semaines qui les aidera à préparer des Business plans pour le marché indien et leur apprendre à comprendre l’écosystème du géant asiatique. Elles participeront à des sessions d’encadrement, à des ateliers et à des interactions individuelles avec des experts, des entrepreneurs indiens, des fonctionnaires et des chefs d’entreprise pour travailler sur l’adéquation produit/marché et pour adapter leurs modèles commerciaux aux clients indiens.

Les employés d’Applied Materials, firme de solutions technologiques en nano-fabrication, jouent au volley devant des tours hébergeant des compagnies de technologies de l’information à l’International Tech Park à Bangalore, en Inde, le 3 août 2017. (Crédit : AP Photo/Aijaz Rahi)

Le programme se conclura avec une journée de manifestations où les start-ups présenteront leurs Business plans aux corporations, investisseurs et autres acteurs indiens, de manière à obtenir des projets-pilote ou d’autres opportunités de collaboration.

« Il y a un important potentiel inexploré entre les deux pays », dit Singla. Mais pour saisir tout ce potentiel, les entreprises israéliennes « doivent approcher le marché indien avec une vision à moyen ou à long-terme plutôt qu’avec une approche de sortie rapide, façon capital-risque ».

« L’Inde est un continent vaste et dynamique ; une approche uniforme ne fonctionne pas nécessairement et les stratégies de produit doivent être taillées sur mesure », ajoute-t-il, notant que l’Inde est un marché « conscient du prix » qui offre une opportunité énorme de faire croître une entreprise « une fois que vous avez judicieusement déterminé ‘le point idéal’ pour l’offre marketing ».

Le géant du sud-asiatique représente la cinquième économie mondiale et est le deuxième pays le plus peuplé du globe. La nation a développé « beaucoup de sophistication, en particulier dans les machines d’ingénierie, dans le secteur pharmaceutique, dans l’électronique et dans les services de création », continue Singla, et l’Inde fabrique toutes sortes de produits, en allant des IPhones aux bus.

De jeunes auto-entrepreneurs indiens et free lancers dans un espace de coworking de New Delhi, Innov8, le 9 août 2016. (Crédit : AP Photo/Altaf Qadri)

En 2020, L’Inde s’est classée 48e dans l’Indice global de l’innovation sur 131 pays, intégrant pour la première fois le Top 50 économique. En 2019, la nation était arrivée 52e. Israël s’est classé à la 13e place dans cet indice pour 2020, perdant trois places par rapport en 2019.

Alors que l’Inde est aussi « l’un des pôles de start-ups dont la croissance est la plus vaste et la plus rapide », dit Singla, il y a « un grand nombre de complémentarités » possibles avec l’Etat juif.

Une fois que les vols auront repris et que la pandémie de coronavirus se sera calmée, les accords entre compagnies privées et entités gouvernementales s’intensifieront des deux côtés, prédit-il.

Israël et l’Inde travaillent aussi sur un accord de traité conjoint préférentiel après l’échec de discussions sur un pacte de libre-échange entre les économies, un échec qui serait attribuable aux inquiétudes de l’Inde sur l’impact qu’il aurait eu sur l’industrie locale. Les négociations sur un allègement des droits de douane sur une liste de produits commercialisés par les deux partenaires ont été entravées à cause du coronavirus, continue Singla, les rencontres en présentiel étant un facteur déterminant pour l’avancée d’un tel projet.

Le gouvernement indien tente de promouvoir Ayurveda, un ancien système médical à base d’herbes, comme celui présenté sur cette photo d’illustration. (Crédit : Getty Images)

Pour davantage dynamiser les liens, l’ambassade demande que les citoyens indiens puissent accéder aux visas rapides que l’Etat juif émet pour certains travailleurs étrangers et en particulier pour les experts en technologie.

« L’Inde a un réservoir énorme d’experts technologiques de qualité, notamment dans les secteurs de l’intelligence artificielle et de l’apprentissage automatique, des experts qui manquent en Israël et qui pourraient aider à rendre les entreprises israéliennes plus concurrentielles, estime Singla. « A cette fin, il serait bénéfique pour les deux pays que l’Inde soit comprise dans la procédure spéciale qui est en place en Israël pour certains autres pays, qui consiste à accélérer l’émission de visas pour de tels experts. Nous travaillons avec les autorités israéliennes sur cette question et nous espérons trouver une solution ».

A travers toute la crise du coronavirus, Netanyahu et Modi sont restés « en contact régulier par téléphone » pour diriger leurs équipes dans les efforts conjoints livrés pour combattre la pandémie, note Singla.

L’Inde, forte d’une population de 1 366 milliard de personnes, a signalé 11 millions de cas confirmés de la COVID-19 et 156 705 décès des suites de la maladie, selon Statista, qui suit les données. Ce qui représente 115 morts par million de personnes. Après une baisse des chiffres pendant presque cinq mois, ces derniers ont recommencé à augmenter dans certains États en date du 24 février – ce qui montre que le pays est encore loin de l’immunité de groupe.

« Nous traversons une pandémie sans précédent et imprévisible. Et la majorité des épidémiologistes nous ont déjà averti que cette pandémie ne serait pas la dernière. Il est donc déterminant que les pays collaborent et qu’ils se préparent à de telles situations », explique-t-il.

« La position de l’Inde est unique » pour s’attaquer à la pandémie, continue-t-il : Le pays crée des équipements de protection, comme des masques et des gants ; des kits de diagnostic ; il développe des technologies pour mener des analyses spatiales et prédire la propagation de la COVID-19 et il crée des traitements par le biais de vaccins et autres thérapies.

« Nous sommes le deuxième fabricant le plus important de tels équipements de protection personnelle dans le monde. Nous avons des chaînes d’approvisionnement approfondies pour les kits de diagnostic – nous faisions plus d’un million de tests de dépistage quotidiens avant la récente hausse de cas de COVID-19 en Inde. Et nous sommes le plus important producteur de vaccins dans le monde par volume », en livrant des millions de doses de vaccin aux autres pays.

L’Inde et Israël collaborent déjà sur le développement de kits de diagnostic pour le coronavirus, avec une équipe israélienne qui s’est rendue en Inde, il y a quelques mois, dans ce but, continue Singla. « Nous serons heureux d’encourager les coentreprises aussi pour les vaccins », dit-il.

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