Washington « très inquiet » du projet de loi israélien légalisant les avant-postes
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Washington « très inquiet » du projet de loi israélien légalisant les avant-postes

Un membre du Département d'État a fait remarquer que les communautés sauvages sont considérées comme illégales par Jérusalem, et qu'Israël devait éviter "d'exacerber les tensions"

Jacob Magid est le correspondant pour les questions liées aux implantations pour le Times of Israël

Vue de l'avant-poste israélien de Mitzpe Dani, en Cisjordanie, le 17 janvier 2021. (Sraya Diamant/Flash90)
Vue de l'avant-poste israélien de Mitzpe Dani, en Cisjordanie, le 17 janvier 2021. (Sraya Diamant/Flash90)

Mercredi, les États-Unis se sont dits « profondément préoccupés » par la législation visant à légaliser 70 avant-postes sauvages en Cisjordanie, qui a franchi une première étape à la Knesset la veille.

Nous sommes profondément préoccupés par la « légalisation » potentielle d’avant-postes qui sont depuis longtemps considérés comme illégaux par la loi israélienne », a déclaré un porte-parole du Département d’État en réponse à une demande du Times of Israel.

Alors que la communauté internationale considère toutes les activités de peuplement comme illégales, Israël fait la différence entre les maisons de peuplement légales construites et autorisées par le ministère de la Défense sur des terres appartenant à l’État, et les avant-postes illégaux construits sans les permis indispensables, souvent sur des terres palestiniennes privées. Cependant, les avant-postes sont souvent érigés avec l’approbation tacite de l’État et les gouvernements successifs ont cherché à légaliser au moins quelques-uns des quartiers sauvages.

Mercredi, la commission des Arrangements de la Knesset a voté en faveur de l’accélération de plusieurs textes législatifs de droite, notamment la loi dite de légalisation des avant-postes, qui permettrait officiellement à 70 avant-postes situés au-delà de la Ligne verte d’être raccordés aux réseaux d’électricité et d’eau de l’État.

Le député du Likud Miki Zohar préside une réunion de la commission des arrangements de la Knesset, le 4 mai 2021. (Capture d’écran/Twitter)

Les projets de loi ont été introduits par le président de la commission, Miki Zohar, du parti Likud, dans ce qui a été largement considéré comme une tentative de diviser les rivaux du Premier ministre Benjamin Netanyahu, qui cherchent à former une coalition alternative sans lui. Le bloc est composé de partis de tout l’éventail politique, y compris les partis de droite Yisrael Beytenu, Tikva Hadasha et Yamina qui ont voté en faveur du projet de loi sur les avant-postes, lui donnant suffisamment de soutien pour avancer.

En conséquence, il est désormais possible de sauter la période d’attente de 45 jours habituellement requise entre la soumission d’un projet de loi et le vote en plénière. Cependant, la législation ainsi que les autres projets de loi avancés mercredi devraient être bloqués. Selon les médias israéliens, les rivaux de Netanyahu ont décidé d’autoriser les législateurs de la commission à voter selon leur conscience lors du vote initial de mardi, tout en acceptant de ne pas faire avancer la législation plus avant alors qu’ils travaillent à la formation d’un gouvernement d’unité qui se concentrera exclusivement sur les implications économiques et sanitaires de la pandémie.

Commentant l’avancement du projet de loi sur les avant-postes, le porte-parole du Département d’État a déclaré : « Comme nous le disons depuis longtemps, il est essentiel qu’Israël s’abstienne de prendre des mesures unilatérales qui exacerbent les tensions ou nous éloignent de la paix. Cela inclut les expulsions, les activités de peuplement et les démolitions de maisons, et certainement la légalisation des avant-postes israéliens en Cisjordanie qui sont depuis longtemps illégaux, même selon la loi israélienne. »

Les commentaires du fonctionnaire du Département d’État sont parmi les plus critiques de l’administration Biden, qui a régulièrement couplé ses appels à Israël pour éviter les actions unilatérales avec des avertissements similaires aux Palestiniens.

En évoquant les expulsions, le responsable américain semblait faire référence aux efforts imminents de groupes juifs ultra-nationalistes pour chasser des dizaines de Palestiniens de leurs maisons dans le quartier de Sheikh Jarrah à Jérusalem-Est, [quartier Shimon Hatzadik pour les Juifs].

Un officier de police israélien maîtrise un Palestinien lors d’une manifestation à la veille d’un verdict du tribunal qui pourrait expulser de force des familles palestiniennes de leurs maisons dans le quartier de Sheikh Jarrah à Jérusalem-Est, le 5 mai 2021. (AP Photo/Maya Alleruzzo)

La Cour suprême devrait se prononcer dès jeudi sur un recours formé par quatre de ces familles palestiniennes – plus de 70 personnes – contre leur expulsion.

Selon Ir Amim, un groupe de défense des droits de l’homme de gauche qui se concentre sur Jérusalem, environ 200 familles de Jérusalem-Est sont menacées de la même manière, et les dossiers avancent lentement dans les instances administratives et les tribunaux israéliens. Environ 70 de ces familles vivent à Sheikh Jarrah.

Les expulsions se fondent en partie sur une loi israélienne de 1970 qui permet aux Juifs de récupérer les terres de Jérusalem-Est appartenant à des Juifs avant 1948. Il n’existe pas de loi similaire pour les Palestiniens qui ont quitté leurs maisons dans ce qui est aujourd’hui Israël pendant la guerre de 1948 et ont fui vers ce qui était alors le territoire contrôlé par la Jordanie.

Ces derniers jours, des Palestiniens ont affronté la police lors de manifestations contre la menace d’expulsion de dizaines de Palestiniens à Sheikh Jarrah.

Vingt-deux Palestiniens ont été blessés lors d’une nouvelle manifestation contre une possible éviction de familles palestiniennes de Jérusalem-Est, ont indiqué jeudi les services de secours à quelques heures d’une réunion de la Cour suprême d’Israël sur ce dossier.

Le verdict de la Cour suprême d’Israël est très attendu après des semaines de manifestations émaillées de heurts dans le quartier de Cheikh Jarrah, proche de la Vieille Ville, où trente Palestiniens pourraient devoir quitter leurs logements.

La Cour suprême avait appelé dimanche les familles palestiniennes et les Israéliens à trouver un accord pour éviter l’expulsion et à lui soumettre cet accord jeudi. Après la proposition ou non d’un accord, le tribunal doit se réunir, a expliqué Hosni Abou Hussein, l’un des avocats des familles palestiniennes, sans préciser quand le verdict serait rendu. Les habitants palestiniens ont indiqué refuser un accord basé sur la reconnaissance des droits de propriété des Israéliens. Une telle loi n’existe pas pour les Palestiniens ayant perdu leurs biens pendant la guerre.

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